Quand les voiles se soulèvent…

fleur
Je remarque quelque chose qui me fait sacrément plaisir, en ce moment sur les blogs et dans la vie de tous les jours : le développement personnel a le vent en poupe. Tout le monde parle de méditation, de pleine conscience, d’énergie…

Je me souviens d’une époque pas si lointaine où il était mal vu de reconnaître que l’on se penchait sur tout ça. Où le développement personnel, c’était pour les farfelus, les planants, les mal-dans-leur-peau et les dépressifs… En clair : les FAIBLES. De fait, j’ai longtemps estimé que, parce que ces sujets m’intéressaient, ils faisaient de moi une chiffe molle de la vie. Une sorte d’éclopée qui a besoin de cannes pour se tenir debout.

Si je suis honnête, il m’arrive encore de le croire. Mais je me crois de moins en moins.

De fait, si « Développement personnel » porte souvent l’étiquette « pour individu qui va mal », c’est que oui bien sûr : on a tendance à se poser davantage de questions lorsqu’on n’est pas au mieux de sa forme. Souvent – mais pas toujours, et en ce qui me concerne de moins en moins – période de questionnement sur soi = passage difficile. Mais je dirais : de la même manière, qu’on a tendance à attendre qu’une dent nous fasse un mal de chien pour nous rendre chez le dentiste. Ni plus ni moins.

Je suis heureuse de voir que le regard porté sur tout ça a pas mal changé et que nous sommes très nombreux à rechercher et mettre en pratique au quotidien des outils qui nous aident à devenir une meilleure version de nous-même, à porter un regard attentif et curieux à notre propre mystère.

On me glisse à l’oreille que c’est une mode. J’espère bien que non. Et je n’y crois pas trop. Sincèrement, comment revenir en arrière, une fois qu’on a poussé les portes de ce terrain de jeu qui nous permet de soulever tant de voiles?

C’est inimaginable tout ce que j’ai appris – et que j’apprends encore – de ce temps passé à chercher des réponses ou des solutions dans des périodes de souffrance émotionnelle. Je peux même aller jusqu’à dire que ces périodes troubles, m’apparaissent comme des étapes foisonnantes de mon parcours, essentielles même. Elles m’ont permis d’aller chercher en moi tant de solutions, d’idées nouvelles et, finalement de changement et de croissance.

J’aime infiniment plus celle que je suis aujourd’hui que celle que j’étais il y a 15, 10 ou même 3 ans.

Bref. Cette longue introduction pour partager une petite chose avec vous : voilà un moment que, presque chaque jour, j’écoute un podcast, je lis un article ou je regarde une vidéo susceptible de m’apporter une idée ou un regard nouveaux sur un sujet qui m’intéresse (développement personnel au sens le plus large, donc). Cela ne me prends jamais plus de vingt minutes et j’en ressors chaque jour enrichie d’un petit ou d’un gigantesque quelque chose. Et jamais avec rien, même lorsque le sujet, finalement, ne me parle pas tant que ça.

Et ça m’a donné envie de partager certaines trouvailles avec vous. Voici donc quelques liens qui, peut-être, vous inspireront vous aussi. N’hésitez surtout pas à partager les vôtres en retour !

1. Le livre des décisions – Mikael Krogerus et Roman Tschäppeler
Ce petit bouquin compulse un nombre notable d’outils d’aide à la décision, certains tout ce qu’il y a de plus sérieux, d’autres un peu moins. Tableaux, diagrammes…j’ai du mal à me montrer un peu scolaire sur tous ces sujets, pourtant, le fait de me forcer un peu pour les expérimenter me montre que ces outils font parfois très bien le job.

2. La télé de Lilou - le site de Lilou Macé
J’aurais pu la citer en premier car, à égalité avec les conférences TED (qu’il est inutile de vous présenter)(n’est-ce pas que c’est inutile?) c’est depuis longtemps ma source numéro 1 de vidéos inspirantes. Une autre fois, je ferai peut-être une sélection d’interview qui m’ont particulièrement intéressée, mais c’est mieux de vous encourager à découvrir son site qui propose un nombre incalculable d’interviews et de rencontre sur des sujets qui vont de « comment arrêter de râler » à des titres aussi déroutants que « résonner avec la conscience dauphin ». Et puis Lilou Macé, en tant que personne et entrepreneuse est une immense source d’inspiration.

3. Parmi les conférences TED, j’ai adoré celle-ci, de Brené Brown sur le pouvoir de la vulnérabilité et celle-là, du même auteur, sur la place de la honte dans notre vie.

4. Et aussi, il y a cette application : vous avez certainement déjà entendu parler de HeadSpace et de la voix tellement sexy de Andy, son créateur qui nous guide jour après jour sur le chemin de la méditation à travers des petits exercices quotidiens super faciles (et rapides). La vérité, c’est que j’éprouve bien des difficultés à cet exercice et que j’ai du mal à me montrer assidue. Mais je sens que c’est un sujet sur lequel ça vaut vraiment la peine de creuser un peu, alors je ne lâche pas l’affaire.

5. Et pour finir, une autre conférence TED, celle de Jean-François Noubel à propos de l’argent (comment il fonctionne aujourd’hui) et ce que pourrait être l’avenir de l’argent.

À vous les studios !

 

Depuis ce jour…

piano2 C’était le jour de mes neuf ans. Mon petit frère avait été mis dans la confidence et n’avait pas su tenir sa langue. Sur le chemin de l’école il m’avait annoncé la surprise et j’avais refusé d’y croire. Mais toute la journée, mon coeur n’avait cessé de battre la chamade. Et si c’était vraiment vrai?

Il m’a fallu faire de gros efforts pour ne pas rentrer chez moi en courant ce soir-là : comme si mon impatience risquait de compromettre les maigres chances que mon frère ait dit vrai. J’ai poussé la porte de la maison aussi naturellement que possible. Et je l’ai vu immédiatement. Dans le prolongement du vestibule, sur le mur de droite, à la place du grand buffet en bois.

Le piano.

C’est drôle, je me sens de nouveau submergée par l’émotion de cet instant au moment où j’écris ces lignes : il bat comme un fou sous ma cage thoracique, mon coeur.

C’était un vieux piano en bois, âgé déjà de plus d’un siècle. Mes parents me contemplaient, visiblement heureux. Ils tiraient le diable par la queue à ce moment-là et je savais que pour eux, ça avait été un vrai sacrifice. Ce piano est l’un des plus beaux cadeaux qu’on m’ait jamais offert.

Puis – deuxième partie du cadeau – sont arrivées les leçons. Mon premier professeur était une élève du conservatoire en dernière année. Elle s’appelait Cécile, il me semble. Elle était toute ronde et toute jolie avec de larges lunettes rondes qui lui mangeaient les yeux et je crois qu’elle faisait son possible pour rendre l’apprentissage amusant, mais j’ai vite compris qu’avant de jouer ne serait-ce que les premières notes d’un morceau amusant, il faudrait des années. Les nocturnes de Chopin, les sonates de Beethoven me semblaient amusants. La Méthode Rose, moyennement, par contre.

Des années, quand on a neuf ans, laissez-moi vous dire que c’est long.

Dans les années qui ont suivi, bien que je soies une élève très moyenne et trop peu disciplinée pour satisfaire pleinement les exigences d’un professeur, j’ai trouvé bien d’autres satisfactions dans la pratique du piano. Mais je savais que jamais je n’atteindrai un niveau suffisant pour les pièces qui me faisaient vraiment rêver : Chopin, Schubert, Beethoven… Celles, précisément, qui m’avaient donné envie d’apprendre à jouer.

Ainsi, lorsqu’après plus dix ans sans approcher un clavier, j’ai remis les doigts sur un piano, mes ambitions n’allaient pas plus loin que ceci : retrouver le plaisir de jouer. Celui-ci s’est révélé plus intense, encore, que je ne l’avais quitté, mais je ne pensais plus à ces morceaux qui ont nourri mes rêves d’enfance : Fantaisie Impromptu, La Tempête, Roméo et Juliette, Les valses de Chopin et tant d’autres.

Ils demeuraient cependant une sorte de point de repère lointain, une lumière pas plus grosse qu’une tête d’épingle, qui indiquerait la direction.

Pourtant, hier, je me suis amusée à m’enregistrer en train de jouer. Parfois, c’est utile pour mieux entendre certaines erreurs.

C’est là que j’ai entendu. Mes doigts sur le clavier, qui volaient. Ils volaient comme dans mes rêves de petite fille.

Les années d’apprentissage ayant aussi développé mon oreille, je suis aussi capable d’entendre que tout manquait de régularité, de nuance, de subtilité et de mille autres choses que je ne vais pas m’éterniser à décrire car, pour être franche, en cet instant là, je m’en foutais complètement : pendant quelques secondes, hier, mon enfant intérieure, ce petit « moi » d’il y a plus de vingt ans, a hurlé de joie, battu des mains, sauté sur le lit en riant comme un diable hors de sa boîte. Elle me regardait avec les yeux brillants, carrément ébahie. C’est simple : elle n’en revenait pas et souriait de ce sourire étendu aux limites du visage qui nous fait regretter de ne pas avoir une bouche assez grande pour sourire aussi fort qu’on voudrait.

Je lui ai dit « tope là, ma belle, tu vois qu’on fait quand même une bonne équipe toutes les deux! »

Elle a dit oui avec les yeux. Et de mon côté, j’avais une boule toute douce dans la gorge. Parce que quand on est grand, c’est ça qu’on veut, non? Donner à l’enfant que nous avons été tout ce qu’il a toujours voulu.

Alors je lui ai glissé à l’oreille : « Je sais que pour toi qui a neuf ans, c’est bien long trois, quatre années ou même davantage. Mais attends un peu voir si Fantaisie Impromptu, on en est pas capables à nous deux, tout compte fait. »

C’était un instant merveilleux. De joie totale.

En réalité, je ne crois pas que ce soit très important d’y parvenir ou pas. Cette histoire illustre seulement une chose que, comme tout le monde, j’ai tendance à oublier parfois : peu importe si nous les atteignons ou non ; nos objectifs n’existent que pour nous aider à tracer un chemin susceptible de nous apporter la joie, la satisfaction, l’ouverture (à soi et aux autres), l’apprentissage, le changement…

Et puis quelque fois – ça n’arrive pas souvent – une surprise vous attend au détour de la route, alors que vous ne l’attendiez pas : vous levez la tête et votre objectif, cette lumière qui brillait au loin, minuscule, quelquefois même à peine visible, a soudain pris la taille d’une ampoule. Et vous vous rendez compte que vous avez déjà passé depuis un bon moment les frontières de ce petit territoire un peu étroit des « ce dont vous vous sentiez capable ». Alors vous découvrez ceci : les seules véritables limites qui existent sont celles-que vous vous êtes fixées.

Une putain de bonne nouvelle, si vous voulez mon avis.

L’aventurière

Florence-Arthaud

Chère Florence,

Je me souviens très distinctement de ce jour de novembre. J’avais une douzaine d’années et à la télévision – nous étions vissés devant les images – une enfant (presque), à bord d’un monstre marin qu’elle semblait dominer sans effort, venait d’arriver à Pointe-à-Pitre sous les hourras d’une foule en liesse.

Par la suite, je me rappelle vous avoir contemplée maintes fois, bout de femme arpentant les plateaux de télévision pour parler d’aventures en mer, de danger et d’exploits. Vous n’aviez rien de la figure habituelle d’un loup de mer avec votre regard d’acier, une insolente chevelure qui ne se laissait pas dompter et ces longues jambes parfois juchées sur des talons aiguilles. Vous étiez marin, femme et même chanteuse pour rire à l’occasion. Tout votre être semblait dire : « Oui, bien sûr que oui, je peux être cette femme là, et aussi celle-là et encore mille autres si ça me chante ! « .

J’entendais en secret : « Et toi aussi, Anne-Solange, tu peux être tout ça à la fois. Oui, oui, toi la petite brune installée dans ton canapé qui me regarde avec de grands yeux ronds. Ecoute-moi bien jeune fille : il n’y a pas de limites. »

Aucune autre personne publique n’a agrandi mon monde de manière aussi fracassante que cette jeune femme – vous – qui sortait du cadre avec éclat et naturel… et qui ne revendiquait pourtant pas grand chose, je crois, sinon la liberté de faire ce que vous aimiez. Sans vanité, sans aigreur ni provocation.

Du moins c’est ainsi que les choses se sont imprimées dans mon souvenir.

En vous distinguant dans la carrière qui suscitait en moi les rêves les plus fous et les moins accessibles, vous avez rendu compatibles aux yeux la petite fille que j’étais des choses qui, dans l’univers dans lequel je grandissais, ne me semblaient pas l’être. Et si je sais aujourd’hui me tenir sans difficulté à l’écart des moules dans lesquels tout concorde encore aujourd’hui à nous enfermer, vous y êtes pour beaucoup. Grâce à vous, non seulement je ne souffre pas d’être cet improbable mélange de couleurs qui ne vont pas a priori ensemble, mais je chéris la liberté que cela me procure.

Parce que vous me l’avez montré, je sais que l’horizon est infini. Et, si j’en suis parfois effrayée – prétendre le contraire serait mentir – avoir conscience de son immensité m’apparaît comme l’une de mes richesses les plus essentielles. Avec l’amour évidemment. Et la beauté.

Y plonger la tête la première, sans m’inquiéter outre mesure d’un plan de carrière, du qu’en dira t’on, ni d’aucune autre de ces idées étranges et pré-mâchées capables d’asphyxier les âmes jusqu’à faire parfois de la vie une prison, c’est ma manière d’être une aventurière.

Vous avez été la grande héroïne de mon enfance et je le découvre aujourd’hui, un symbole puissant pour ma vie toute entière. Merci Florence, de tout mon coeur de mauvais petit marin, merci. Et bon vent. Je suis sûre qu’il vous porte à nouveau vers de grandes aventures.