Eliott et le roi Poisson – Chapitre 1.

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Aujourd’hui, voici le premier chapitre d’un petit conte que je n’ai pas encore fini d’écrire. La suite viendra dans les prochaines semaines. Bonne journée tout le monde sous le ciel bleu inattendu de ce matin qu’on prévoyait tout gris!

??? Eliott et le roi Poisson ???

Sur les bords d’une plage grise et blanche, un tout jeune goéland argenté se lamentait en tournoyant au-dessus des vagues.

Eliott – c’était le nom de ce goéland – voletait tristement au-dessus d’une mer vert sombre en pleurant sur son sort car il s’estimait frappé d’une terrifiante malédiction : chaque fois qu’il tentait de réaliser ses rêves, de terribles obstacles se dressaient au-devant lui pour les changer bien vite en une suite d’expériences décevantes.

Tout avait commencé quand il avait rêvé d’être champion de plongeon : après quelques heures d’entraînement, il s’était aperçu qu’il n’était pas très doué. Bien d’autres goélands étaient plus forts que lui et il n’aimait pas sortir de son nid quand il pleut, ce qu’exigeait pourtant l’entraîneur grincheux qui le faisait sursauter de terreur chaque fois qu’il s’adressait à lui de sa voix criarde, avec un air de Martin-pêcheur revêche. Après deux entraînements, Eliott abandonna l’idée de devenir champion de plongeon.

La malédiction s’abattit à nouveau sur lui lorsqu’il décida de devenir savant. Il apprit qu’il fallait pour cela étudier des années dans des laboratoires fermés, à l’abri de toute distraction. Eliott comprit vite qu’il détesterait ces laboratoires livides où l’on doit passer sa vie entière et où le froid finit toujours par vous faire claquer le bec. Les vieux goélands savants, avec leur air supérieur et leurs plumes défraichies à force d’étudier sans prendre d’exercice étaient tellement, tellement barbants. Non, vraiment pour rien au monde il ne voudrait devenir l’un d’entre eux.

Alors il se prit à rêver de devenir artiste. Mais là encore, il fut détourné de ses grandes ambitions. D’abord parce qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il pourrait bien créer. Et aussi parce qu’il ne se sentait pas le goût d’être maudit comme le sont presque tous les artistes.

Il avait aussi rêvé de devenir professeur, explorateur en solitaire, politicien, chef des forces spéciales de l’ornitho-police (la police des oiseaux), aventurier et bien d’autres choses encore. Mais il y avait toujours une de ces insurmontables difficultés qui venait se placer entre son rêve et lui pour l’empêcher de se réaliser. Eliott s’estimait très malchanceux : voir ainsi tous ses rêves tourner au vinaigre était d’une cruauté sans nom.

Mais parce qu’il était aussi très malin, il décida un jour d’imaginer un autre rêve qui ne risquerait jamais, celui-là, de le décevoir. La malédiction elle-même ne pourrait rien tenter pour le contrecarrer.

C’est ainsi qu’Eliott le goéland décida que son rêve le plus cher serait désormais de devenir… poisson.

Comme cela était parfaitement impossible – les goélands argentés ne deviennent jamais des poissons -, il ne risquait pas, cette fois, d’être dérouté par la mécanique sournoise de la réalité. Et c’était beaucoup mieux comme ça.

Après tout, se disait-il, les rêves étaient peut-être faits pour demeurer des rêves ?

Chaque fois qu’il en avait l’occasion, Eliott aimait se laisser porter par le vent au-dessus de la mer pour observer ce peuple sous-marin qu’il admirait tellement. Il avait une passion, en particulier : déceler les éclats d’argent que font les bancs de sardines à la surface de l’eau. Il fixait les nuées d’étincelles bleutées jusqu’à s’en étourdir les yeux et soupirait, les prunelles brillantes d’une vibrante émotion: qu’existait-il de plus beau en ce monde que la grâce et l’agilité sans pareilles des poissons ? Rien ne lui paraissait plus élégant que la peau d’écailles irisées sur laquelle se reflètent parfois les rayons du soleil.

Nager. Le mot seul lui donnait des frissons : il aurait donné n’importe quoi pour pouvoir nager, se mouvoir à la vitesse de l’éclair sous les nappes d’écume, explorer le fond des océans, observer les nuages onduler sous l’effet des vagues à quelques centimètres sous la surface de l’eau. À côté des merveilles perpétuelles qui rythmaient la vie de n’importe quel insignifiant petit poisson, sa vie de goéland lui apparaissait d’une révoltante monotonie.

Quelquefois, quand un poisson sortait du banc, il le suivait des yeux, entièrement ébloui par le spectacle de la nage agile, par sa rapidité et par sa grâce. Mais il n’hésitait pas non plus à foncer droit sur lui, simplement pour lui causer une belle frayeur et inciter l’imprudent à rejoindre son groupe. Au moins, s’il ne pouvait devenir l’un d’entre eux, peut-être lui était-il possible de les protéger ?

Au fil des jours, à force d’observation, il avait appris à reconnaître la plupart des poissons du banc. À plusieurs d’entre eux, il avait attribué un nom : Monsieur était le plus grand et sans aucun doute le chef de la tribu. Il fallait voir comme le moindre de ses gestes était repris en masse par le banc tout entier qui ondulait derrière lui dans une danse si parfaite que c’était à se demander si ce chef n’était pas, aussi, un peu magicien.

Il y avait aussi Emilie, qui nageait en dansant comme le font les sirènes, Lisa, son amie gourmande qui aurait tout donné pour un supplément de plancton et qu’Eliott avait surpris plus d’une fois, à la traîne, trop lourde d’avoir englouti plus que le nécessaire.

L’un d’entre eux, surtout, attirait son attention : il était plus petit que tous les autres, mais aussi plus nerveux, plus vif. Eliott l’avait surnommé Eclatant, parce que c’était lui qui produisait le plus d’étincelles argentées à la surface de l’eau. Chaque fois qu’Eliott apercevait Eclatant, c’était un peu comme s’il s’apprêtait à retrouver un ami, et il se sentait heureux.

(… la suite bientôt)

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12 petits mots

Marine on 08.10.2009 at 9:51 .

J’adore la façon dont tu écris, toujours poétique et simple à la fois. :smack

Pingback: Twitted by AnneSo

bouclette on 08.10.2009 at 10:11 .

J’ai hate de connaitre la suite… J’adore les contes… :clin

dombisoux on 08.10.2009 at 10:42 .

j’adoooooooooooore ! Trop mignon !!!
j’espère juste que son reve va tout de meme devenir réalité !!!

Marjoliemaman on 08.10.2009 at 11:10 .

Oh, il me plaît déjà ce conte !

shalima on 08.10.2009 at 11:23 .

Très chouette !! Je vais le faire lire à ma Mamzelle, je pense qu’elle va adorer !

Anne-Sotte on 08.10.2009 at 11:28 .

Ca y est, tu te lances ?
Super ce conte en tous cas !
Bonne continuation, on a hâte de lire la suite !

aliceto on 08.10.2009 at 12:00 .

C’est très joli et poétique, j’ai hâte d’en savoir plus sur Eclatant et Elliot, vont-ils devenir amis?

marieand on 08.10.2009 at 1:00 .

J’ai hate de retrouver la suite de ce petit conte écrit de ta si belle plume …

Paulinou on 08.10.2009 at 1:27 .

J’ai pris un grand plaisir à lire ton début de conte, en plus ça parle aux enfants comme aux adultes je suis sûre! Hâte de connaître la suite.

Olivia (à Paris) on 09.10.2009 at 7:45 .

J’adore! J’en ai fait lire un petit bout à ma fille qui a beaucoup aimé! La suite!!!!

Clémence on 09.10.2009 at 6:05 .

J’aime beaucoup ton blog, très doux, simple, poétique. Tes photos et tes écrits me transportent à chaque fois…
J’ai pris un réel plaisir à lire le 1er chapitre de ce conte. J’ai vraiment hâte de lire la suite!