Fais que je sois une bonne petite fille

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sainte-marie

Dans la famille, dès que les enfants étaient en âge de se tenir à genoux au pied de leur lit, la prière du soir était une tradition à laquelle il n’était pas envisageable d’échapper. Nous étions cinq petits enfants rassemblés sous le crucifix et Notre Père qui est aux cieux avait les oreilles qui sifflaient, je peux vous dire. C’est ainsi que, chaque jour, aux alentours de vingt et une heure, je demandais machinalement au très haut de bénir papa, maman et tout ceux que j’aime ; et faire que je sois une bonne petite fille.

Évidemment, à l’instant ou j’ai été jugée assez responsable pour effectuer moi-même ce rituel, dans la solitude d’une chambre individuelle, j’ai préféré tourner mes réflexions vers des choses plus sérieuses : les yeux verts de Richard, assis au premier rang de la classe ou bien ce nouveau pull Oxbow vers lequel tous mes espoirs vestimentaires étaient alors tournés. Et il n’a plus été question de prière qu’en de rares occasions.

Reste que d’une façon ou d’une autre cette histoire d’être une bonne petite fille ne m’a jamais quitté. Comme si j’avais invoqué quelque esprit par une formule ésotérique, après avoir demandé un million de fois à devenir gentille, j’ai finalement été exaucée.

Hélas, c’est loin d’être une aussi bonne chose qu’on peut l’imaginer. Car voyez vous, alors que d’autres se délectent en tout impunité de leurs petits larcins, si je tente une timide embardée sur des chemins moins pavés de sourires, la sentence est immédiate : je suis punie.

Que je cancane un peu sur telle personne pour évoquer des choses aussi bénignes que sa culotte de cheval ou son goût déplorable en matière d’ameublement, on peut être certain que ça ne prendra pas deux heures pour lui arriver aux oreilles.

Que je me montre un peu moins affable que de coutume avec mon odieuse boulangère et voilà que mon pain n’est pas salé. Que je me moque une seconde de l’allure grotesque d’une jeune fille trop soucieuse à mon goût des dictats la mode, je me tord aussitôt une cheville.

Que je remette un travail en retard de quelques heures (quand d’autres se font un devoir de ne jamais rendre une copie moins d‘une semaine après la date butoir), je me retrouve immédiatement au coin avec un bonnet d’âne et un blâme.

Laissez-moi vous dire qu’à ce rythme on finit par se tenir à carreaux et que de gré ou de force on reste dans les rangs. Je me demande parfois si, comme ces personnes plus vertueuse par devoir que par inclination, je ne suis pas, en quelque sorte, condamnée à demeurer une bonne petite fille… Ce qui est certain en tout cas, c’est que la prochaine fois que je formule un vœu dans une prière, je demanderai quelque chose d’un peu plus rock’n roll.

Credit illustration : Je ne suis pas parvenue à trouver l’auteur de ce dessin, si quelqu’un a une piste, qu’il n’hésite pas à me le faire savoir.

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12 petits mots

MissBrownie on 29.10.2009 at 4:46 .

C’est marrant parce que j’ai aussi souvent cette impression, celle d’être punie après avoir fait une mauvaise action.

Marine on 29.10.2009 at 4:52 .

J’ai eu une éducation religieuse et malgré tout cela, je ne crois pas en Dieu, je ne priais jamais de moi-même…
Mais j’ai aussi ce genre d’impression quelques fois, dès que je fais un truc qui ne va pas, je suis punie direct, ou alors à long terme, ce dont je me vantais étant plus jeune s’est retournée contre moi en vieillissant.

Miss Nahn on 29.10.2009 at 5:16 .

Ton billet me fait parvenir de jolis souvenirs d’enfance. La prière du soir n’a jamais été un rituel si « strict » à la maison, mais dire merci et demander la bénédiction de mes proches était une habitude.

J’ai souvent la même sensation que toi quant à la punition qui arrive systématiquement après un écart. C’est à la fois agaçant et plein d’ironie…

Anne ChicAndGeek on 29.10.2009 at 5:42 .

Ah la gentille petite fille… je n’aime pas cet adjectif « gentil ». Les adjectifs des petites filles sont tenaces. dans ma famille, j’étais la maline, ma soeur la gentille et mon autre soeur la jolie. ce qui sous-entendait évidement que je n’étais ni gentille ni jolie (et elles des gentille ou jolie cruches !)… Ma pauvre !
Est-ce que ce n’est pas toi qui provoques la punition parce que tu culpabilises ? Par exemple pour cette histoire de cheville… je crois avoir entendu un jour que le mot scrupule venait de scrupula « le petit caillou dans la chaussure qui gêne pour marcher », même si c’est pas vrai, c’est une histoire qui me plaît.
Envoie au diable tes scrupules et ta culpabilité… tu seras toujours gentille dans le fond, mais plus punie quant tu fais des écarts ;)
Je sais c’est un peu plus facile à dire qu’à faire.
Bon courage !
Anne

annouchka on 29.10.2009 at 7:09 .

J’ai beaucoup ri en lisant ton article ! J’ai reçu moi aussi une éducation assez stricte, autour de la religion (par ma grand-mère surtout), et malgré que ça nous rende exigeant avec nous-même, finalement ça nous a transmis des valeurs qui se perdent beaucoup aujourd’hui.
En tout cas si j’ai le malheur de dire un gros mot ou me moquer à voix haute, il y a toujours un proche pour me dire combien il est surpris par mon comportement :coeur

PBMV on 29.10.2009 at 8:14 .

C’est pareil pour moi. J’ai plusieurs amies qui ont reçu la même éducation que moi, et qui s’en sont elles aussi un peu libérées. Malgré cela, nous avons toujours les joues qui rougissent quand on dit du mal de quelqu’un, même en ajoutant que ce n’est pas gentil mais que ça fait du bien !
Mais nous avons gardé des valeurs auxquelles nous sommes attachées, et nous regrettons de les voir disparaître…

Louloute on 29.10.2009 at 9:28 .

Je n’ai pas reçu cette éducation mais j’avoue que je comprends ce que tu dis, le « retour de bâton » lorsqu’on agit mal.

C’est parfois déplaisant, mais au final je trouve que c’est un beau chemin de vie que d’être une gentille fille sourit

marlysa on 29.10.2009 at 10:20 .

Le poids du formatage de l’enfance est souvent lourd et le passé difficile à remettre en question car c’est ainsi que nous nous sommes construits..
Moi aussi on m’a appris à baisser la tête, aider ma maman, être mignonne etc.. Et mes frères rien de tout ça bien sur…
La répartition des rôles sexistes traditionnels commence dès la naissance d’un bb si on ne fait pas gaffe..

Olivia (à Paris) on 30.10.2009 at 10:31 .

J’ai été élevée dans une famille athée, mais pareil, j’ai du mal à sortir du carcan de l’education, toujours bonne eleve, jamais une heure d’ecole, sortir des clous quand je traverse oulalala. :)

mode essentielle on 30.10.2009 at 11:52 .

bonjour, il y a ce qu’on appelle « la règle d’or » (citée dans beaucoup de bouquins dévellopement personnel/spiritualité) qui dit (de mémoire)
 » ne fais jamais aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse », je trouve cette phrase beaucoup plus forte que tout ce que l’on a entendu au catéchisme!!!!
bonne journée
ps : moi aussi j’aime regarder la tour eIFFEL comme un repère, un phare dans la ville

anne sophie on 03.11.2009 at 11:33 .

Ta règle d’or est justement tirée de la Bible…
http://www.zenit.org/article-14740?l=french

;-)

Polly on 30.10.2009 at 7:45 .

c’est dingue, ça, je suis pareille. Une vraie gentille, trop bonne, trop c… Mais je ne crois pas que je pourrais être autrement exactement en raison de la règle d’or… Je continue à dire un Notre Père tous les soirs, on ne sait jamais! Par contre ma religion me pose d’autres soucis, comme une fâcheuse tendance à me dévaluer en permanence et jamais être fière de ce que je fais car l’orgueil est un péché mortel… C’est dingue parce que la gourmandise et la luxure aussi, mais elles par contre, rien à f…!
Ca fait du bien un petit billet comme ça de tant en tant! Merci!