Et danser dans sa tête
Tags: Cesaria Evora • musique • paris
Ce n’est qu’une fois confortablement installée au fond de mon fauteuil, au premier rang d’un des studios d’enregistrement de la Maison de la radio, que je réalise à quel point je n’ai aucune idée du spectacle qui m’attend dans quelques minutes. Finalement, je ne sais presque rien d’elle, sinon que c’est une dame âgée, maintenant et qu’elle a dans le regard une lueur inconsolable mêlée d’une forme de sagesse caressée par la joie, quelque chose qui dirait « Ne soyez pas tristes, mes agneaux, ou alors apprenez à transformer les peines en quelque chose qui rend heureux ».
Je ne sais presque rien d’elle et pourtant, je connais sa musique, c’est un peu celle de mes étés d’adolescente et celle, surtout, de toutes les fois où je voudrais qu’il fasse beau dans ma tête. Cesaria Evora, une sorte d’idole avec ses airs de déesse africaine, son sourire chaloupé et ce timbre de voix à vous réchauffer un glacier.
Et soudain, la voilà qui est là. Elle peine à marcher. L’émotion du public – heureux de la voir là et inquiet de la découvrir si fragile – est palpable. Ca doit faire un drôle de choc quand on s’apprête à entrer sur scène et qu’on se prend comme ça des torpilles de tendresse en pleine poire. Même après tant d’année de scène, ça doit vous faire un vrai feu d’artifice à l’estomac.
Les premières notes retentissent. Il n’y a pas à dire, c’est mieux qu’un mp3, ce tonnerre d’instruments soudain qui envahit la salle. Elle m’a si souvent incendié le cœur, Cesaria Evora, qu’avant la fin de la première mesure, je ne sais plus comment contenir ma tempête intérieure : des centaines de souvenirs empilés les uns sur les autres refont surface tous en même temps. Sous ma peau, tout bourdonne, c’est un sacré vacarme.
Voilà pourquoi la musique me laisse toujours un peu sur ma faim : chez soi, on peut se laisser envoûter, éteindre les lumières ou danser, verser des larmes si ça nous plaît ou rire. Dans une salle de concert, alors que ces notes qui nous font tant vibrer sont là, puissance dix, et tambourinent comme des malades sur chaque parcelle de notre être, il faut se concentrer pour rester bien assis, jambes croisées, courtois, en posture de spectacle. En fin de compte, on passe la moitié de son temps à se concentrer pour ne pas décoller de son siège et danser. J’ai l’air de me plaindre, comme ça, mais la moitié qui reste, je dois l’admettre, vaut bien ce sacrifice. Il suffit de laisser les notes remplacer l’oxygène à l’intérieur des veines, faire comme si de rien n’était et danser dans sa tête.
? ? ?
Je ne sais pas parler musique, je ne vais donc pas tenter de jouer les apprentis critique. Ce nouvel album, Nha Sentimento, a le charme caractéristique de la musique d’Evora. Si vous aimez, vous apprécierez certainement celui-ci, sinon, je doute qu’il vous fasse changer d’avis. Vous pouvez vous faire une idée sur Deezer ou en l’écoutant sur France inter, ce soir à 21h, où le concert auquel j’ai assisté la semaine dernière sera rediffusé.
Billets sur le même thème
J'aime. La maison, en Normandie, qui devient de plus en plus belle. Le soleil de l'hiver, surtou...
En ce moment, ce qui me rend heureuse est d'une simplicité telle qu'il n'y a rien, pour ainsi di...
Ce n'est pas tant la destination qui m'a poussé à valider ma commande auprès de l'agence de voya...
Cette fois, je suis bel et bien rentrée à Paris. Comme à chaque fois, il m'a fallu du temps pour...







27 petits mots
soshopping on 06.11.2009 at 10:01 .
J’adore Cesaria Evora… Je l’écoutais beaucoup à un certain moment de ma vie, dans mon tout premier studio de jeune fille, alors que j’étais très amoureuse d’un homme impossible… Du coup elle est associée à jamais à cette période-là, et l’entendre me rend à la fois légère et nostalgique… Je vais m’empresser d’écouter son dernier album. Merci…
marionfizz on 06.11.2009 at 10:20 .
Cette dame est impressionnante… J’adore !
Olivia (à Paris) on 06.11.2009 at 10:48 .
Je file ecouter sur Deezer, parce que j’aime beaucoup, merci!
Olivia (à Paris) on 06.11.2009 at 10:50 .
Et me trouver une radio pour ce soir, je n’en ai pas!!!! Parce qu’ecouter ce concert en travaillant tranquille ce soir, ça me paraît trèèèsss bien.
Miss Nahn on 06.11.2009 at 11:08 .
J’ai écouté la retransmission du concert hier soir, un régal!!!
Tu as eu beaucoup de chance d’y assister en « live », même si je comprends la petite frustration de devoir rester « sage » ;-)
arrosoir on 06.11.2009 at 11:11 .
je ne connais pas beaucoup cette dame et très peu sa musique mais une fois encore sur ta photo, je la trouve faite de cette pâte des immortels, des charismatiques…peut être que je me trompe mais si il n’y a pas danger de mort, laissez moi mes rêves de mythe..
nanikaa on 06.11.2009 at 11:16 .
j’ai eu la chance de la voir au Rex il y a quelques années, et j’en garde un merveilleux souvenir, sûrement l’un des plus beaux concerts auxquels j’ai assisté !
MissBrownie on 06.11.2009 at 11:41 .
Ma colocataire de l’époque où j’étais étudiante me l’a fait découvrir. Elle en était et en est toujours fan
Celine in London on 06.11.2009 at 11:47 .
Quelle chance tu as eu d assister a ce concert! le live, il y a rien de mieux!!
Bambi on 06.11.2009 at 11:53 .
La retransmission du concert était hier soir, nous nous sommes régalés tout en repeignant notre entrée.
A la fin, il y avait une petite interview du public et certain faisait la meme remarque que toi: les fourmis dans les jambes et l’envie de swinguer… peu propice à la salle de concert de la maison de la radio!
Bonne journée!
pinkyfromNY on 06.11.2009 at 11:54 .
j’ai eu l’occasion de la voir cette été en concert, un moment magique!!Une dame qui en impose!
Moutaa on 06.11.2009 at 12:26 .
Je ne connais pas très bien cette artiste, je m’empresse de la (re)découvrir :)
Foley on 06.11.2009 at 12:38 .
En tout cas tu sais très bien parler des gens et des sentiments. C’est une très beau texte hommage à cette grande dame. Moi elle me rappelle mon papa, qui adore ses chansons, sa musique est toujours liée à un moment avec lui.
Louloute on 06.11.2009 at 12:49 .
Je ne connais pas très bien cette artiste, d’ailleurs je connais plus son visage que sa musique.
Voilà qui me rappelle combien je voulais découvrir ce qu’elle fait.
Et quoi que tu en dises, tu parles très bien de musique. Ou du moins dans des termes peut être moins conventionnels, mais qui résonnent plus en moi…
Marieand on 06.11.2009 at 12:51 .
J’avoue ne pas trop connaître cette grande dame, et je ne pense pas que ce soit mon style de musique, mais sinon j’imagine ce que tu as du ressentir à ce concert …
Moi je pense souvent à ça « danser dans ma tête » quand j’écoute ma musique dans le métro le matin … ;-)
ieda dias on 06.11.2009 at 1:08 .
Amour a la première fois. On dit ça en français? Je connue Cesária Evora a Paris ça fait dejá 20 ans. Despuis ça elle fait partie de ma vie. Super femme, super chanteuse.
bisou
ieda/brasil
http://www.oquevivipelomundo.blogspot.com
ema on 06.11.2009 at 6:07 .
ah cette musique !
si tu aimes, tu aimes aussi BONGA, l’artiste angolais ? aussi à pleurer.
loeil on 06.11.2009 at 6:11 .
une grande artiste.simpa le blog.
nath the parisienne on 06.11.2009 at 11:28 .
tu ne sais pas parler musique … je me permets d’être en désaccord avec cette affirmation ! Cet article en est la démonstration flagrnat: à le lire, on n’a qu’une envie, se précipiter pour l’écouter, ce fameux concert … et chez soi, en se consolant en se disant qu’au moins, ,on peut se lever et danser sans déranger personne
selmyra on 07.11.2009 at 8:43 .
mon fav ever : carnaval do sao vicente !!
MariRe on 08.11.2009 at 7:29 .
I came to know the music of Madame Evora many years ago, and I was fortunate to be at her concert in Brazil…the music is marvellous, she sings with her soul and emotionates everyone…Great!!!
MissBrownie on 09.11.2009 at 11:59 .
Bon anniversaire !!!
TheCélinette on 09.11.2009 at 5:03 .
Je travaillais sur ce festival musical, j’étais un peu perdue à vrai dire, au milieu de cette fourmilière d’artistes, de techniciens, de gens de la prod, de personnes importantes de la région. Je tentais de réunir la force de mes 26 ans pour faire ça à tout cela. Et puis, et puis je suis restée là dans l’entrée de cette salle, comme pour trouver une pause. Cesaria est montée sur scène et j’ai trouvé un moment de grâce.
J’aime cette femme profondément.
Nina Sotte Fille on 11.11.2009 at 11:01 .
Je chercher à comprendre l’engouement pour les chansons de cette femme, je ne les aime pas du tout ! Pourtant, j’aime beaucoup la musique du Brésil … mais alors que je me délecte de la voix et des musiques de Maria Betania, je ne supporte pas ce que fait Cesaria.
Les goûts et les couleurs …
jenny on 13.11.2009 at 1:07 .
Pour ces chansons on quelque chose de pur et d’authentique, l’émotion de l’immigrantes…
xoxo Jenny
http://www.sojenny.com
may on 17.11.2009 at 2:59 .
J’ai eu la chance d’assister à un de ses concerts il y a quelques années de cela, à l’Olympia. Apres la première chanson, des mouvements étaient percpetibles dans la salle. certains se sont levés, et tout naturellement, le public s’est mis a dansé. C’est une musique qu’il est dommage de ne pas pouvoir vivre avec ses pieds, tout son corps. Ceux qui préfèraient rester assis, dans leurs pensées pouvaient aussi le faire.
Il n’est pas toujours facile d’assister à un concert, coincé sur sa chaise. A quel concert, les gens se leveront? à quel concert aurais-je plutôt envie de rester les yeux fermés pour déguster cette musique.
En tout cas, j’ai beaucoup aimé ce beau moment.
Lisa on 23.11.2009 at 1:09 .
Je suis tout à fait d’accord avec toi sur cette « frustration » de ne pas pouvoir danser quand on va voir un concert…
Et je trouve d’ailleurs vraiment regrettable cette « habitude » ou « convenance » ou je ne sais comment appeler ça, de rester assis sans bouger sur sa chaise aux concerts… C’est pourtant un lieu où nous ressentons tous, je crois, cette envie de danser, d’autant plus qu’on ne va voir jouer généralement que des musiciens qui nous plaisent…
enfin bref, je trouve toujours dommage, à tous les concerts où je vais, qu’il n’y ait pas plus d’ambiance dans la salle… mais je crois que c’est une chose à laquelle je vais devoir me faire !
merci pour ce joli article en tous cas :-)