Quelques minutes avant la nuit

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Il y a quelques jours, en Bretagne, j’ai demandé à ma maman de me conduire là où on pouvait faire « de belles photos ». Pour elle, ça ne veut pas dire grand-chose : les belles photos sont surtout celles qui témoignent d’une émotion heureuse, ou bien les pièces à conviction qui constituent la preuve tangible que le monde est saturé de beauté: ainsi, une photo d’anniversaire, une photo de fleur, une image de vacances pour elle, sont de belles images.

J’aime cette façon toute simple qu’elle a de voir le beau. Ne pas se compliquer la vie devant les évidences, ne pas se soucier des artifices. Avec une telle vision des choses, j’avais néanmoins de bonnes raisons de craindre que sa proposition photographique ne cadre pas vraiment avec mes espérances.

Nous sommes arrivés sur le port d’Arradon, quelques minutes avant la fin du jour. Le soleil était sur le point de s’assoupir. Les bateaux sur la mer, comme un groupe de goélands épuisés, semblaient dormir depuis longtemps et nos voix paraissaient perturber une quiétude irréelle, comme si nous étions les visiteurs inopportuns d’une création divine inaccessible aux regards des mortels.

Et tout cet or liquide, stupéfiant, qui noyait le monde jusqu’à la ligne d’horizon, le bleu qu’on regardait se muer en émeraude et ce spectacle progressif d’ombres chinoises qui fragmentait le paysage en un nuancier fait de noir et de vermeil… Un coucher de soleil rare. C’était le jour de mon anniversaire ; un merveilleux cadeau tombé du ciel.

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Si j’ai préféré vous épargner les photos du coucher de soleil qui n’échappent pas, malheureusement, au cliché un peu tarte du « ciel embrasé sur le port », j’ai pris beaucoup de plaisir à m’attarder sur les reflets que produit la lumière au moment où elle est le plus flamboyante.

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Noël avant l’heure

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J’aime l’extrême spécificité de certains savoir-faire. « Marionnettiste à fils », par exemple. Connaissez-vous un métier plus poétique que celui-ci? Il n’existe qu’une société capable d’accomplir le prodige d’installer et animer en quelques jours les vitrines des grands magasins.

Inutile de vous dire que lorsqu’on m’a invitée à visiter les coulisses des vitrines de Noël du Printemps, j’ai annulé séance tenante tout ce qui pouvait l’être pour la joie de me faufiler parmi les fils de nylon, les poupées de chiffon imaginées par Chanel et les centaines d’accessoires qui font naître, dans quelques mètres carrés, un univers sans cesse réinventé de pure féérie.

Cette année, c’est la Russie qui donne le ton : poupées emperlées, joues roses et danses traditionnelles. Tout cela revisité avec brio par Chanel et Dior qui jouent autour de ce thème sans jamais tomber dans la caricature. Voici donc en avant-première quelques photos des vitrines Chanel qui seront dévoilées au public jeudi prochain, en fin de journée.

? ? ? La princesse Nadeja dansant parmi les poupées russes ? ? ?

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? ? ? Le duc Dimitri avec son groupe de musicos ? ? ?

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Et danser dans sa tête

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Ce n’est qu’une fois confortablement installée au fond de mon fauteuil, au premier rang d’un des studios d’enregistrement de la Maison de la radio, que je réalise à quel point je n’ai aucune idée du spectacle qui m’attend dans quelques minutes. Finalement, je ne sais presque rien d’elle, sinon que c’est une dame âgée, maintenant et qu’elle a dans le regard une lueur inconsolable mêlée d’une forme de sagesse caressée par la joie, quelque chose qui dirait « Ne soyez pas tristes, mes agneaux, ou alors apprenez à transformer les peines en quelque chose qui rend heureux ».

Je ne sais presque rien d’elle et pourtant, je connais sa musique, c’est un peu celle de mes étés d’adolescente et celle, surtout, de toutes les fois où je voudrais qu’il fasse beau dans ma tête. Cesaria Evora, une sorte d’idole avec ses airs de déesse africaine, son sourire chaloupé et ce timbre de voix à vous réchauffer un glacier.

Et soudain, la voilà qui est là. Elle peine à marcher. L’émotion du public – heureux de la voir là et inquiet de la découvrir si fragile – est palpable. Ca doit faire un drôle de choc quand on s’apprête à entrer sur scène et qu’on se prend comme ça des torpilles de tendresse en pleine poire. Même après tant d’année de scène, ça doit vous faire un vrai feu d’artifice à l’estomac.

Les premières notes retentissent. Il n’y a pas à dire, c’est mieux qu’un mp3, ce tonnerre d’instruments soudain qui envahit la salle. Elle m’a si souvent incendié le cœur, Cesaria Evora, qu’avant la fin de la première mesure, je ne sais plus comment contenir ma tempête intérieure : des centaines de souvenirs empilés les uns sur les autres refont surface tous en même temps. Sous ma peau, tout bourdonne, c’est un sacré vacarme.

Voilà pourquoi la musique me laisse toujours un peu sur ma faim : chez soi, on peut se laisser envoûter, éteindre les lumières ou danser, verser des larmes si ça nous plaît ou rire. Dans une salle de concert, alors que ces notes qui nous font tant vibrer sont là, puissance dix, et tambourinent comme des malades sur chaque parcelle de notre être, il faut se concentrer pour rester bien assis, jambes croisées, courtois, en posture de spectacle. En fin de compte, on passe la moitié de son temps à se concentrer pour ne pas décoller de son siège et danser. J’ai l’air de me plaindre, comme ça, mais la moitié qui reste, je dois l’admettre, vaut bien ce sacrifice. Il suffit de laisser les notes remplacer l’oxygène à l’intérieur des veines, faire comme si de rien n’était et danser dans sa tête.

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Je ne sais pas parler musique, je ne vais donc pas tenter de jouer les apprentis critique. Ce nouvel album, Nha Sentimento, a le charme caractéristique de la musique d’Evora. Si vous aimez, vous apprécierez certainement celui-ci, sinon, je doute qu’il vous fasse changer d’avis. Vous pouvez vous faire une idée sur Deezer ou en l’écoutant sur France inter, ce soir à 21h, où le concert auquel j’ai assisté la semaine dernière sera rediffusé.