Mamy avec un Y

Je suis en voiture, au moment où j’écris ces lignes, comme souvent le vendredi soir. L’une de mes occupations favorites consiste à éditer et trier des photos, activité méditative parmi les plus relaxantes que je connaisse.

Et tout à coup celle-ci, dont j’avais oublié l’existence. La carte écrite par ma grand-mère pour mon anniversaire en 2015 (la dernière qu’elle m’ait envoyée, je le réalise en l’écrivant). Je l’avais aimantée au frigo parce qu’elle représente un dessin de mon père. Mais aussi à cause de l’écriture de Mamy, que j’adore. Mamy avec cette coquetterie du Y, qu’elle avait certainement imposé elle-même. Ce petit exotisme convenu et adorable.

Mais surtout, j’aime la manière dont elle traçait “Mamy” avec les lettres qui deviennent de plus en plus petites au fur et à mesure. Cet envol.

Il y a quelques années, elle avait terminé un courrier par cette phrase que je n’oublierai jamais : “Mon écriture devient de plus en plus petite ; tu vois ma chérie, je disparais doucement.”

Et ça aussi, c’était quelque chose que j’aimais : ce germe de poésie que ni son éducation ni le milieu auquel elle appartenait n’avaient été en mesure de déceler et nourrir, et qui surgissait malgré tout quelquefois, comme des fleurs sauvages au milieu d’un jardin français.

2 comments on “Mamy avec un Y

  1. Que ce texte est joli. Et précieux. Pour le truc des lettres qui deviennent de plus en plus petites, mon prof de français du lycée m’avait donné le mot qui caractérise cette écriture. Je l’ai rapidement oublié, je crois que ça m’avait fait trop plaisir qu’on regarde mes mots de si près quand je le faisais tellement avec ceux des autres…

    Je pense aussi à ma grande tante qui m’écrivait il y a quelques mois au sujet de son escapade à Belle-Ile : “ces quelques heures ont fait battre mon cœur d’adolescente”. Je trouve notre société vraiment cruelle avec les personnes qui vieillissent, j’aimerais qu’on puisse accompagner sans remiser dans un placard ces êtres humains qui sont… comme nous. Et parfois plus :)

  2. les dernières lignes de ce billet sont magnifiques … très beau texte.

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