Petit voyage en blanc

Vous l’avez certainement entendu aux informations : plus de vingt centimètres de neige sont tombés sur la Manche, au début de la semaine. Ici, à Granville, c’est très inhabituel. Tant et si bien que personne ne sait comment la prendre, la neige. Ça a créé comme une petite panique tranquille : les magasins restaient aussi fermés qu’un premier mai, les granvillais étaient cloîtrés. À part quelques gamins qui jouaient à faire de la luge avec un sac poubelle dans les escaliers de la ville, personne. À quelques autres rares exceptions près, il n’y avait pas grand monde à mettre le nez dehors.

Ainsi, nous étions seules, autour de neuf heures du matin, à gravir la rue des juifs pour contempler l’étrangeté du paysage depuis la pointe du Roc. Toute la ville, soudain, était différente. Je veux dire : ici, c’est le bord de mer qui a toutes les faveurs. Or mardi matin la plage n’avait plus le moindre intérêt. Les vagues faisaient tout leur possible pour attirer l’attention en se jetant sur la digue du Plat Gousset avec tout le panache dont elles étaient capables, ça n’intéressait personne.

Soudain, Granville était une autre ville, pourvue d’une toute nouvelle beauté. Une beauté qui n’était pas plus belle que l’autre, non, une beauté autre. Il fallait la chercher ailleurs : regarder du côté de la vieille ville, par exemple, avec ses rues entassées les unes sur les autres, ses toits collés dans tous les sens, le vieux presbytère de Notre Dame qui ressemble à un petit château perché. La neige, en accentuant leur relief, leur donnait un charme inédit.

Ça m’a fait penser à quelque chose qui nous arrive aussi quelquefois dans la vie : un élément apparemment anodin qui redistribue toutes les cartes. Qui modifie, littéralement, les perspectives. Quand on part seul en voyage, par exemple, et qu’on redevient neuf aux yeux de tout le monde.

Neuf fils à suivre

Voilà un moment maintenant qu’Instagram demeure l’application à laquelle j’ai le plus de plaisir à me connecter quotidiennement. Pour partager des bribes de quotidien de façon rapide, simple, accessible et jolie, c’est, à mon sens, ce qu’il y a de mieux. Je l’utilise aussi, et avec succès, pour collecter des infos (cafés cosys, bons restaus, jolis points de vue) avant de partir en voyage. Et à propos de voyage, Instagram est ma petite dose de rêve journalière : chaque jour, je découvre des photos en provenance des quatre coins du monde. Voici donc neuf comptes, parmi mes préférés, ceux dont la qualité ne cesse de m’enchanter :

1. Final Notice
Le compte d’une photographe texane. J’aime ses clichés si typiquement américains et la belle harmonie qui lie l’ensemble de ses photos.

2. Ilkone
Le compte du graphiste ILK. Pour ses photos de voyage, de chats et pour ses photos de street art. N’hésitez pas non plus à faire un tour sur Ilk Flottante, son blog, qui regorge de chouettes trucs.

3. The Red Thread
Il s’agit du compte de Lisa Tilse qui tient le blog éponyme : The Red Thread, que j’aime beaucoup également (life style, déco, DIY, inspiration… ). Elle partage ici des détails, des petits riens et c’est toujours joli.

4. Lovetram
Je ne sais pas grand chose de l’auteur de ce compte, si ce n’est qu’elle est graphic designer. J’aime son flux sur fond presque toujours blanc, les couleurs passées.

5. 2G1
Là non plus, je ne sais pas grand chose sur l’auteur, coréen(ne), vraisemblablement et dont on peut aussi visiter le blog personnel, lui aussi essentiellement photographique.

6. Light Witch
Le compte de la photographe Courtney Brooke, installée en Nouvelle Angleterre. J’adore ses mises en scène ésotériques et fantaisistes, ses autoportraits. Son site est, lui aussi, un régal pour les yeux.

7. Polagram
Polagram, c’est mon Eye Candy. Il y a beaucoup de rose (pas tant que ça, en fait, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours l’impression que tout y est toujours plus ou moins rose), beaucoup de chats, beaucoup de choses mignonnes. C’est sobre et clair, quelquefois amusant. L’auteur possède aussi un blog d’inspiration.

8. Trashhand
Cette personne est – à l’évidence – un(e) photographe chevronné(e). Je n’ai pas réussi (et pas trop cherché non plus, on ne va pas se mentir) à en savoir davantage. Je suis fan de ses jeux de perspectives, de ses compositions ultra travaillées et jalouse de cette capacité à saisir LE moment. Vous pouvez également visiter son blog.

9. Alice Gao
Et je termine bien entendu par mon favori : le compte d’Alice Gao, qui est également auteur de Lingered Upon, très beau blog photographique. Elle était en Islande, il y a quelques jours, au même moment que moi et je pouvais suivre les photos qu’elle postait sur son compte Instagram. Je me sentais si jalouse en constatant à chaque photo à quel point elle parvenait à faire mieux (sans comparaison) avec exactement le même sujet et les mêmes conditions météo que moi. J’adore la palette de teintes qu’elle utilise : des couleurs plutôt froides, mais un rendu toujours très chaleureux. Bref, vous voyez, je suis fan.

Si vous aimez cette petite sélection, n’hésitez pas à fouiller dans la liste « following » de mon compte (les photos qui ouvrent ce billets en sont issues). J’ajoute très régulièrement de nouvelles pépites.

Là-bas, juste à la pointe

Cela m’étonne moi-même, quand j’y pense : elle est à quelques kilomètres de la maison, la pointe d’Agon et je n’y étais jamais allée. La paresse, sans doute, que provoque les lieux de vie dont on ne se lasse jamais : c’est si beau déjà la maison, pourquoi donc aller voir ailleurs? Jusqu’à présent, la pointe d’Agon, c’était ce lieu qu’on désignait du doigt, au loin, tu vois la petite pointe, là, derrière la baie, oui, celle-là. Je la connais maintenant comme cette plage où l’on peut aller boire un verre à « La Cale », juste pour le plaisir d’y rencontrer un tenancier haut en couleur et savourer le mauvais goût des nus exposés sur chaque centimètre carré de mur disponible.

Je sais que de petites maisons de plage, juchées sur les sommets des dunes, se dissimulent du côté d’Agon. C’était l’objet de ma visite, mais je ne les ai pas trouvées, ce sera pour une prochaine fois. À vrai dire, j’étais plutôt contente de rentrer bredouille : c’est bien ce qui donne leur prix aux trouvailles, après tout… Le temps qu’il faut parfois pour mettre la main dessus.

Hier, c’étaient les tons doux des jours où la grisaille ambiante est pleine de lumière et c’était bien, aussi. Ces gros nuages normands pleins de relief et d’une indéfinissable couleur. J’ai souvent l’impression que ce temps gris est une forme de beau temps, si l’on sait regarder comme il faut.