Hey !

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Voilà deux mois que je ne suis pas passée ici. Deux mois… comment est-il possible que le temps passe si vite? Presque chaque jour, il me vient une idée pour ce blog : une série d’images qui me plait, un texte que j’ai envie d’écrire, un livre, une chanson… Je ne le fais pas. On dirait que mon énergie est ailleurs. Il m’en faut beaucoup, aussi, pour mener de front deux activités qui réclameraient chacune toute mon attention. J’ai envie de leur accorder tous les efforts qu’elles méritent et déjà, elles demandent plus que je ne puis donner.

Et puis quand j’ai une minute devant moi, je la consacre au piano. Tant que je n’aurai pas de professeur, il semble que je me condamne à choisir des pièces trop difficiles que j’abandonne en cours de route. Enfin trop difficiles… Pas nécessairement techniquement. Je dirais plutôt trop difficiles pour mon emploi du temps. Ainsi, je connais : les trois quart de la valse de Chopin n°10, en si mineur ; environ la moitié de la Marche tuque, les premières mesures du moment musical n°3 de Schubert… Et en ce moment, j’attaque bêtement Tchaïkovski – la danse de la fée Dragée – tout en supposant que je vais aussi en saisir quelques passages avant de passer à autre chose. Certes, je suis tout de même venue à bout d’une poignée de morceaux, mais je me maintiens ainsi dans une insatisfaction qui, j’espère, me poussera à frapper à la porte du bureau des inscriptions de l’école de musique, en juin prochain. Voilà deux ans, peut-être trois, que j’ai recommencé à jouer. C’est (re)devenu mon plus grand plaisir. Me mettre au piano vient à bout de toutes mes humeurs. J’espère que nous avons tous un espace à nous comme celui-là : cette sorte de refuge qui nous rend plus vaste, plus tranquille et tout simplement plus heureux.

Mais samedi, je me suis accordé un peu de temps pour Cachemire & Soie. C’est étrange, j’ai eu besoin d’un prétexte : faire découvrir à ma cousine une petite rue magique. Les couleurs joyeuses de la rue Crémieux, près de la Gare de Lyon, à Paris. Ça pourrait sembler incongru de traverser Paris simplement pour ça, une petite rue d’une centaine de mètres, mais c’est plein de poésie, faire des kilomètres pour pas grand chose. Avec une amie de fac, à Rennes, il nous arrivait de faire deux heures de route entre deux cours, simplement pour aller mettre les pieds dans l’eau. Ce sont les petites folies qui me touchent le plus. Déployer un effort a priori démesuré pour quelque chose, c’est reconnaître tout le prix qu’on y accorde, sans doute. D’autres penseront peut-être que c’est là l’art d’agiter du vide… À vous de choisir.

Je voulais aussi vous parler de quelques livres. En un Quatre Soeurs, de Malika Ferdjoukh, ainsi que la bande dessinée issue du roman, de Cati Baur. Le roman fait partie de ces livres que je recommande à tout le monde, sans distinction et que j’ai lu plusieurs fois avec un ravissement qui semble se démultiplier à chaque fois. Je ne sais pas à combien de personne j’ai lu la première page, ces derniers mois. Je devrais peut-être la recopier ici, je sais que cela suffirait pour vous donner envie de le commander dans la seconde, si toutefois vous ne l’avez pas déjà lu.

Ne passez pas non plus à côté de la bande dessinée de Cati Baur, qui en est une interprétation superbe, juste et sensible. J’adore son trait, ultra vivant et doux, en même temps. Et j’aime cette sensation, en tournant les pages, de voir les dessins nourrir mon imagination de lecteur au lieu de la contraindre. Comme si elle donnait encore une nouvelle épaisseur au roman. Et puis tout simplement, certaines planches me donnent envie de me fondre avec le dessin : celles des quatre sœurs au petit déjeuner me fait griller de tendresse, la couverture du premier tome me rappelle mon adolescence, et celle de Bettina dans le manège avec Merlin… ahhhh, elle m’émeut tellement. Je pourrais les relire cent fois sans éprouver la moindre lassitude. Ne vous laissez surtout pas arrêter par l’étiquette « pour enfants » de ces œuvres, Quatre Soeurs est de la vraie belle littérature.

Au rayon livres, j’ai découvert il y a quelques jours une vraie petite pépite : « Lettres à un jeune navigateur » de Pierre Mathiote. Une belle réflexion sur le voyage, truffée de phrases fortes qui vous entraînent dans des abîmes de réflexion. Nul besoin d’aimer la mer pour apprécier le livre, c’est une histoire absolument universelle.

Au pied de mon lit, aussi : « Lily Love Peacock » de la série de Fred Bernard, que j’adore. C’est sensuel, volontiers féministe, pur aussi à sa manière et souvent fantasque. Tous les héros de Fred Bernard sont extraordinaires et j’aime ce tourbillon d’extravagance dans lequel il nous plonge à chaque fois.

Ces jours-ci, je finis « Eux sur la photo » d’Hélène Gestern. C’est excellent, vraiment. L’histoire d’une femme qui se lance à la poursuite de son passé. C’est un roman épistolaire, un genre que j’aime tout particulièrement (tiens, d’ailleurs, « Lettres à un jeune navigateur » est aussi un roman épistolaire, maintenant que j’y pense). Écrit d’une plume sobre, presque modeste, où l’on devine pourtant une érudition certaine, ce livre me bouleverse d’une manière qui m’étonne.

Je pourrais aussi parler de The Grand Budapest Hotel (loufoque et beau, comme on peut l’imaginer, mais un peu chiant aussi, à sa façon) et de Her, le dernier Spike Jonze (beau à faire mal, avec une réflexion surprenante et inédite sur l’intelligence artificielle). Je serais aussi presque tentée de faire un énième article sur le Soya, cette cantine végé très chouette du onzième, ou bien parler des madeleines à la bergamote du café Pinson, des frites de la maison F et de ce joli restau qui vient d’ouvrir dans le dixième, le John Weng… enfin, ces trucs tellement parisiano-parisiens dont je me croyais irrémédiablement lassée, mais non, il faut croire que non, finalement.

D’ailleurs, je vous laisse avec ces quelques images de Paris. Un Paris qui n’existe pas vraiment, au fond, à part pour la trentaine d’habitants qui vivent dans cette rue, les chanceux. Bonne semaine tout le monde!

PS : n’hésitez pas à me parler de vos livres de chevet, si ça vous fait envie, j’aime tellement qu’on me parle des livres qu’on a aimé (mon grand rêve secret : fonder un club de lecture).

PS : Oh si ! Encore une chose! J’ai entendu, comme tout le monde, des dizaines de reprises de Get Lucky, mais voici ma préférée – et de loin! La voix de cette jeune femme me donne des frissons.

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La première étoile à droite…

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La plupart des tentatives pour recréer dans la réalité l’univers merveilleux des histoires pour enfants échouent lamentablement. Je me souviens, petite, de ma déception après avoir reçu pour Noël un costume de princesse. Je n’avais pas plus de trois ou quatre ans, mais je me rappelle nettement m’être dit : « Non, mais ils se moquent de moi? » Le tissu, au lieu de flotter gracieusement dans un tourbillon de tulles et de jupons, tombait tristement à mes pieds, un vilain synthétique tenait lieu de brocart, rien n’était ajusté correctement et les manches supposées bouffantes s’approchaient davantage d’un soufflé retombé. On n’atteignait même pas le stade de pâle imitation.

Après cela, ce genre de jouet ne m’a plus jamais intéressée. Suite à ce malheureux épisode, je me souviens avoir souvent pensé, petite, que les adultes nous prenaient vraiment pour des cons. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai mis si longtemps à me décider à mettre les pieds à Disneyland, persuadée que c’était encore un traquenard. Je me rappelle très bien de ma première visite, il y a quatre ou cinq ans : je m’attendais vraiment au pire.

Contre toute attente, le spectacle m’a paru à la hauteur. Mon émerveillement, en parcourant le parc a été une vraie surprise. Aujourd’hui, après maintes escapades (c’est devenu un petit rituel, d’y passer la journée une ou deux fois par an), je suis évidemment redevenue plus critique. Et puis évidemment, je n’ai plus la naïveté de l’enfance, qui permet de faire abstraction de tout ce qui ne cadre pas exactement avec ce que l’on a envie de voir ou bien d’imaginer.

Mais c’est tout aussi bien : d’émerveillée, je suis devenue admirative. L’attention apportée à chaque petite chose – jusqu’aux vis personnalisées des plafonniers dans les files d’attente – me ravit à chaque fois. Je suis stupéfaite par l’intelligence avec laquelle sont aménagés les espaces, par l’ingéniosité de la circulation… Tout me semble si brillamment imaginé que c’est à observer le décor et ses millions de détails que je trouve le plus grand plaisir. Je rêverais de rencontrer les architectes, les décorateurs et les scénographes d’un lieu comme celui-ci.

Mais il y a quelquefois ces instants de grâce : le crépuscule qui tombe sur le parc ou ce moment où les toits du château s’embrasent d’étincelles. À ce moment-là, le temps d’un claquement de doigts, l’illusion est parfaite et je passe de l’autre côté du miroir.

Merci à tous pour votre participation au petit concours de ce début de semaine. Et bravo à Ju qui remporte une MancheBox. Merci aussi pour tous les petits mots qui ont accompagné vos participations, vous me donnez envie de vous serrer dans mes bras. Rien ne me fait plus plaisir que lorsque je sens – comme c’est souvent le cas – qu’assis autour d’une table à papoter, on aurait des tas de choses à se dire.

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Trois minutes trente avant le soleil

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Ce week-end là, nous avons dormi à Chausey, dans le Sound qui est le mouillage principal de l’archipel. Ce n’est pas le meilleur endroit, les places y sont toujours prises d’assaut en été. Mais c’est le mouillage le plus sûr, celui qui abrite le mieux de n’importe quel petit coup de vent inattendu. D’où qu’il vienne, on est à peu près protégé. Et puis nous avions trouvé un corps-mort bien solide: on a dormi tranquilles cette nuit-là.

Le vent devait monter dans la nuit, nous étions prévenus. La météo annonçait trente nœuds de vent pour le lendemain, vers neuf heures. Vers trois heures du matin, on a commencé à l’entendre arriver doucement : les haubans se sont mis à chanter. Cette petite musique, dans les drisses, qui me donne toujours le sourire même quand elle me réveille.

On devait se lever à six heures, ce matin-là. Ce n’était pas tellement l’annonce du vent, mais partir suffisamment tôt pour éviter l’orage. Voilà ce qu’il faut savoir en premier avec la mer : tout se décide en fonction du temps. Se lever aux aurores si les conditions météo l’exigent est une contrainte à laquelle on ne peut se soustraire. Et puis faire du bateau sous la pluie, c’est moins amusant. La mer peut grossir tout à coup. Le vent aussi. Trente nœuds, ça passe ; après, ça peut devenir moins drôle.

Six heures, du matin, un dimanche. Bien sûr, on avait prévus d’être grognons, de boire cul sec des cafés trop forts pour tenter d’être à peu près convenablement tirés du sommeil au moment de lever l’ancre et faire les manœuvres dans le silence contrarié des matins difficiles. C’était sans compter sur ce cadeau du ciel. L’aube des matins où le vent monte après une journée de beau temps. Ouvrir les yeux sur ce spectacle quand on a encore une partie de soi dans le sommeil, c’est presque trop pour un regard humain. Comme si l’on se trouvait par hasard aux premières loges d’un spectacle prévu seulement pour le regard des Dieux.