
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais juste avant de partir en vacances, vous m’aviez donné plein de conseils de lecture. J’ai joué le jeu : quelques minutes avant de sauter dans l’avion, j’ai pioché un peu au hasard. Je n’en regrette aucune. Vous êtes, à l’évidence, de merveilleux conseillers et je vais continuer à m’inspirer de vos nombreux conseils pour le reste de l’été. Voici donc les lectures qui sont arrivées ces dernières semaines sur ma table de chevet.
La Grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt
Ce roman, qui m’a littéralement bouleversée, est un peu particulier pour moi : il fait écho de tant de façons à ma propre vie qu’il m’est difficile, au final, de savoir si je l’aurais aimé avec la même passion en me sentant moins proche du personnage principal. En allant « sauver » sa grand-mère de la maison de retraite, Jade découvre son secret. Le roman raconte l’aventure de cette trentenaire parisienne et de sa grand-mère savoyarde qui apprennent à vivre ensemble. Ce qu’elles s’apportent l’une à l’autre, ce qui les rassemble ou les sépare, le regard qu’elles se portent et portent sur le monde. Ce sont les regards croisés de deux femmes prises dans un grand élan de vie : celui de la jeunesse pour l’une, celui de la fin de vie pour l’autre. L’histoire, aussi, de deux renaissances. En finissant ce livre, j’aurais voulu pouvoir serrer l’auteur dans mes bras très fort. Et lui dire merci.
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami
C’est l’histoire d’Hajime, un homme dans la force de l’âge à qui tout réussit, lorsqu’il croise, trente ans plus tard, son amour de jeunesse. Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, c’est une éducation sentimentale où le narrateur explore les histoires amoureuses de sa vie. De ce roman, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir – la plume de Murakami est un délice, je retiens surtout cette façon de décrire le sentiment amoureux (ou en l’occurrence son absence) : « Mais ce qui me troublait et me désespérais, c’était qu’à l’intérieur d’Izumi je ne parvenais pas à découvrir quoi que ce soit qui me fût spécialement destiné. »
Le voyage d’hiver – Amélie Nothomb
Il y a des auteurs, comme Amélie Nothomb, que je lis parce que je sais exactement ce que je vais y trouver. Le voyage en hiver n’échappe pas à la règle. Comme toujours, dans les romans d’Amélie Nothomb, c’est moins l’histoire qui me séduit que son sens de la formule, son humour souvent grinçant, ses remarque exubérantes. J’aime Amélie Nothomb car en la lisant, j’ai toujours l’impression d’entrer dans le tête de quelqu’un qui a sa façon bien à elle de penser et regarder le monde. C’est cette singularité là que je cherchais en ouvrant Le voyage en hiver, et que j’ai trouvé.
Le voleur d’ombres – Marc Lévy
Je m’étais engagée à le lire, ne serait-ce que pour faire affront à mes a priori. J’ai bien fait : Le voleur d’ombres est un joli récit. Et je comprends enfin ce qui fait le succès de Marc Lévy : la fluidité de la lecture et cette façon de parler à l’enfant, au rêveur qui se dissimule en chacun de nous. Il n’y a rien de prétentieux chez Marc Levy et – il m’a semblé – une vraie sincérité. L’auteur se dissimule tout à fait derrière son livre, laissant toute la place au lecteur avec beaucoup de générosité. Au final, je comparerais ce moment de lecture à ces films que je regarde parfois sans autre but que de me divertir, presque avec négligence, et qui me touchent de façon inattendue, qui me prennent par surprise, avec des idées moins simples qu’elles en ont l’air et de jolies tournures.
Tu, Mio – Erri Deluca
Je n’avais encore jamais lu Erri Deluca, mais ce petit roman ouvre sans aucun doute la voie à ne nombreuses autres lectures. Tu, Mio, raconte ce moment charnière de l’adolescence où, en un été, on devient autre ; cette mue qui fait de vous une personne adulte. Ce roman initiatique se déroule sur une Ile de la mer Tyrrhénienne en plein été, dans un village de pêcheurs. La plume d’Erri Deluca est d’une poésie incroyable, il fait partie de ces auteurs qui ouvrent des portes dans la connaissance des êtres, qui donnent des clefs, percent des mystères, délivrent des réponses. En fermant ce roman, comme son personnage principal, j’avais la sensation, moi aussi, d’avoir encore un peu grandi.
Lignes de faille – Nancy Huston
Je termine par ma dernière lecture et aussi celle qui m’a le plus marquée. C’est aussi le premier roman de Nancy Huston que je lisais et j’ai déjà hâte d’ouvrir le prochain. Lignes de faille, ce sont les récit successifs de quatre enfants de six ans, de quatre générations différentes qui ont pour point commun d’être liés par le sang : Sol est l’enfant de Randall qui est le fils de Sadie, fille d’Erra. On entre dans la peau de chacun d’entre eux, à tour de rôle, pendant l’année de ses six ans. Cette trame toute particulière permet de tisser les liens générationnels qui existent entre les membres d’une filiation et comprendre comment les souffrances, les questions, les violences subies, se répercutent de génération en génération, chaque existence déterminant la suivante. Lignes de faille est un roman brillant à tous égards, si je devais n’en conserver qu’un, parmi ces six livres, ce serait celui-là.
Et voilà, je m’arrête là pour aujourd’hui. Merci encore pour tous vos conseils. La photo en illustration, rien à voir? Au contraire : lire, c’est avoir un peu la tête dans les nuages, non?
La fleur-soleil
Tags: It book • mes livres • Photo
Quand je vous disais qu’on peut vraiment faire des choses inattendues avec son téléphone. J’ai pris cette photo hier après-midi aux Buttes Chaumont. Ces fleurs, en réalité, mesurent à peine cinq millimètres (mais cette, fois, je reconnais qu’il y a un petit truc, je vous raconterai tout ça demain). J’aime beaucoup les couleurs qui me rappellent certaines toiles de Martine Gayet.
En fait, je voulais surtout apporter quelques précisions à propos de la distribution du livre de Cachemire & Soie, car j’ai reçu beaucoup de questions. Donc oui, il est sorti. Mais nous avons joué de malchance avec l’imprimeur qui a livré mon éditeur avec un bon mois de retard. La conséquence de tout cela est la mise en place dans les librairies qui a perturbé le planning des libraires. Celle-ci se fait donc progressivement chez les libraires, mais cela prend forcément un peu plus de temps que prévu. D’où également la mise à disposition un peu tardive aussi chez les libraires en ligne. Mais ces petits désagréments devraient rentrer dans l’ordre rapidement.
À propos de la distribution à l’étranger : pour le moment, le livre n’est disponible qu’en France, mais il est toujours possible de le commander chez Amazon ou la Fnac. Dernière solution, le commander tout simplement auprès de son libraire.
Voilà, c’était juste pour vous dire ça. Bon dimanche au soleil les amis!
Cent quarante quatre pages
Tags: inspiration • mes livres • Photos • roman
Voilà trois jours que je réécris ce billet sans parvenir à trouver par quel bout le prendre. Alors faisons simple : le livre de Cachemire & Soie est enfin sorti. Cent quarante quatre pages de textes, d’images, de bonnes adresses… Je vous en avais déjà touché quelques mots il y a un moment, mais en réalité, nous travaillons à ce projet, avec mon éditeur, depuis bien longtemps.
Lorsqu’il m’a proposé de faire ce livre, j’ai d’abord dit non. Catégoriquement. C’est étrange la relation qu’on peut entretenir avec son blog et je n’y avais jamais vraiment songé avant que ne se pose la possibilité de l’éditer. Dans mon cas, je craignais, il me semble, d’être dépossédée de quelque chose que je n’avais aucune envie de donner. Quelque chose de personnel, sinon d’intime. Et l’idée d’abandonner un peu de la liberté dont je jouis sur Cachemire & Soie en confiant son contenu à un éditeur, me semblait tout simplement impensable.
Effrayantes aussi, toutes les questions qu’engendraient ce projet : est-ce qu’en acceptant, je n’allais pas m’apercevoir que rien de ce que j’avais consigné ici, en cinq ans, ne me plaisait assez pour que je trouve plaisir à le voir reproduit dans un livre? Et je ne parle pas des photos! Allaient-elles ressortir correctement ou le papier, au contraire, serait-il un impitoyable révélateur de défauts? Et puis au fond, pourquoi un livre? À quoi ça allait servir?
D’un autre côté, j’ai reçu tant de petits mots de votre part me disant : à quand un livre « Cachemire & Soie »… Peut-être, après tout, les lecteurs de ce blog étaient-ils le meilleur juge? Et enfin, cette pensée égoïste : que restera-t-il, sinon des souvenirs, de Cachemire & Soie le jour où je déciderai de le fermer – qui arrivera forcément, même si ce n’est pas encore au programme? Et après tout, j’aime les défis. Plus que ça : je crois même que c’est le sentiment de défi qui me fait avancer, dans la vie. Et celui-ci, pour moi, était de taille – encore une preuve que j’accordais à Cachemire & Soie, finalement, bien plus de prix que je ne voulais l’admettre. Et au final, je crois aussi que j’étais vraiment curieuse de voir ce que cela pouvait donner. C’est même sans doute ce qui a achevé de me décider.
Mais s’il y a une chose que je n’aurais jamais imaginée, c’est le travail qui a suivi. Le long travail de tri, en premier lieu : relire cinq ans d’archives, les sélectionner. La déception lorsque certains billets que j’avais particulièrement aimé écrire me semblaient dépourvus d’intérêt, tout compte fait ; et la joie lorsqu’au contraire, je me sentais agréablement surprise par tel ou tel texte. Et je ne parle pas des photos que je n’avais jamais prises dans le but d’être imprimées et qui n’avaient été retouchée qu’en basse définition. Toutes ces photos à retrouver, retoucher, retravailler… Et le long travail de réécriture enfin, qui est, de loin, le plus ardu, parce qu’on n’en a jamais fini. On voudrait toujours changer une tournure, modifier, une phrase. C’est le plus difficile avec un livre : le moment où vous tenez celui-ci dans vos mains et que vous ne pouvez plus rien changer.
Mais voilà, il est là. Et je vais vous dire : je le trouve super. J’espère de tout mon cœur avoir su opérer une bonne sélection, en fonction des billets qui vous ont le plus plu (j’ai passé beaucoup de temps à relire vos commentaires, qui m’ont été d’une aide précieuse pour faire mon choix final), même si je n’ai pu résister, aussi, au plaisir conserver ceux que j’avais le plus aimé écrire et qui ne coïncident pas toujours avec vos choix à vous.
Il y a encore autre chose que je voudrais vous dire : ce livre a été entouré d’une immense bienveillance. Et en le regardant, j’ai l’impression qu’il rayonne de bonnes ondes. Tous ceux qui ont contribué à sa réalisation – correctrice, maquettistes… – se sont impliqués d’une façon que je n’aurais même pas osé imaginer, à commencer par mon éditeur, Philippe, que je ne remercierai jamais assez pour avoir accordé tout ce temps à ce livre et pour avoir fait preuve d’autant de patience avec moi (à votre place, Philippe, je crois que j’aurais fini par me jeter un mauvais sort). Grâce à eux, et à vous qui me lisez parfois depuis un moment, j’ai la sensation que le livre de Cachemire & Soie est entouré de soleil.
Il me reste donc à vous remercier pour tout cela, car on pourra toujours tourner le problème dans tous les sens, un blog, ce sont ses lecteurs – qu’ils soient nombreux ou non – qui le portent et lui donnent le carburant nécessaire. On peut écrire des romans dans son coin, pour le simple plaisir de déverser son imaginaire sur le papier et sans autre but que cela – j’en sais quelque chose. Mais je ne crois pas qu’il en aille de même pour un blog : sans lecteurs, Cachemire & Soie n’existerait plus depuis longtemps. Merci à vous tous.








