Façon coucher de soleil

J’ai pris ces quelques photos hier, à la marée. En rentrant, toute ma famille m’a demandé comment j’avais fait ces photos et surtout à quel moment : personne autour de moi n’avait noté que le soleil était sur le point de se coucher. La petite leçon photographique qui a suivi, bien que très simple (une toute petite astuce, en fait), intéressera peut-être certains d’entre vous. La voici donc.

Pour obtenir un joli coucher de soleil, net, pourvu de couleurs intenses et de beaux reflets, on peut s’y prendre bien avant le coucher de soleil : dès que vous commencez à remarquer que la lumière à baissé.

Ces photos ont été prises hier après-midi avec mon Iphone (un Iphone 4) et n’ont fait l’objet d’aucune retouche. Le seul outil supplémentaire utilisé est l’application « ProCamera » qui permet de dissocier la mise au point et l’exposition de l’image. Si je devais vous recommander une appli photo, sans hésiter, ce serait celle-ci : je ne comprends même pas que cette fonction de soit pas disponible par défaut sur l’appareil.

Bref. Pour faire court, et simple, la mise au point vous permet de choisir la zone de netteté tandis que l’exposition vous permet de déterminer la luminosité globale de l’image. En gros, si vous placez le curseur d’exposition sur une zone sombre de l’image, celle-ci va s’éclaircir, si vous le placez sur une zone claire, celle-ci, au contraire, va s’assombrir.

Il m’a suffi de diriger mon curseur d’exposition directement sur le soleil, pour assombrir considérablement l’image et faire ressortir ces couleurs crépusculaires, alors qu’en réalité nous étions encore en plein jour. C’est ce qui explique que tout le monde ait été étonné de ne pas voir ce beau coucher de soleil en même temps que moi : il n’était, disons « pas encore visible à l’œil nu ».

Si j’avais attendu que mon œil voie le coucher de soleil qui a suivi quelques dizaines de minutes plus tard, la lumière ambiante aurait été beaucoup plus faible et même avec ce système, le temps de pause nécessaire aurait été plus long, les zones d’ombre beaucoup plus sombres (ou alors pas assez, en fonction, là encore de l’exposition choisie) et souvent l’image beaucoup moins nette.

Voilà, il n’y a aucune autre astuce, sinon la chance de se trouver devant un si beau paysage et l’idée de tenter quelques images en prenant son temps pour choisir son cadre, tester différentes valeurs d’exposition (et de mise au point si votre image comporte plusieurs plans).

La glaneuse

Chercher des coquillages sur la plage est une occupation éreintante et magique. J’ai retrouvé dans les cartons le produit de quelques unes de ces pêches miraculeuses que je m’amuse de temps en temps à ressortir et à trier – comme, sans doute, je le ferais si j’avais à disposition une montagne de bijoux, et avec, je suppose, un plaisir équivalent – en me demandant comment tirer parti de ce trésor sans valeur qui dort la plupart du temps dans de petites pochettes molletonnées et tient dans une boîte minuscule.

Je n’ai pas encore trouvé l’usage que je pourrais en faire, mais les voir ainsi rangés à la façon d’un inventaire m’a donné quelques idées et l’occasion de commencer à apprivoiser cette belle lumière, qui s’invite chaque jour à ma table à partir de onze heures du matin…

J’ai envie, je crois, d’exploiter cette idée d’inventaire. Je ne sais pas encore comment et ces photos ne sont qu’un bref croquis. Je me rends compte aussi, en les regardant, que travailler aux côtés d’un excellent technicien de l’image pour ma chronique en stop motion, me rend beaucoup plus exigeante en matière de photographie : ces images me mettent face à de nombreuses questions que je ne sais pas encore comment résoudre : des ombres que je n’arrive pas à chasser, un grain que je ne sais pas comment obtenir, des tons mal réglés, une composition jamais aussi nette que je le voudrais… C’est très frustrant, même si je sais que forcément, tout cela me fera progresser d’une façon ou d’une autre.

Allons bon, des pistes pour s’améliorer, un début d’idée… et sous les jérémiades, me voici finalement destinataire de deux très bonnes nouvelles.

Un arc-en-ciel

Cette fois, je suis bel et bien rentrée à Paris. Comme à chaque fois, il m’a fallu du temps pour revenir à la réalité et que travail, projets et tâches quotidiennes circulent à nouveau à travers mes synapses. Comme à chaque fois, je rentre de Normandie avec le sentiment que ce n’était pas assez. Mais à y réfléchir, c’est un « pas assez » bienfaisant : cette même petite place vide qui vous laisse l’estomac à la fois satisfait et frustré, après avoir mangé un éclair au café.

Cette année encore, les bons souvenirs sont trop nombreux pour pouvoir se les remémorer en une fois et je prends plaisir à les dérouler à nouveau en pensée, l’un après l’autre, éberluée d’avoir vécu avec une telle intensité alors qu’on s’appliquait surtout, en fait, à ne rien faire :

Cette journée passée au Cagnard du Sud, où l’on a vu nager un phoque à quelques mètres du bateau ; les vociférations de Bérangère, à bord, pour un oui pour un non ; les sommeils écrasants de Bruno, partout où il s’installe et cette soirée surréaliste que nous avons passée au Georges.

Les blind-test chez François où je perds à chaque fois avec la plus grande mauvaise foi et les grands verres de Jet 31 qui se remplissent toujours quand on a le dos tourné ; Les apéro-porto au Rétro qui commencent à trois et se terminent à quinze autour de quatre ou cinq tables agglutinées en désordre sur la petite terrasse.

Ce mauvais vélo qui me rend bien service à quatre heures du matin, quand il faut bien rentrer et qu’heureusement, je n’ai qu’une route à suivre en ligne droite pour arriver chez moi ; le petit café qu’on va prendre chez les uns et les autres à toute heure du jour et le petit commerce de citronnade que les enfants avaient monté pour tenter de s’offrir un Ipad.

Le visage de Marc, qui s’illumine chaque fois qu’on se met à parler nourriture, ses incomparables moules au safran qu’il faut des heures pour préparer quand on est plus de dix à table et sa citronnade arrangée de vodka qui fait perdre la tête à Jeanne. Cette partie de poker où j’ai joué et pratiquement gagné sans jamais rien comprendre au jeu. La musique dans le salon, toujours trop forte ou pas assez. Nos goûts musicaux contestables.

Le beau Thomas qui vend des tomates à l’ancienne, le dimanche au marché ; les absences de Jean au moment du goûter et cette façon qu’il a d’être toujours un peu ailleurs quand il est parmi nous. Et notre virée sur la prame qui n’avait pas bien commencée.

Et aussi les nuits passées avec Dan à refaire le monde ou tenter de trouver comment y naviguer sans perdre complètement le nord ; ces amis d’enfance qui ressurgissent tout à coup dans votre vie sans qu’on les ai vus venir ; cette petite heure si douce à papoter avec Séverine au pied du calvaire, le jour de la kermesse ; le fond de bouteille que l’on finit toujours par boire l’air de rien, avec Stéph sur le coup des cinq heures du matin et ce petit verre de jus d’orange avant d’aller se coucher lorsque le jour se lève ; les allers et venues d’Antoine au gré de ses jours de congé ; les passages éclair de Jean-Marc ; les graines de tournesol de Natalia, volées la nuit dans un champ par Bertrand ; le lumineux visage de Béné qui semble avoir marqué des points sur l’échelle du bonheur, les moqueries d’Anne-Laure qui font rire tout le monde jusqu’à ce qu’elles s’adressent à vous, cette virée en kayak face au vent dans la baie du Mont Saint Michel, l’énergie de Lily et sa façon de toujours rire de tout, la bienveillance patriarcale de Papou, les gaufres de chez Yver au Plat Gousset et la jolie gaufrière bien trop jeune pour Bruno, le hamac toujours occupé par quelqu’un quand on voudrait s’y allonger, le mythique Trois Frères de la maison, la cloche de la chapelle qui annonce une messe à laquelle plus personne n’assiste, les grandes tablées qui n’en finissent jamais de s’allonger, les jours qui raccourcissent déjà, les repas sur le pouce, les bains de minuit qu’on se promet chaque soir et auxquels chaque soir on renonce, les livres qu’on dévore et s’échange…

En les égrenant ainsi, il me semble rentrer à Paris avec un arc-en-ciel au-dessus de la tête. Un arc-en-ciel pour la rentrée, c’est plutôt bon signe, non?