Je n’avais jamais séjourné, avant la semaine dernière, dans un centre de thalassothérapie. Et pour dire les choses tout à fait franchement, me proposer de passer quelques jours en thalasso, c’est un peu comme si on m’avait convié trois jours à l’hôpital pour passer du bon temps. L’invitation du centre de Pornic tombait à pic pour me permettre de me faire enfin une idée sur la question. À l’issue de ces deux jours je reste tiraillée entre deux points de vue parfaitement opposés, je m’en vais donc vous raconter tout ça recto-verso…
Verso // Ici, le curiste porte fièrement peignoir. Personne, apparemment, n’est embarrassé par la trivialité d’une telle situation qui me donne, à moi, la sensation gênante de partager ma salle de bain avec de parfaits inconnus. Est-ce la raison pour laquelle les curistes semblent avoir fait vœu de silence lorsqu’ils déambulent dans le centre? Comme un dernier rempart, peut-être, à leur intimité.
Recto // Une chambre avec vue sur la mer. Un balcon qu’à Paris on nommerait « terrasse ». Une nuit presque à la belle étoile, porte fenêtre grande ouverte sur le fracas des vagues, deux cent mètres plus loin. Un lit pour deux personnes où, seule, on peut s’affaler en étoile. Rrrrrrrrr.
Verso // Les salles de soin sont dotées d’une déco qui n’est pas sans rappeler la touche cosy d’un blog opératoire : murs blancs, lumière blafarde, aucun mobilier autre que purement utilitaire. Certaines personnes tout à fait bien portantes – ici, les curistes ne viennent soigner nul rhumatisme, nulle maladie de peau – éprouvent donc le besoin de s’entourer d’un environnement médical pour avoir l’impression qu’elles se font du bien. Chacun son truc, après tout.
Recto // Il faut bien reconnaître qu’une fois la lumière éteinte, les jets massants de la baignoire magique sont un pur délice qui vous fait la jambe légère et le dos reposé. Presque aussi efficace qu’un massage manuel, le bon goût de la solitude en plus. En sortant de la pièce, on se surprend à calculer le prix d’un tel outil à domicile. Pas sûre que les voisins goûtent les sonorités très « réacteur d’avion » de l’engin, mais enfin.
Verso // L’enveloppement aux algues me donne la sensation très nette d’avoir été changée en un homard qu’on ferait mariner dans sa sauce. Bof. L’ambiance sarcophage de la couverture chauffante dans laquelle je suis ficelée ne me dit rien qui vaille et la déco très, disons minimaliste serait presque stressante si, cette fois, je n’avais pas pris soin de me munir de mon distributeur de musique.
Recto // Mmmmmmm, le gommage au sel et aux huiles essentielles. Les salles de l’étage spa, en revanche, sont jolies comme tout, l’ambiance douce, la lumière soignée. Et je n’ai que quelques mètres à parcourir, ensuite, pour aller siroter un délicieux smoothie avant de regagner ma chambre, ma terrasse, le soleil et le calme. Le Royaume, contrairement à ce que m’assurait ma grand-mère, est parfois de ce monde.
Verso // Le midi, tous ces curistes en peignoir, mine affectée « je prends soin de moi », posture bien-être de rigueur, silence religieux devant le carpaccio de navet, me filent un bourdon pas possible. Ma vision du bien-être comprend le bruit, la vie, les rires qui fusent autour d’une table, le vin, la joie. Incompatible, semble-t-il, avec l’esprit général.
Recto ET Verso // Dans mon assiette : miam! Légumes émincés finement, lentilles aux petits légumes crus et aux dattes, salades de pois chiches… un peu trop chiche, tout cela, justement. Décidément pas assez copieux pour mon appétit d’ogresse. Apparemment, tenir un blog n’est pas sans lien avec un appétit hors normes: je ne crois pas trahir quiconque en affirmant que toutes les invitées étaient au moins aussi affamées que moi. Ambiance Koh Lanta autour de la table devant le dernier morceau de pain.
Recto // L’apéro au champagne sur la terrasse, quand le soleil devient plus doux. La vue sur mer, les impressions contrastées des unes et des autres, les commentaires sur les différents soins de la journée. L’impression, un peu, d’être en colo. Notre désarmante indiscipline. La connivence amusée devant les plats un peu légers.
Verso // Les noms alambiqués partout pour dire des choses simples. La portée commerciale des « detox », « massage maori », « adyurvédiue » etc. me laisse décidément de marbre.
Recto // Le buffet du petit déjeuner. Gargantuesque, sain, aussi varié qu’on peut le souhaiter (il y a même un instrument qui vous fait des œufs à la coque), sélection de journaux quotidiens tout frais, la vue sur mer. Commencer sa journée par un moment parfait, quel privilège.
Recto // La qualité irréprochable des soins prodigués. « Vibration japonaise », une suite d’étirements et de vibrations pratiqués par un sophrologue dans une pièce claire qui donne sur un jardin japonais est une expérience qui me laisse extatique. Je commence à entrevoir le sens du mot relaxation… et peut-être à comprendre pourquoi les curistes n’éprouvent pas le besoin de gesticuler/papoter à tout va.
Verso // La petite musique « spécial relaxation, détente, massage » qui m’horripile. Non mais ça ne vous stresse pas, vous ces petits miaulements entrecoupés de notes cristallines éthérées sur fond de percussions ésotériques?
Recto // Le chemin des douaniers, au tout petit matin. Toutes les villes côtières ont leur propre « chemin des douaniers », mais celui-ci me laisse une impression de paix rarement atteinte. Depuis la thalasso, prendre à gauche plutôt qu’à droite. Au moment où le soleil baille encore aux corneilles, c’est idyllique.
Recto // La plage en contrebas où l’on peut aller paresser dès que la chaleur pointe son nez. Le port de Pornic, à dix minutes du centre, pour se promener et renouer avec la vie. La crêperie « La Fraiseraie » avec sa terrasse lilliputienne dissimulée qui donne sur le port. Les accents si typiquement bretons de cette petite ville taillée sur mesure pour les vacances. Les jolies maisons. L’odeur du port qui me fait me sentir chez moi.
Recto // Quelles que soient mes réserves, j’ai passé un très, très bon moment. Mon téléphone ne captait pas, internet ne passait pas et finalement, c’était bien. Une vraie coupure dans un lieu magnifique pour se faire dorloter, même quand ce n’est pas prévu au programme, c’est un délice.
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Et voilà. La semaine la plus rapide de l’année est derrière moi et comme chaque année, je me demande, au moment où j’écris ces lignes, si tout compte fait je ne préfèrerais pas élever des chèvres dans une cabane à flanc de montagne plutôt qu’écrire des légèretés à droite à gauche… Un brushing quotidien ne semble plus indispensable à ma survie et je crois pouvoir me passer assez bien des mille distractions offertes chaque jour par la vie parisienne.
Je me demande souvent au bout de combien de temps à La Tania je m’écrirais « Par pitié, sortez-moi de ce trou! ». Une petite voix, tout bas, ne peut s’empêcher de me susurrer que peut-être jamais, mais n’ayant aucune compétence en matière de fermentation du lait de chèvre, je préfère la faire taire (oui, c’est le bureau des pleurs aujourd’hui).
Mais passons. Le bilan donc :
? Il y a un moment, il faut savoir assumer : j’aime les tire-fesse autant que le ski. C’est dit. Pourquoi? Parce que c’est un peu la même chose, au fond. Il y a le silence, un paysage magnifique, les pensées qui cavalent des tous les sens. Et en même temps, on n’est pas complètement tout seul. Quand je mourrai, je voudrais que ce soit un tire-fesse qui me conduise au fameux grand tunnel.
? Si vous projetez d’aller skier, je ne peux que vous recommander chaudement l’achat d’un casque. Au delà de l’aspect sécurité-chiant, c’est très confortable (on ne le sent presque pas et on entend tout ce qui se passe), il tient plus chaud qu’un bonnet, ne glisse pas dès qu’on accélère et ne gratte pas. Moi qui rêvais depuis toujours d’un casque de scooter, j’ai trouvé là un très bon palliatif. Et puis aussi, il ne faut pas craindre d’avoir l’air crétin sur les pistes : depuis cette année, tout le monde en porte.
? Il faut croire qu’un accident de ski laisse quelques séquelles : je n’ai pas échappé à la panique soudaine qui vous prend à la gorge au moment de la première descente, avec vertiges et sueurs froides. Détestable et humiliant. La première journée, j’ai tellement pleurniché dans mon masque qu’on aurait pu y faire nager un poisson rouge. Heureusement, tout est très vite rentré dans l’ordre.
? Je suis condamnée à aimer les spécialités savoyardes au delà du raisonnable : fondue, tartiflette, raclette… absolument tout cela a dévalé mon gosier tout schuss en l’espace d’une semaine. Et bien d’autres choses encore malheureusement.
? Le masque de ski. Eh bien avec un masque de ski, sachez le, on ne voit pas ses skis. Et on comprend l’enfer que vivent les chevaux car la vue n’y est pas particulièrement dégagée sur les côtés. On voit la vie en rose – dans le meilleur des cas (voir photo dans le diaporama) – et les marques de bronzage sont atroces. Mais, ne me demandez pas pourquoi, je trouve quand même ça formidable. Et ça fait « fille qui sait skier ». Mmmm… me connaissant, ça doit être pour ça que j’adore.
Et sinon, j’avais dit que je vous toucherai deux mots sur La Tania qui est la station où je vais skier chaque année et où je voudrais habiter un jour quand je serai grande. Par contre, avant d’aller plus loin, autant vous le dire tout de suite afin que les choses soient bien claires : La Tania, c’est un trou.
Mais alors un vrai trou : ne cherchez pas les magasins ou bien la pharmacie, il n’y en a pas. On trouve ici une supérette taille supérette parisienne du coin de la rue, trois loueurs de skis (nous allons toujours chez Alpiski, les propriétaires changent chaque année, mais ils sont toujours charmants et on est toujours impeccablement servis), quatre ou cinq gargotes à bouffe de skieur affamé (la fondue du Marmotton y est succulente, pour les autres restaus, on n’a jamais testé), des pubs anglais à ne plus savoir qu’en faire (le Ski Lodge a une déco plutôt pas trop mal, mais l’odeur de bière est parfois à peine supportable), un traiteur de spécialités savoyardes yummissimo et au milieu de tout cela un restaurant gastonomique, le Farçon, où chaque année, on se régale – la glace au foin, j’en rêve pendant 365 jours par an – même si la note est plutôt salée (je n’ai pas testé mais ils proposent aussi tous les midis un menu du skieur à 25 euros servi en 25 minutes).
Et donc, vous demandez-vous légitimement, qu’est ce qui est bien, au juste, à La Tania? Ce qui est bien? Mais le calme enfin! La possibilité de déconnecter totalement! Mais pas que : car La Tania est un petit village collé à la commune de Courchevel. Il se situe à 1600 et des brouettes et on accède, skis aux pieds, au domaine des 3 vallées (nous nous contentons du forfait Courchevel qui est moins cher et déjà très vaste).
Pour vous donner une idée du programme : je sors de l’appartement, j’enfile mes skis devant les porte, je descends jusqu’aux œufs et une fois la journée terminée, un petit chemin dans les sapins me dépose à nouveau au pied de l’appartement. Pour moi, là bas, c’est un peu l’antichambre du paradis. Allez, zou, je vous laisse avec ces quelques photos…
Il y a quelques jours, en Bretagne, j’ai demandé à ma maman de me conduire là où on pouvait faire « de belles photos ». Pour elle, ça ne veut pas dire grand-chose : les belles photos sont surtout celles qui témoignent d’une émotion heureuse, ou bien les pièces à conviction qui constituent la preuve tangible que le monde est saturé de beauté: ainsi, une photo d’anniversaire, une photo de fleur, une image de vacances pour elle, sont de belles images.
J’aime cette façon toute simple qu’elle a de voir le beau. Ne pas se compliquer la vie devant les évidences, ne pas se soucier des artifices. Avec une telle vision des choses, j’avais néanmoins de bonnes raisons de craindre que sa proposition photographique ne cadre pas vraiment avec mes espérances.
Nous sommes arrivés sur le port d’Arradon, quelques minutes avant la fin du jour. Le soleil était sur le point de s’assoupir. Les bateaux sur la mer, comme un groupe de goélands épuisés, semblaient dormir depuis longtemps et nos voix paraissaient perturber une quiétude irréelle, comme si nous étions les visiteurs inopportuns d’une création divine inaccessible aux regards des mortels.
Et tout cet or liquide, stupéfiant, qui noyait le monde jusqu’à la ligne d’horizon, le bleu qu’on regardait se muer en émeraude et ce spectacle progressif d’ombres chinoises qui fragmentait le paysage en un nuancier fait de noir et de vermeil… Un coucher de soleil rare. C’était le jour de mon anniversaire ; un merveilleux cadeau tombé du ciel.
Si j’ai préféré vous épargner les photos du coucher de soleil qui n’échappent pas, malheureusement, au cliché un peu tarte du « ciel embrasé sur le port », j’ai pris beaucoup de plaisir à m’attarder sur les reflets que produit la lumière au moment où elle est le plus flamboyante.













