DIY – La tamponneuse*

Petit interlude avant les derniers billets islandais. Les petites irrégularités produites par n’importe quoi de tamponné me ravissent. Ne serait-ce qu’une date sur le document forcément soporifique d’un bureau quelconque de l’administration (lesquels ne tamponnent plus rien hélas, depuis bon nombre d’années)(quand j’étais petite, je pensais que le métier des gens derrière un bureau – quel qu’il soit – consistait essentiellement à tamponner des trucs et cela me paraissait formidable).

Bref. L’autre jour, en réalisant, le DIY de la semaine pour Un Beau Jour, sur les tampons encreurs je me suis aperçue qu’en définitive, les tampons à motifs géométrique étaient les plus amusants à utiliser et les plus riches de possibilités. À l’heure où j’écris ces lignes, je ne pense plus qu’à mes futurs petits carnets à la couverture entièrement ornée de motifs tamponnés. J’en frémis de plaisir.

Pour les fabriquer vous-même, c’est vraiment facile. Vous n’avez besoin que d’une gomme, d’un cutter et, si vous en possédez une, d’une gouge (pas indispensable pour des motifs géométriques, mais bien plus agréable à utiliser et plus précise). Vous pouvez en trouver dans tous les magasins de type Rougier Plé ou Le géant des Beaux arts, pour moins de dix euros.

Sur une gomme (ici, marque Maped : elles sont d’un bon format, d’un bon rapport qualité prix et se coupent bien), commencez par dessiner chacun de vos motifs au crayon à papier, puis coupez la gomme en petit blocs, un pour chaque motif.

Ensuite, au cutter et à l’aide de la gouge, coupez sur le trait pour éviter les marques grises laissées par le crayon à papier. Sauf pour la croix, où il faut s’efforcer au contraire de creuser aussi près que possible de chaque côté du trait. L’opération ne vous prendra pas plus d’un quart d’heure pour l’ensemble des tampons.

Ce que j’aime, c’est la grande variété de motifs que l’on peut obtenir vraiment facilement grâce à ces formes simples. Et si l’on tient compte de la gamme de couleur très étendue que proposent les fabricants d’encres spéciales pour tampon, il y a vraiment de quoi faire de jolies choses avec presque rien. Mes préférés sont le triangle (mode oblige, je suis, comme tout le monde, obsédée par toutes les combinaisons possibles de motifs incluant des triangles – et des losanges) et le carré pour la mosaïque toute en nuance que l’on peut obtenir grâce à lui.

* J’ai outrageusement volé, pour l’occasion, leur petit nom aux garçons talentueux de La Tamponneuse qui fabriquent des tampons encreurs autrement plus élaborés que ceux-ci. Si vous y jetez un œil, ne ratez pas la FAQ.

Lumière d’Islande

Mon idée première consistait à morceler ce long billet, mais à la réflexion, la meilleure façon de raconter cette folle expédition est encore de le faire exactement comme on la vit : d’une traite. Car ces photos ont été prises au cours d’une seule et même journée. Et il n’est pas nécessaire, je crois, de faire un long discours expressionniste, tout tient en un mot : émerveillement.

Le Cercle d’Or, puisque c’est le nom de cette promenade aux alentours de Reykjavik, regroupe en réalité trois sites exceptionnels : les chutes d’eau de Gulffoss, les geysers de Geysir et le parc national de Þingvellir, où l’on peut notamment visiter le glacier Langjökull.

C’est un circuit touristique typique, de ceux dont, habituellement, je me méfie. Mais celui-ci avait deux spécificités : la splendeur indéniable de paysages encore très préservés des installations touristiques, et l’histoire de l’Islande, riche en anecdotes et autre petites particularités très pittoresques pour nous, habitants du vieux continent. C’est-à-dire que le discours du guide, émaillé d’une myriade d’infos amusantes, n’était pas ennuyeux une seconde. Avouez que ça n’arrive pas si souvent.

Tentez, vous apprendrez par exemple que l’unique prison du pays – une bâtisse d’apparence tout à fait charmante, au demeurant – ne compte que soixante trois places. Lorsque la prison est encombrée, certains condamnés sont placés… sur liste d’attente. Il n’est pas rare qu’un diplomate véreux ou un industriel douteux patiente une année ou deux avant de pouvoir purger sa peine. Voici la teneur des mille et une petites choses que l’on peut apprendre du guide.

Tout cela pour vous conseiller de ne pas vous laisser refroidir par la dimension « pour touristes » de ce circuit qui vous permettra de visiter les endroits les plus remarquables facilement. Sans compter qu’une visite au glacier est impensable, si vous n’êtes pas accompagné d’un guide équipé d’un véhicule ad hoc et capable de conduire dans ces conditions si particulières.

Les chutes d’eau de Gulffoss étaient plongées dans la brume ce jour-là (photo ci-dessus, à gauche). À quelques kilomètres de là, dans le parc de Þingvellir, les ravins dus à la collision des plaques tectoniques européennes et américaines. Aujourd’hui, on peut encore en certains endroits les toucher en même temps l’une et l’autre, mais ce ne sera bientôt plus possible car elles s’écartent l’une de l’autre un peu plus chaque année. Ainsi, chaque année, l’Islande s’élargit de deux centimètres.


Le Parc de Þingvellir est immense et les ambiances de succèdent à une vitesse vertigineuse. Étendues rouges, vertes, noires, dorées… La nature est aride, mais foisonnante. Si vous avez la possibilité de vous arrêter près d’un enclos où paissent les poney islandais, n’ayez pas peur de vous arrêter : ils cesseront probablement toute activité pour venir vous saluer, glaner quelques caresses et se faire admirer.

C’est dans la petite vallée de Haukadalur (j’adore tous ces noms qui évoquent la géographie fantastique du Seigneur des Anneaux) que vous pourrez observer les geysers. Un seul d’entre eux, en ce moment, est en activité : Strokkur.

Il entre en éruption toutes les cinq minutes environ, vous ne courrez donc aucun risque de le rater. Mais si, comme moi, vous passez votre vie derrière le viseur de votre appareil photo, préparez-vous à vous geler les doigts en attendant la prochaine éruption, puis celle d’après et encore celle d’après… La vapeur alentour crée de la buée sur l’objectif et vous empêche de faire le point correctement. C’est tout un sport, oui, mais c’est aussi très divertissant.

Mais ne faites pas l’erreur de penser que seul le geyser en activité a de l’intérêt, les autres cratères possèdent d’autres charmes : leur intense couleur bleue, par exemple, qui varie au rythme des nuages ou de l’heure du jour et bien entendu leurs fumeroles qui dansent à quelques centimètres au-dessus du sol.


La photo ci-dessus a été prise en montant au glacier. Elle retranscrit bien la perte des repères qui caractérise si bien le paysage à ce endroit : littéralement, on ne sait plus où on est ni ce que l’on regarde. De l’eau, de la glace, de la neige, de la lave, du gravier… impossible à dire.

Et tout à coup, après une heure de quatre quatre sur des routes qui n’ont de route que le nom, une immensité blanche. Le chemin? Rien ne plus qu’une série de panneaux jaunes. Autour de nous, seulement les trainées bleues formées par les plaques de glace.

Le genre de paysage propre à vous rendre mystique, même si vous ne l’êtes pas habituellement. Je crois aussi que l’on doit dominer une pointe de peur, que c’est grisant et un peu effrayant en même temps. On a envie de rester là, à contempler ce désert incroyable jusqu’à la fin des temps et aussi de s’enfuir à toutes jambes. Je dois, pour ma part, manquer d’instinct de survie, car si mes compagnons de voyage n’avaient imploré un prompt retour à la civilisation, j’aurais pu rester là des heures.

Voilà pour aujourd’hui. La prochaine fois, on parlera de tout ce que l’on peut faire d’agréable ou amusant à Reykjavik et assez de bonnes adresses pour vous permettre d’y passer quelques jours sans risque de vous ennuyer (avec un petit récapitulatif des adresses utiles pour une excursion dans le Cercle d’or). Et puis bien sûr, on parlera des aurores boréales (mon Graal personnel) !

Un lagon d’un genre particulier

Comme pour beaucoup de visiteurs, cette image est la toute première et peut-être la plus forte que je garde de l’Islande. Sans doute parce qu’elle marque le début de cette impression d’invraisemblable qui ne m’a pas quitté durant le séjour.

Vous sortez de l’avion et, en quelques minutes, vous voilà projeté dans un décor que les réalisateurs les plus hardis n’oseraient élire pour lieu de tournage, de peur de manquer de réalisme. Pourtant, tout est on ne peut plus vrai. Le ciel prêt à vous tomber dessus, des champs de lave qui s’étendent jusqu’au pied de lointaines montagnes presque entièrement cachées sous plusieurs épaisseurs de brume et cette eau bleue laiteuse dont s’échappent par moments des nuages de vapeur.

On ne sait jamais vraiment d’où proviennent les nuages dans ce pays, c’est dire si l’Islande était faite pour moi.

Le Blue Lagoon, puisque c’est son nom, est en réalité un centre thermal où l’on peut aller faire trempette à ciel ouvert dans une eau naturellement chaude, naturellement laiteuse (la silice) et naturellement bleue (l’œuvre d’une petite algue facétieuse). Il s’agit d’un lieu essentiellement touristique, si j’en juge par les langues parlées par les baigneurs autour de moi ce jour-là. Je vous recommande pourtant vivement de vous offrir cette première étape qui se trouve à dix minutes de l’aéroport international de Keflavik. L’entrée est assez chère – autour de 30 euros – mais à la hauteur de ce que vous éprouverez après avoir passé trois heures en avion et survécu au sempiternel rituel : enregistrement, douanes, attente, vol, angoisse de la valise perdue etc.

Sur place, en plus de barboter dans l’eau chaude, on peut aussi boire un verre, s’offrir un masque glacé à la lave ou piocher parmi les petits pots de silice installés en divers endroits du lac et disponibles gracieusement, s’offrir un sauna, un hammam et bien entendu, s’amuser avec le chaud-froid intérieur-extérieur. Ce jour-là, il ne faisait pas très beau et le paysage était déjà extraordinaire. J’ose à peine imaginer les images qui nous assaillent si l’on arrive le lendemain d’un jour de neige, le lac bleu au milieu d’une immensité blanche et sous un ciel sans nuage… Si vous le pouvez, débrouillez-vous pour vous trouver au Blue Lagoon à la tombée du jour, je suis certaine que la lumière y est sidérante.

Deux petits conseils avant de vous laisser sur ces quelques images : prenez soin d’ôter vos bijoux et de protéger vos cheveux qui, contrairement à votre peau, ne font pas bon ménage avec la silice (de grands flacons d’après-shampoing sont disponibles, imbibez vos cheveux autant que vous le pouvez). Avant d’entrer dans le centre, prenez le temps d’aller vous promenez autour, c’est là que le spectacle y est le plus époustouflant.