Bienvenue chez vous

Aujourd’hui, il fait beau. Le temps s’est rafraîchi, mais derrière la fenêtre, on ne sent pas ces premières bribes d’automne, le salon est baigné de lumière. Dans un coin, le chat dort à sa place préférée : sous la fenêtre, il attend que les premiers rayons viennent se chauffer à son pelage (non l’inverse, les chats ont leur façon à eux de voir les choses). Il sait sans doute qu’il va bientôt partir et refuse de regarder en face les colonnes de cartons.

Chers locataires, dans quelques jours, vous serez assis à ma place avec cette impression étrange que cet appartement n’est pas encore tout à fait le votre : c’est toujours comme cela, un nouveau lieu de vie. Il faut un peu de temps pour l’habiter vraiment et que s’évanouissent d’elles-mêmes les dernières présences des habitants d’avant. J’ignore, en fait, si les murs gardent une trace du passage de ceux qui nous ont précédé. Peut-être que tout s’efface derrière un coup de peinture.

Je ne serai pas là, ce jour-là, pour vous accueillir, mais je voulais que vous sachiez que la vue depuis le canapé, si vous l’installez contre le mur du fond, à gauche, est toujours magnifique, y compris quand le temps ne l’est pas, que les murs de cette pièce ont été tapissés de joie, surtout celui où trône la cheminée et que la moquette, malgré une tâche ou deux ici et là, est encore imprégnée de bonheur.

* Note de l’auteur

Il y a quelque chose que je dois vous dire. Si je ne le fais pas, je sens que je finirai par ne plus écrire ici. J’ai eu beaucoup de mal à trouver mes mots, donc si je suis maladroite, j’espère qu’on ne m’en tiendra pas trop rigueur.

L’écriture est une chose étrange. Souvent, un auteur fait feu de tout bois en matière d’inspiration. Il utilise tout ce qu’il voit, ce qu’il entend, les confidences, les faits divers… Pour faire naître des situations, des personnages captivants, tout est bon à prendre. J’ai, avec ce « tout », une sorte de… difficulté morale que je ne parviens pas à dépasser.

Ainsi, je regrette chaque jour de n’avoir pas gardé l’anonymat sur Cachemire & Soie. Quand je pense à tout ce dont je pourrais parler ici librement, j’en ai le vertige. Mais ce qui est fait est fait. Alors pour tenir à jour mes réserves d’idées, j’explore ce qui m’arrive, à moi. Toute situation nouvelle ouvre des possibilités inattendues, des changements de point de vue, d’opinion… Tout cela est passionnant à explorer.

Il importe peu que ce qui se produise dans ma vie soit triste, difficile, heureux ou simplement joyeux. De mon point de vue d’auteur, c’est juste intéressant (de mon point de vue d’Anne-Solange, il en va, bien évidemment tout autrement). Au moment où je me décide à en faire le récit ici, je ne fais qu’utiliser un matériau : je choisis un angle, un point de vue, une « couleur » à transcrire. Que ce qui en découle tire sa source d’un événement vécu ou non n’a aucune importance à mes yeux. La seule chose qui compte pour moi est de parvenir à transcrire une idée et que cette idée parvienne à imprimer un petit quelque chose chez celui qui le lit.

Cela pour expliquer que, même si la plupart du temps je m’exprime ici à la première personne, même si je parle en général d’événements qui me touchent personnellement, je fais une très grande distinction entre l’auteur de ce blog et moi-même. Et je sens bien que ce n’est pas de cette façon que sont reçus les petits textes que j’écris ici.

Ainsi, en lisant tous vos messages, suite aux derniers billets, même si je suis forcément touchée par tant de gentillesse, je me sens aussi terriblement embarrassée. Ces textes qui ne m’avaient pas paru impudiques (d’autant moins qu’en l’occurrence, le second était une pure fiction ; et même sans aller jusque là, j’écris ici en toute subjectivité, ce qui fait de chaque billet, par essence, une forme de fiction), ces textes qui ne m’avaient pas semblé impudiques donc, le sont devenus à mes yeux, à force de lire des messages qui s’adressent non à l’auteur de ce blog, mais à moi en propre. Ce qui fait une grande différence.

Or si je ne peux pas me laisser la liberté de faire aussi le récit de ces choses-là, c’est simple : je n’ai plus qu’à fermer Cachemire & Soie, ce que je ne souhaite pas. La seule solution qui me vienne à l’esprit aujourd’hui est de fermer le module de commentaires.

Même si ce n’est que de façon symbolique – chacun reste libre de me contacter par d’autres moyens (twitter, messagerie…) s’il le souhaite – en coupant ce lien direct qui existe traditionnellement sur un blog entre l’auteur et les lecteurs, il me semble que la distinction entre ce que j’écris (qui est un espace public) et ce que je suis (qui ne l’est pas) sera plus claire.

À compter d’aujourd’hui, les commentaires ne sont donc plus accessibles. J’ai bien conscience qu’il s’agit là d’une initiative plutôt mal perçue en général, sur les blogs, et je peux déjà vous dire que les petits mots si doux de certains d’entre vous me manqueront, de même que les pistes de lectures, les bonnes adresses ou les conseils de voyage… J’espère seulement que ces lignes vous auront convaincues qu’il ne s’agit en aucun cas d’une porte qu’on vous claquerait au nez.

Moisson de septembre

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L’autre jour, quelqu’un a laissé ce commentaire sur un billet dans lequel je parlais des derniers livres accumulés sur ma table de chevet : « Ça me fait mal de voir Murakami et Marc Levy sur la même liste de lecture ». J’ai un point de vue exactement opposé à cette idée. C’est donc sur ce mode totalement fourre tout que j’entame cette moisson de choses lues, vues, entendues.

J’ai refermé il y a quelques jours Le Chameau sauvage de Philippe Jaenada. Un livre qui a reçu le prix de Flore peu après sa sortie et que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, en particulier parce que c’est un livre drôle, qui m’évoquerait quelque chose comme de la chick lit (bien écrite, l’un n’empêche pas l’autre à mon avis, ne voyez rien de péjoratif là dedans), envisagée d’un point de vue masculin, avec plus de zones d’ombres mais une légèreté équivalente dans le traitement du texte.

Avant cela, j’ai enfin lu le mythique Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (to kill a mocking bird) que je vous recommande, évidemment, ne serait-ce que parce que, justement, c’est un livre mythique. C’est, pour ma part, le personnage du père qui m’a le plus enthousiasmée, cet homme qui semble doté d’une sorte de connaissance absolue de l’âme humaine et que j’aimerais compter parmi mes amis ou les membres de ma famille.

Parmi mes lectures, je pense aussi à L’odeur du Gingembre que ne ne suis toujours pas sûre d’avoir vraiment aimé, mais qui, à l’évidence, est un bon livre. Cette héroïne anglaise perdue en Chine, puis au Japon qui affronte toutes les formes de solitude au cours de sa vie ne m’a pas laissée indifférente. La forme du récit (journal, lettres) est probablement ce qui freine mon enthousiasme, je ne sais pas trop pour quelle raison.

Et pour en finir avec les quelques lectures qui ont retenu mon attention, je termine avec le meilleur : Trois chevaux, d’Erri De Luca. Après Tu mio, cela se confirme : j’ai trouvé là un de mes auteurs favoris. Pour ne pas le terminer trop vite, je l’ai prêté à une ami alors que j’étais arrivée au milieu du récit (je n’ai donc pas terminé ma lecture à ce jour). De Luca a ce truc particulier des auteurs qui laissent leur emprunte, en vous et font de votre lecture quelque chose qui pourrait ressembler à de l’expérience vécue.

Côté magazines, je suis heureuse de trouver à nouveau des choses qui m’enthousiasment en kiosque, la presse féminine ayant depuis longtemps déserté mon sac à main. Mes nouveaux plaisirs se nomment Fricote, Doolittle, Paulette et Causette (avec quelques réserves pour ce dernier : je suis plutôt déroutée par leur approche « féministe à l’ancienne » sur certains sujets, mais plus que séduite par leur iconographie et la plume de certains de leurs journalistes).

Au cinéma, peu de choses m’ont vraiment transportée ces derniers mois en dehors des Contes de la nuit, du génial Michel Ocelot. Pour la première fois, il m’a semblé que l’usage de la 3D au cinéma se justifiait entièrement, nous donnant la sensation de nous trouver face à un théâtre de marionnettes, plutôt que devant une toile blanche. Une très, très belle réussite.

Sans transition aucune, je suis aussi tombée il y a quelques jours sur le film Mange, prie, aime que j’ai regardé d’un oeil distrait en faisant autre chose en même temps. J’avais lu beaucoup de choses négatives à propos du livre, mais je crois que nous sommes trop habitués, en France, à croire que les messages simples sont des messages simplistes. Je crois que le film exprime bien cette idée : l’apprentissage de sagesse passe par la recherche de la simplicité, voire de l’extrême simplicité. Que l’essentiel, dans la vie, tient en peu de mots et que ces mots seraient compréhensibles par un petit enfant.

Et tiens, pourquoi pas, allons aussi faire un tour du côté de la télévision. Comme un sacré paquet de personnes, je suis déjà fan du nouveau programme court de Canal +, Bref, hyper rythmé, drôle, bien vu. Et puis bien entendu, je ne peux m’empêcher de faire ma promotion : l’émission Du temps pour moi (sur Teva) continue cette année, ma chronique en stop motion également. Les tournages ont repris et je suis toute heureuse. J’espère que je pourrai en publier quelques unes sur mon blog cette année, sinon, rendez-vous tous les dimanches matin.

Côté musique, c’est, par contre, le calme plat. J’ai eu l’occasion d’écouter quelques titres du premier album de Thomas Marfisi qui devrait sortir d’ici quelques mois et que j’ai beaucoup aimé, mais tant que l’album n’est pas sorti, difficile d’en dire davantage (en illustration, ce. Alors, pour patienter avant de nouvelles trouvailles, j’écoute en boucles de vieux titres comme ceux des Andrews Sister, Colette Magny, The temptations, des choses comme ça.

Et pour terminer, je voulais parler du premier livre de mon amie Virginie, le guide sexo des paresseuses. Virginie, c’est celle, dans votre groupe de copains, avec qui vous pouvez parler de tout, celle qui est dotée d’une sorte de don de clairvoyance, qui entend à la perfection ce que vous dites entre les lignes. Celle qui, en plus, est armée d’un humour capable de dégoupiller les confidences les plus difficiles à faire ou à entendre, tout en gardant une sensibilité à toute épreuve. On retrouve un peu de toutes ces qualités-là dans son livre. Et surtout, retenez bien son nom parce que cette fille, c’est sûr, vous allez entendre parler d’elle.

Bonne journée à tous, amis blogosphériques!