L’harmonie du chaos

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On ne peut pas être bon partout. Dans ma famille, on est capable de se fâcher tout rouge à cause d’une bouteille de ketchup ou d’arriver avec quarante huit heures de retard à un dîner, et aussi de louper son train quatre fois de suite, mettre deux ans à changer une ampoule. Et pour des tas d’autres choses, encore, on est plutôt mauvais.

Par contre, au plus fort des vacances, lorsque nous sommes tous rassemblés, presque au complet dans la maison de famille, il y a ce moment où nous sommes imbattables : le petit déjeuner. Si je ne devais garder qu’un rituel familial, ce serait celui-ci.

Rituel, le mot est pourtant mal choisi car nos petits déjeuners se caractérisent précisément par leur absence presque totale de règles : chacun fait comme il veut. Sauf qu’à ce moment-là de la journée, miraculeusement, chaque « comme il veut » semble s’inscrire à la perfection dans le « comme il veut » de chacun.

Le premier levé, souvent, va chercher le pain. Quand il n’a pas déjà été mis sur la table par le dernier couché (c’est-à-dire moi, généralement). Ceux qui s’éveillent et ceux qui rejoignent leur lit après une nuit endiablée se croisent. Partagent un café, une anecdote, une cigarette. Puis un autre éveillé arrive, fait chauffer son thé en silence. Écoute la conversation. Y prend part ou se tait, adossé à la paillasse de la cuisine, le nez dans son grand bol. Un autre, encore, passe la porte. Se sert un café à la hâte et fuit dans le salon pour y trouver encore un peu de silence. Une première tasse, et le voilà prêt à regagner la troupe qui a migré sur la terrasse. Sous le parasol, la conversation bat son plein, avec au milieu d’elle, les allers et venues de ceux qui s’y joignent ou la quittent.

Vers dix heures, la cafetière a déjà tourné trois ou quatre fois, souvent davantage. Une deuxième tournée de croissants s’impose. Quelqu’un, encore un pyjama, se dévoue pour traverser la rue. Ceux qui on déjà pris un premier petit déjeuner partagent une autre tasse avec ceux qui arrivent. Une troisième. Une quatrième. Comme si c’était sans fin. Certains font bande à part pour s’échanger des confidences. Soudain, on en croise un encore mal réveillé, qui part en trombe chercher l’Equipe au café d’à côté. Il prendra son petit noir en solo au comptoir et encore un ou deux café, croissants, tranche de gâche, un peu après avec les autres. Il y en a même qui attrapent une brioche et filent directement sur la plage, en solo ou à deux, une thermos sous le bras pour s’éveiller avec la mer.

Certains on pris leur douche avant de descendre et d’autres traînent en pyjama jusqu’en début d’après midi. Il y a les accro du café, les fous du Nutella, les dingues de la compote de prunes. Qu’importe, sur la table, on a toujours ce qui fait plaisir à chacun.

Ainsi, pendant les vacances, entre six et quatorze heures (avec un tel programme, personne ne songe à demander « quand-est-ce-qu’on-mange » avant huit heures le soir), nous réussissons le prodige du chaos et de l’harmonie à la fois. Et c’est en l’écrivant que je constate que c’est de cette manière exactement que j’aime à être ensemble.

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Quelque part, à la fin du mois d’Août

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Navie écrivait ce week-end que, pour qu’un mariage soit réussi, il est important que les fiancés organisent une journée qui leur ressemble. Je crois qu’elle a raison. Et aussi que ces quelques photos disent beaucoup de choses sur A. et C. qui m’ont fait l’honneur de m’accorder leur confiance pour immortaliser cette belle journée, aux tous derniers jours du mois d’Août.

Elles disent leur attachement à la beauté, tous les efforts conjugués d’une famille aimante – et diablement habile de ses dix doigts! – pour que ce jour demeure inoubliable aux yeux de chacun, elles disent un peu de la joie éparpillée pendant des heures dans chaque centimètre carré du jardin et toute la légèreté d’un jour heureux, épinglée sur les fleurs, les guirlandes soufflées par le vent, les ombrelles chinoises égrenées un peu partout sur le lieu de la fête.

Je vous l’avais déjà dit, que j’aimais les mariages? Oui? Eh bien je le redis. Bonne journée les amis !

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French song

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Aujourd’hui, le chanteur français se distingue des autres en ce qu’il met un point d’honneur à chanter en… anglais. C’est comme une bonne blague : chaque fois que je tends l’oreille vers une chanson qui me plaît, il y a toujours quelqu’un pour me rétorquer : « mais, si, tu sais, c’est ce groupe français, québécois, belge ou toute autre province a priori francophone ». Pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit sans réfléchir : Gush, Revolver, Arcade Fire (même s’ils ont la particularité d’être un groupe cosmopolite), Cocoon, 1973, Jil is Lucky…

Cette manie du petit groupe français sympa qui s’amuse à pousser la chansonnette en anglais, exclusivement a tendance à m’agacer :  d’une part, je ne peux m’empêcher d’y voir une recette marketing évidente pour avoir une meilleure chance de s’exporter hors de nos petites frontières étriquées, d’autre part, j’aime trop notre langue pour admettre facilement qu’on la délaisse avec autant de facilité pour sa voisine, souvent moins exigeante sur la place du texte que nous le sommes en France.

Bien entendu, je reste consciente que l’anglais est progressivement devenu une langue bis, particulièrement dans le domaine de la musique où nos références sont, le plus souvent, indifféremment francophone et anglophone. Il est donc bien naturel que ces jeunes personnes, biberonnées à l’anglais, se sentent plus à leur aise dans la langue de Shakespeare. Et surtout, je dois bien admettre ceci : leur musique me plaît, leurs influences, leurs textes, même leur anglais me plaît. C’est donc, surtout, que je l’aime, ce pan de la scène française qui s’amuse à brouiller les pistes en se passant allègrement de l’AOC francophone.

Mon gros coup de cœur du moment, le groupe belge et cosmopolite (un français, un anglais, un suédois) Puggy, n’échappe pas à la règle. Une musique pop toute en subtilités vocales et harmoniques, pleine d’énergie et d’assurance. Ils ont des têtes de mômes, mais leur album, ciselé comme un bijou, n’a aucun des petits ou des grands défauts des premiers opus. Je les ai découverts cet été dans un CD des Inrocks ou de Pop & Folk (je ne sais plus) et depuis, leur album tourne en boucle dans mes oreilles. Si vous ne les connaissez pas encore, précipitez-vous. Une ou deux chansons favorites dans l’album? Pas vraiment : j’écoute chaque morceau avec un plaisir égal, mais disons, s’il fallait en choisir trois: « I do », « when you know », « Teaser ».

J’ai eu la chance de les écouter en live il y a quelques jours et leur visible expérience de la scène est jubilatoire. Ils se produisent au Bataclan le 8 novembre prochain, j’espère vraiment faire partie du public. Vraiment, n’hésitez pas à réserver vos places, je suis à peu près certaine que vous ne pourrez pas être déçus.

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