J’ignore pourquoi les éternelles fissures sur les vitres des hublots des bateaux. Mais j’ai toujours aimé regarder le paysage à travers eux. Le scintillement des fissures, qui trouve le moyen d’embellir encore ce qui, déjà, est sublime.

Petite, je passais des heures dans le carré à regarder la mer à travers les hublots, malgré les supplications de mes grands-parents alarmé à l’idée que je puisse tomber malade, ce qui pourtant n’arrivait jamais. Je crois en vérité que pour eux, si l’on avait la possibilité d’être dehors, alors il fallait l’être un point c’est tout.

C’est un plaisir qui ne m’a jamais quitté et je ne compte pas les fois où un passager interloqué demande ce que je regarde avec tant d’attention. C’est toujours difficile d’expliquer ça, que rien, je regarde la mer. Qu’il ne se passe rien de particulier et que c’est justement cela qui est fou : le grandiose partout, tout le temps, pour tout le monde. Et que c’est simplement cela mon plaisir : regarder la mer à travers les paillettes du hublot.

Commencer simplement par regarder la mer.

Pour nombre de personnes, l’introspection n’est qu’une complaisance envers soi-même. C’est oublier que nous sommes tous faits de la même pâte, sur le même moule. Tout ce qui existe en vous – la joie, la colère, la sérénité, la peur, le calme, la tristesse – existe dans chaque être humain. Dans différentes proportions et dans de multiples nuances… mais pour l’essentiel vous, moi, n’importe quelle personne que vous croisez dans la rue, nous sommes pareils (n’est-ce pas @ceciledohertybigara ?✨)

Ainsi, regarder en soi, c’est se donner le temps d’observer l’humain de l’intérieur, comment Nous fonctionnons, ce qui Nous agite, Nous porte, Nous fait frémir… votre intériorité est la seule à laquelle vous ayez un accès direct, la seule que vous puissiez intimement questionner et observer. S’en priver, quelles qu’en soient les raisons, c’est se fermer à un océan de connaissance et de découvertes.

Pour autant, je sais que ce n’est pas toujours une voie facile. Ainsi si l’on n’ose pas regarder en dedans, si ce n’est pas le moment, si l’on ne sait pas comment s’y prendre, ou que la route semble pavée de trop de cailloux, il y a une autre solution : La mer. Les mouvements de l’âme ressemblent tant à ce que l’on peut observer de ces gigantesques masses d’eau.

Aussi, si vous ne savez pas comment regarder en vous, commencez simplement par regarder la mer.

Que j’aime cette vue de Granville, prise à la Haute Ville, depuis cette esplanade où l’on domine tout : le casino et la plage à gauche, puis la ville avec ses petits immeubles étroits et hauts qui semblent s’appuyer les uns sur les autres comme des marins ivres, l’église Saint Paul, majestueuse au milieu de ce désordre et qui comme une mère poule, semble garder un œil sur ses petits poussins. Et enfin tout à gauche, l’avant-port et le chantier naval. Plus encore qu’ailleurs en ville : le concert des Goélands, l’air iodé, chargé d’embruns et, selon le vent, les effluves piquants laissés par les kilomètres de vase que découvre la marée les jours de grand coefficient.

L’architecture Granvillaise, je ne sais pas comment l’écrire autrement, me remplit d’émotion. Tout semble construit n’importe comment – on aurait envie de prendre les immeubles et les ranger comme s’il s’agissait d’un jeu de construction – et ce qui est merveilleux : tous les chemins mènent à la mer. J’aime les petits points de brique orangée sur les toits bleus ou gris. Les terrasses et les jardins cachés qu’on peut apercevoir lorsqu’on grimpe la falaise. L’ambiance des différents quartiers. Tour à tour station balnéaire du siècle dernier, ville rude de travailleurs des mers, territoire de repos et de contemplation pour l’artiste. Terre d’enfance et de souvenirs. Granville me transporte à chaque fois.

Il faut que je fasse une liste des incontournables de la ville, au cas où vous vous décideriez pour une escapade.