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Je vous ai souvent parlé de ma grand-mère maternelle, sur ce blog. Sans doute n’aurais-je d’ailleurs jamais fini de parler d’elle. Elle est l’une de mes plus grandes sources d’inspiration, y compris dans ce qui nous a souvent opposées, dans nos périodes houleuses et dans nos – nombreux – désaccords. Je me souviens en particulier de ceci.

Une chose me rendait folle : la manière dont elle accueillait les plaintes.

Qu’il s’agisse d’une simple jérémiade ou bien d’un trouble plus profond, elle tranchait systématiquement d’un sévère : “Sois reconnaissante” ; m’observait de ses yeux noirs, qui n’étaient pas noirs en réalité, mais d’un très beau vert-gris certes peu coloré mais intensément brillant et ajoutait avec autorité : “Contente-toi de ce que tu as”.

Ma grand mère aimait passionnément donner des ordres. Or, rien n’a pire effet sur moi qu’une tournure de phrase impérative : il suffit qu’on m’ordonne pour que, par une sorte d’instinct primaire, je soies tentée de faire exactement le contraire. Et c’est ainsi que pendant longtemps, je rejetais de toutes mes forces ce “devoir de gratitude”, que je ne comprenais pas et que je ne pouvais m’empêcher de percevoir comme une sorte de punition.

D’ailleurs, je ne l’entendais pas vraiment, ce “sois reconnaissante”.
J’entendais : “Je n’ai pas de temps à t’accorder”.
J’entendais : “J’ai honte de toi qui est si gâtée”.
J’entendais : “Tes difficultés ne m’intéressent pas”.

Être reconnaissant, se contenter… ces mots me faisaient horreur. Je les interprétais comme un renoncement, une manière de courber le dos devant la fatalité, pire : de capituler. À chaque fois que je recevais cette terrible injonction, il me semblait que ma vie rapetissait, qu’on me demandait de laisser tomber mes rêves. Désirer mieux que ce que je vivais déjà était visiblement inacceptable aux yeux de ma grand-mère et, en plus de me sentir désespérément incomprise, je me sentais aussi atrocement coupable.

Combien d’années a-t-il fallu pour que je comprenne le message qu’elle tentait de me faire passer !

Je me souviens encore de ce premier soir où j’ai remplacé mes “s’il vous plait” et mes “je voudrais”, par des mercis… J’en ai d’ailleurs déjà parlé, dans ce billet qui date d’un certain nombre d’années maintenant, et qui a amorcé le premier pas vers un changement profond, dans ma manière de regarder la vie.

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Dernièrement, j’ai croisé un certain nombre de personnes visiblement exaspérées par ce qu’elles nomment “la dictature du bonheur”. Ou encore “la mode du bonheur”. C’est drôle que l’on puisse comparer cela à la prochaine couleur de sac à main que l’on verra partout, vous ne trouvez pas? Et surtout, j’ai du mal à comprendre l’agacement que je cela engendre. 

J’ai toujours envie de demander : qu’est-ce que ça t’enlève, à toi, si moi j’ai envie d’être plus heureuse dans ma vie? Qu’est-ce que ça te retire si les autres, autour de toi éprouvent le besoin de comprendre un peu mieux comment ça se passe à l’intérieur et d’explorer les solutions qu’on pourrait mettre en place pour souffrir moins? Qui a décidé que la vie devait être pénible?

Bref. Aujourd’hui, voyons un peu ce qui semblent tellement déranger, à propos de l’idée du bonheur.

 

– Argument n°1 –

“Le bonheur, cette nouvelle mode”

Vous voulez que je vous dise : quand j’entends-ça, les bras m’en tombent. C’est un peu comme si on prétendait : “La santé? Ah mais vous allez arrêter avec ça, hein ! Vous nous cassez les bonbons avec cette lubie d’essayer de faire en sorte que les gens vivent mieux, en meilleure forme et plus longtemps !” C’est vrai qu’on parle plus fréquemment de bonheur, de développement ou de transformation personnelle aujourd’hui qu’on ne le faisait il y a quelques décennies. Les sciences, même les sciences politiques commencent timidement à se pencher sur la question. Mais sérieusement IL ÉTAIT TEMPS !

Une question à se poser pour avancer :

Et si, finalement, la recherche du bonheur dans sa vie n’était pas tout simplement une façon de se préoccuper de la bonne santé son esprit ?

 

– Argument n° 2 –

“Le bonheur, c’est bon pour les gens déjà heureux”

Comprenez : qui n’ont pas de VRAIS problèmes. Je connais un certain nombre de personnes qui ont ce qu’on appelle de vrais problèmes (une maladie grave, un handicap lourd, un pronostic vital pas foufou…) et qui passent leur temps à sourire et remercier pour tout ce que la vie peut leur apporter, qui embrassent ce que la vie leur propose. Ce sont ces mêmes personnes, avec leur rayonnement intérieur incroyable, qui me poussent chaque matin à m’interroger davantage sur toutes ces questions. J’en connais et tout le monde en connaît. Vous avez besoin d’un exemple? Regardez cette femme, qui intervient à 3’47 dans la vidéo de la réalisatrice Taryn Brumfitt. Et voilà, vous en connaissez au moins une. Vous en voulez un autre? Regardez donc le compte Instagram de Paola Antonini. Et pouf, en voilà deux ! S’il vous en faut d’autres, demandez : j’en ai des dizaines, des exemples comme ceux-là :)

Une question à se poser pour avancer :

Et si nos états intérieurs ne dépendaient pas autant qu’on le croit de ce qui nous arrive dans la vie ? Si on pouvait choisir de se sentir bien, indépendamment de ce qui nous arrive ?

 

– Argument n°3 –

Le bonheur, c’est un truc d’égoïste

C’est tellement plaisant, en effet, d’être entouré de gens perpétuellement tristes, déprimés, en colère, fatigués, dépassés. Être soi-même cette personne triste et déprimée est probablement un régal pour tout le monde, pourquoi donc se préoccuper de changer ça? La joie, l’enthousiasme, les rires sont aussi contagieux que la déprime, la tristesse ou le manque de motivation. Qu’on le veuille ou non, notre état d’esprit influence immensément ceux qui nous entourent. À chacun de voir ce qu’il préfère essayer de disperser et semer aux quatre vents. Vous voulez rendre heureux les gens que vous aimez ? Dispensez de la joie. Dispensez de la disponibilité. De la poésie. De l’amour. Des plaisanteries. Des compliment sincères. De la gratitude, ce que vous voulez. C’est ça le seul vrai premier pas vers un monde plus heureux.

Une question à se poser pour avancer :

Et si je décide de me préoccuper de ce qui me rend plus heureux au quotidien, qu’est-ce que cela pourrait engendrer pour mon entourage ? Par exemple : si j’apprends à réduire mon stress, quel effet cela pourrait-il avoir sur ma famille?

 

– Argument n°4 –

“Le bonheur, c’est une utopie”

Ptêt ben quoui, ptêt ben qunon. Ce qui est certain, c’est que si on n’essaie pas, ça ne nous donne pas beaucoup de chance d’en avoir une idée précise. Et jusqu’à présent, je n’ai pas le sentiment que l’humanité se soit beaucoup penchée sur la question. Donc puisqu’on a bien compris que pour le moment on va droit dans le mur à tout point de vue (social, économique, politique, sanitaire, écologique…) on peut aussi se dire “Hey, Pourquoi pas”. Et j’ajouterai cette petite phrase que d’aucuns prendront – je le sais – un pernicieux plaisir à qualifier de “phrase de blogueuse” : Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient. Et rappeler gentiment que la plupart des grands projets de ce monde ont été qualifiés d’utopie avant de voir le jour.

Une question à se poser pour avancer :

Pourquoi ne pas essayer le bonheur après tout? Qu’est-ce qu’on risque, franchement?

 

– Argument n°5 –

“Le bonheur, c’est inné : on l’a ou on ne l’a pas”

Certaines études semblent prouver que c’est vrai. Laissez-moi émettre un sérieux doute. En tout cas, si c’est inné : ça ne l’est pas pour moi ! J’ai passé les 30 premières années de ma vie à ressentir la vie comme quelque chose d’essentiellement douloureux. Donc ce n’est pas à moi que vous allez faire croire qu’on est heureux ou non par nature. Le bonheur, la joie de vivre, la confiance… tout cela peut s’apprendre (en plus, le simple fait d’apprendre des choses contribuerait également au bonheur) et chaque jour qui passe me le prouve un peu plus. Aujourd’hui – même si ça ne prévient aucunement des problèmes en tout genre – je suis convaincue que nous avons tous la possibilité de se rapprocher de l’idée que l’on se fait du bonheur. Avec plus ou moins de travail certes, mais c’est une possibilité. J’oserais presque dire : un choix.

Une question à se poser pour avancer :

Et si, sans que rien d’extérieur ne change dans ma vie, je pouvais tout ressentir différemment? Si je pouvais faire une lecture apaisée de tout ce qui compose mon existence?

 

– Argument n°6 –

C’est impossible d’être tout le temps heureux

Et donc ? Déjà, ça reste à prouver (je vous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, on pensait que c’était impossible d’aller sur la lune, que les bébés n’étaient pas véritablement des personnes, et que c’était le Bon Dieu qui créait les orages quand il pétait sa coche). Ensuite : est-ce que cela justifie qu’on s’en désintéresse ou qu’on l’écarte ? C’est impossible de manger tout le temps des éclairs au café, pour autant, il ne viendrait à l’idée de personne de rejeter l’idée de l’éclair au café dans son ensemble, au motif qu’on ne passe pas sa vie entière à en manger. On a sans doute tendance à confondre le bonheur qui peut être un état d’esprit, avec la béatitude qui ne survient qu’en de rares occasions, voire jamais (et j’avoue que personnellement, l’idée de béatitude me fait un peu peur, donc rien que pour ça, ça ne risque pas de m’arriver).

Une question à se poser pour avancer :

Au fait, qu’est-ce que ça signifie concrètement pour moi, le bonheur ? À quoi ça ressemble, quand je me sens heureux?

 

– Argument n°7 –

Le bonheur, c’est pour les imbéciles (heureux, donc)

Ahahah, quelle idée, franchement. Voilà l’argument favori des sarcastiques et des cyniques. Le problème, je vais vous le dire : c’est bien plus difficile de faire grandir les belles fleurs, que de laisser pousser les mauvaise herbes. Chercher à devenir plus heureux – il suffit de se pencher sur la question deux minutes pour le comprendre – c’est accepter aussi une introspection pas toujours agréable pour développer en soi la compassion, la douceur, l’écoute, l’empathie, l’amour, la gratitude, le pardon… au détriment par exemple du profit, du pouvoir, du désir de briller, d’être le meilleur ou encore le premier. Simple à comprendre ne veut pas dire facile à appliquer. Essayez donc de ne pas dire ou penser de mal de qui que ce soit pendant une seule journée, juste pour voir.

J’essaie tous les jours depuis des mois, sans JAMAIS y être parvenue un seul jour. C’est infiniment plus facile de gloser sans fin sur le pourquoi et le comment de la médiocrité humaine, croyez-moi !

Une question à se poser pour avancer :

Et si c’était tout simplement céder à la facilité que de dire fuck le bonheur ?

 

– Argument n°8 –

Le bonheur, c’est mal

Vous ne trouvez pas, vous, qu’il y a en France ce culte du petit malheur de bon aloi ? On n’ose pas trop dire que ça va bien, finalement. Comme si le ciel risquait de nous tomber sur la tête au moment même où l’on aurait commis l’irréparable : accepter que ça ne va pas si mal.

Pour ne pas se vanter, ne pas “cracher notre bonheur au visage” (sérieusement !), par une sorte de superstition enfantine qui voudrait que les bonnes choses nous soient retirées sitôt qu’on en aurait mentionné publiquement les bienfaits. Et aussi évidemment parce qu’on se sent coupable d’aller bien quand le monde va si mal. Ce qui serait un calcul valable si cela nous aidait à nous soulever, nous indigner, nous battre, tendre la main, écouter, consoler, comprendre… Sauf que bizarrement, ça nous conduit plutôt à nous plaindre, à nous décourager, baisser les bras, laisser tomber, nous enfermer chez nous. Non seulement ça ne fait pas avancer le bordel, mais ça contribue plutôt à le faire empirer. Cherchez l’erreur.

Une question à se poser pour avancer :

Qu’est-ce qui se passerait si j’acceptais que tout va bien – là, tout de suite – pour moi ? Quels sont les risques?

 

– Argument n°9 –

Le bonheur, ce n’est pas vendeur

Hannnnn, tu m’en diras tant. C’est en tout cas l’argument massue brandi bien haut par les médias qui aiment à justifier de cette manière l’avalanche de mauvaises nouvelles dont ils nous abreuvent à chaque instant, sous couvert de nous informer, occultant sans trop de problème tout ce qui arrive de bon chaque jour.

Sauf que cette fameuse règle qui voudrait que les bonnes nouvelles ne fassent pas vendre commence à battre de l’aile très sérieusement. Il suffit de voir la production de livres à ce sujet, et l’émergence de magazines comme le superbe Flow, Simple Things et autres Happinez pour comprendre que les bonnes nouvelles ont aussi leur place. Pour beaucoup d’entre nous d’ailleurs, Internet est un bon moyen de chercher – et trouver !! – ses sources de bonnes nouvelles. Tiens d’ailleurs, quelles sont les vôtres?

Une question à se poser pour avancer :

Et moi, quelle place j’accorde aux bonnes nouvelles dans ma vie? Comment je les reçois? Qu’est-ce que j’en fais?

– Argument n°10 –

Le bonheur, c’est pour endormir les foules

Ah tiens. C’est drôle, parce que j’ai EXACTEMENT le sentiment inverse. Je n’ai pas l’impression que les puissants de ce monde aient grand avantage à tirer de populations heureuses, vivant dans l’abondance et la sérénité, voyez-vous. En revanche, je vois sans difficulté tout le lait qu’il est aisé de tirer des mamelles de la peur, de la colère, de l’anxiété, du sentiment d’injustice… Savamment entretenir ces maux comme on entretient un bon feu de cheminée me semble être la meilleure stratégie que l’on puisse mettre en place pour contrôler les foules.

D’ailleurs, on peut le constater chaque matin en ouvrant n’importe quel canard, à n’importe quelle page, c’est exactement comme cela que ça fonctionne. Ajoutons à cela un divertissement de masse juste bon à endormir les cerveaux déjà bien assommés par toutes ces mauvaises nouvelles (le temps de nous faire gober sans trop de difficulté quelques annonces publicitaires) et vous tenez un peuple assez anxieux pour accepter n’importe quelle solution supposée lui apporter le moindre apaisement, rapidement. Si l’on peut en plus identifier des coupables, c’est encore mieux. Et c’est ainsi que toutes les dictatures de ce monde font tranquillement leur lit avant de s’y coucher.

Ainsi, j’en suis intimement convaincue, c’est le prix que réclame une plus grande liberté que d’apprendre à faire taire en soi la peur qui enferme et cloisonne ; la colère – celle qui obscurcit le jugement ; le sentiment de manque quand il ne correspond qu’à une idée dictée par l’économie, et toutes ces émotions paralysantes qui sont les fondements sur lesquels s’appuient ceux qui nous gouvernent (et bien entendu : ceux qui gouvernent ceux qui nous gouvernent).

Une question à se poser pour avancer :

Chercher à être plus heureux, si c’était ça la dissidence ?

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Qu’est-ce que vous en pensez, vous? À votre avis, est-ce que l’on peut vraiment changer ? Je veux dire SE changer. Est-ce que certains aspects de notre personnalités sont figés à tout jamais ou bien est-il possible d’avoir une influence sur eux?

Si je vous pose cette question, c’est simplement parce que je vois souvent des gens, autour de moi, désespérés d’être ce qu’ils sont. D’ailleurs j’ai longtemps été cette personne (j’en ai déjà parlé dans ce billet).

Et c’est vrai : nombre de tourments proviennent de ce que nous voudrions être autre chose que ce que nous sommes : nous rêvons d’être pied de ciboulette, de menthe ou de basilic alors que nous sommes né persil, aneth ou coriandre. Et nous consacrons un temps infini à déployer des efforts surhumains contre des moulins à vents. En effet, s’il est une chose aussi sûre que un et un font deux, c’est bien ceci : si graine de persil vous êtes né, pied de persil vous deviendrez, peu importe l’énergie que vous passerez à tenter d’infléchir cette simple vérité.

Ainsi donc, les dés sont jetés ?
On ne peut rien changer?
Tsssss, pas si vite !

Il y a quand même une chose sur laquelle nous pouvons agir. Que l’on soit pied de persil ou de ciboulette, on a tout de même deux options :

Se résoudre à devenir un pied de persil chétif et tristounet avec les feuilles qui pendent (puisqu’on aurait préféré être de la ciboulette, à quoi bon se donner du mal, hein ?)

Décider de tout mettre en oeuvre pour devenir un pied de persil plein de vie et de santé. En deux mots comme en cent : un pied de persil qui envoie du bois.

L’ennui, c’est que la plupart du temps, on ne sait pas vraiment quoi faire pour devenir un pied de persil qui envoie du bois. Et ceci pour une raison très simple : on ne sait même pas si on est un pied de ciboulette, un pied de persil, ou encore une espèce très rare de basilic cendré. Dit autrement : on ne sait pas vraiment qui on est. Et c’est souvent ça qui met la pagaille dans nos vies. Souvent, on a surtout besoin d’une chose en particulier : apprendre à mieux se connaître.

LE VRAI TRUC :
“Connais toi toi-même”

Socrate a eu du pif avec son “connais-toi toi-même”. Hélas, 2400 ans plus tard, on ne sait toujours pas tellement comment s’y prendre, avec cette affaire. Je n’ai d’ailleurs aucune solution miracle à vous proposer : on ne fait pas connaissance avec soi-même du jour au lendemain. Par contre des idées et des pistes pour vous aider à avancer dare dare, ça oui, j’ai !

Voici donc à présent 5 idées pour vous lancer. Cinq pistes agréables à mettre en oeuvre, auxquelles vous pouvez consacrer quelques minutes ou quelques heures selon le temps dont vous disposez, et toujours avec l’idée de passer un bon moment, en plus d’apprendre plein (mais PLEIN) de choses.

D’ailleurs, si, de votre côté, vous avez en tête d’autres exercices et d’autres pratiques, pensez à les partager dans les commentaires, j’expérimenterai avec joie les idées qui me parleront :)

– Idée n° 1 –
Le test MBTI

Basé sur les travaux de Jung et de Isabel Briggs Myers (dont le test porte d’ailleurs le nom : Myers Briggs Type Indicator), il définit 16 grands types de personnalité à partir d’une série de questions auxquelles il faut répondre aussi vite et aussi honnêtement que possible. C’est mon amie Nadia qui m’en a parlé il y a un mois, lors d’un week-end en famille. Nous étions en Normandie et bien sûr chacun autour de la table a immédiatement voulu faire le test. C’était un très bon moment. Pourtant, loin de moi l’idée de vous inciter à prendre le résultat de ce test au pied de la lettre : je me méfie toujours des cases, si séduisantes soient-elles. Par contre, si vous ne savez pas par quel bout commencer, ce peut être une excellente base de réflexion, car qu’elle vous invitera à vous questionner dans un contexte plutôt ludique et amusant.

Pour faire le test MBTI, ça se passe ici  (sans surprise, j’appartiens pour ma part au groupe des “Médiateurs”).

– Idée n°2 –
Tenir un journal de bord

L’écrit est un outil de communication magnifique. Par exemple, c’est avec l’écrit que je parviens le mieux à me mettre en contact avec les autres. Mais à travers un journal de bord, c’est avec soi que l’on entre en communication : littéralement, on se raconte à soi-même. On en apprend énormément sur ce tout qui frémit en dedans, lorsqu’on s’accorde un petit moment quotidien, crayon en main, pour explorer ce qui traverse nos journées.

Rien ne vous empêche, pour éviter de vous disperser, de mettre un cadre à cela. Par exemple : noter chaque jour 5 situations dans lesquelles vous avez identifié que vous vous êtes senti bien et 5 situations dans lesquelles vous avez senti au contraire que ça coinçait. Il n’y a pas de règle : l’essentiel est de trouver une manière simple à mettre en oeuvre et un rythme qu’il vous sera facile de tenir. Mieux vaut trois minutes tous les jours, qu’une heure toutes les semaines.

L’an dernier, j’ai écrit chaque soir pendant plusieurs mois une liste des choses positives et moins positives de ma journée. Cela m’a beaucoup aidée à comprendre que j’agissais toujours de la même manière dans certaines situations… et donc à amorcer de petites modifications pour produire des changements.

– Idée n°3 –
Interroger son entourage

Car après tout, si nous ne nous voyons pas vivre au quotidien, ce n’est pas le cas de ceux qui nous entourent. D’ailleurs, vous avez certainement déjà éprouvé le sentiment de comprendre exactement ce qui posait problème à la personne en face de vous, alors qu’elle même patinait complètement dans la semoule. Dites-vous bien que les autres aussi voient clair en vous et que, si vous avez besoin d’un éclairage sur ce qui caractérise votre personnalité, votre entourage saura vous y aider. Je parle bien entendu de personnes bienveillantes à votre égard, en qui vous avez toute confiance. Pour cela aussi, n’hésitez pas à définir un cadre bien spécial. Par exemple un courrier qui aura un modèle unique et qui pourrait ressembler à ceci :

“Bonjour,
Je suis en train de faire un petit travail de recherche personnel et j’ai besoin, pour cela, de ton aide. Pourrais-tu citer les cinq choses, chez moi, qui me caractérisent le mieux? Et, si possible, me donner des exemples concrets pour m’aider à comprendre? Cela me rendra un très grand service”.

C’est un peu impressionnant à faire, je vous l’accorde. Mais vous serez certainement agréablement surpris par la disponibilité de votre entourage et le soin, l’honnêteté, la gentillesse avec laquelle chacun prendra le temps de vous répondre.

– Idée n°4 –
Apprendre à ne pas se juger

On a souvent tendance à confondre l’absence de jugement et la complaisance. Seulement voilà : porter un jugement – en général négatif, évidemment – sur ce que l’on fait ou ce que l’on est, est le meilleur moyen de nous couper totalement d’une véritable connaissance de nous. Par exemple : “J’ai mal” est une affirmation neutre. “J’ai mal parce que j’ai une carie” est neutre également. Par contre “Je suis une chochotte“, de même que “Je suis vraiment balaise en gestion de la douleur” sont des jugements.

Peu importent qu’on les estime positifs ou non, les jugements figent l’image que vous avez de vous-même et vous font croire que vous êtes comme ceci ou comme cela, sans espoir de changer.

C’est plus compliqué à faire, je vous l’accorde, quand il s’agit de questions plus abstraites. Par exemple : “Je suis jalouse“. Je suis jalouse n’est pas un jugement : c’est reconnaitre un état. Le jugement ce serait par exemple : “Je suis vraiment une mauvaise personne parce que je crève de jalousie“. Je vous en ai déjà parlé : ma manière à moi de fermer le clapet de mon petit juge pourtant particulièrement volubile, c’est de donner la parole à ma petite fille intérieure.

En vrai, le simple fait de se mettre dans la disposition d’écouter la manière dont on se juge, peut déjà faire avancer bien des choses. Nous avons souvent besoin d’une certaine neutralité pour commencer à détricoter nos petits et grands conflits intérieurs et c’est l’une des choses que l’apprentissage du “non-jugement” nous permet de faire.

– Idée n°5 –
50 choses passionnantes

Et je termine par un exercice super amusant, très divertissant, mais aussi très révélateur : noter cinquante choses qui vous caractérisent à vos propres yeux. Cinquante choses qui vous font dire en les lisant que ce sont vos particularités. Mieux : vos singularités. Ce peut-être n’importe quoi : la manière très spéciale dont vous mangez vos courgettes, un petit tic, une croyance, un événement qui vous a marqué ou modelé, quelque chose que vous aimez faire…

Je m’étais prêtée à ce petit jeu ici, il y a quelques années, dans un billet intitulé “50 choses pourtant passionnantes dont vous n’avez strictement rien à faire” et j’en garde un souvenir jubilatoire, très libérateur. C’est drôle parce qu’en le relisant, je constate que plein de choses ont changé, évolué, mûri.

Ce qui montre bien qu’à défaut de changer du tout au tout – devenir un pied de ciboulette alors qu’on vient d’une graine de persil – on a quand même une bonne marge de manoeuvre pour ce qui est d’évoluer, grandir et se transformer. Et que petit à petit, on peut très bien devenir un pied de persil en super forme et bien dans ses baskets :)

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Vous vous souvenez de ce billet, ce “petit dialogue avec mon moi de quand j’avais 9 ans” qui parle du piano ? Je l’ai relu, il y a quelques jours. Sans y faire attention, je vous livrais à ce moment-là l’une des grandes clefs qui m’ont conduite à me sentir plus heureuse, dans ma vie quotidienne, et que j’emploie depuis longtemps déjà : remonter le temps et converser avec mon “moi du passé”. Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter comment s’est déroulée cette toute première rencontre (spoiler alert : pas bien du tout).

Comme plein de gens, j’ai tendance à me montrer particulièrement dure avec moi-même. Si je suis parfaitement honnête, il me semble même avec le recul avoir passé des années à ça : tout faire pour me punir d’être comme j’étais, sans en avoir seulement conscience. Et c’est bien ça le pire. Souvent, on ne se rend pas compte. On s’attribue une identité que l’on tient pour vraie, et l’on se convainc que la vie est comme ça et c’est tout. Qu’il faut faire avec ce qu’on est et tant pis si cette distribution des cartes semble nous condamner à une vie moyennement palpitante.

Et vous, vous en êtes où dans 
cette conversation avec-vous-même?
Pour ça, il n’y a pas à chercher très loin. Si vous êtes du genre à vous dire : “Oui, enfin moi je suis moche (paresseuse, égoïste, inconstante, colérique… ça marche avec n’importe quoi), c’est un FAIT, pas une mauvaise appréciation des choses”. Alors vous avez probablement tendance à vous administrer facilement (perpétuellement?) des remontrances… et à faire de votre cohabitation avec vous-même un parcours pas toujours super harmonieux.

Un jour, quelqu’un m’a proposé de m’imaginer face à moi-même et lui dire quelle était ma réaction à chaud. Ma réaction? Oh là là… le simple fait de le raconter aujourd’hui me fait encore rougir. Ce jour-là, j’ai bafouillé quelque chose d’incohérent, incapable de dire ce que je ressentais vraiment, tant cette vérité me déstabilisait : face à moi-même, je baissais les yeux. Une boule dans la gorge, des fourmis dans les jambes, je regardais ailleurs. Morte de honte, j’avais juste envie de me barrer en courant.

Mais au moins j’avais été fixée sur un point : moi et moi, on ne s’entendait pas.

Et vous, ça vous fait quel effet,
lorsque vous vous visualisez en face de vous ?

Si vous ne savez pas comment vous y prendre : il suffit de fermer les yeux et vous imaginer face à vous même. Ou bien de vous placer devant un miroir (ça ne fonctionne pas pour moi, mais pour d’autres, c’est le chemin le plus facile et le plus rapide). Observez la personne qui se trouve en face de vous. Que vous inspire-t-elle? Avez-vous envie de lui parler? De la serrer dans vos bras? De vous détourner? De lui arracher les yeux?
Je précise évidemment que les résultats de cet exercice peuvent changer d’un jour sur l’autre : il est évident que si vous venez de vivre un douloureux échec ou un moment de pur bonheur, votre impression sera sensiblement différente. Ainsi, je vous invite à choisir un moment relativement “neutre” pour obtenir l’impression la plus proche de ce que vous ressentez en général.

Cette expérience, pour désagréable qu’elle fut, m’a aussi conduite à ce constat – pourtant évident : si moi, je ressentais toutes ces émotion négatives en m’observant, comment pouvais-je espérer un instant que qui que ce soit ait envie de voir les choses différemment? Pire : comment pouvais-je croire, apprécier ou seulement accepter que quiconque me dise quelque chose d’aimable? D’ailleurs effectivement, s’il prenait à quelqu’un l’idée de le faire, je ne pouvais pas m’empêcher de rétorquer mentalement un “ouais ouais” dubitatif, soupçonneux et énervé. Ainsi, en me coupant comme je le faisais de moi-même, je me coupais aussi des autres.

Bon, j’avais compris qu’il y avait un os à cet endroit-là. Mais comment allais-je m’y prendre pour changer ça? Eh bien visiblement pas de la bonne manière. En tout cas au début.

Faute d’une meilleure idée, j’ai refait cet exercice des dizaines de fois, espérant qu’un jour j’allais me sourire à moi-même. En me martelant des pensées positives, des petits mantra à base de « je mérite ce qu’il y a de mieux », « je suis parfaite comme je suis », « je suis gentille », bref, tout ce qu’on nous suggère à longueur de journée – et qui fonctionne d’ailleurs dans une certaine mesure, mais dans ce cas précis, c’était loin d’être suffisant. Et, si je connaissais de brefs moment d’harmonie, une vilaine petite voix reprenait très vite les choses en main à base de « non t’es pas merveilleuse, tu ne mérites pas ce qu’il y’a de mieux parce que que tu n’es pas ce qu’il y a de mieux» et autres douceurs approchantes.

Puis un soir, je ne sais pas par quel miracle j’ai changé ma manière de faire : plutôt que chercher à visualiser la femme adulte en moi, je suis remontée dans le temps et j’ai pensé à mon moi enfant. Juste pour essayer de voir ce qui allait se passer.

Sans surprise, voilà l’image qui s’est imposée à mon esprit ce jour-là : je voyais mon Anne-Solange de neuf ans assise dans un petit coin sombre. Et mon Anne-Solange de neuf ans sanglotait.

Une part de moi se souvenait de l’enfant rieuse, enthousiaste, sans complexes, amusée et curieuse de tout que j’ai été. Une gamine pleine de vie, de joie, d’appétit de tout. Et il y avait dans mon coeur, en ce moment même, cette même petite fille qui pleurait toutes les larmes de son corps.

Je n’ai même pas eu besoin de me demander pourquoi était-elle dans cet état. La réponse m’est apparue avec la brutalité d’un coup de poing : je passais ma vie à dire à cette petite : « t’es moche », « tu n’arriveras jamais à rien », « t’as pas honte? », « n’espère même pas… », “vraiment, tu imaginais y arriver?”… En vingt ans, peut-être davantage, cette enfant n’avait pas reçu UN SEUL mot gentil.

Immédiatement, instinctivement, je n’ai eu qu’une pensée : la secourir, la consoler… la prendre dans mes bras. Je n’ai pas eu besoin de réfléchir : je suis allée vers elle et je lui ai dit qu’elle ne devait pas s’inquiéter et que tout allait bien. Je lui ai demandé pardon, pardon, pardon, je ne voulais pas ça. Si j’avais su… Mon Dieu, je me sentais si profondément désolée. Sans réfléchir, je lui ai dit “s’il te plait, cesse de pleurer, c’est fini tout ça, je t’assure. Ce sera différent à présent. Je t’aime tellement, tellement”. 

Et j’ai découvert que c’était vrai. Je l’aimais.

Voilà comment, à travers cette image mentale de mon moi enfant, en quelques secondes, s’est ouvert le début d’un chemin vers une perception différente et apaisée de moi-même.

Depuis ce jour (qui ne date pas d’hier), j’ai très souvent recours à cette image. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus tendre, aussi bien avec moi qu’avec elle. Il n’empêche : elle, la petite Anne-Solange de neuf ans, il m’est toujours plus facile de prendre en considération ses besoins, ses peurs ou ses attentes. Quand elle se casse la margoulette, j’ai envie de lui tendre la main ; lorsqu’elle n’y arrive pas : je ne pense qu’à l’encourager ; si elle réussit quelque chose : célébrer son succès… En fait, j’ai envie de faire pour elle ce que je fais pour n’importe quelle personne pour qui j’ai de l’affection.

Pour convoquer votre enfant intérieur, rien de sorcier
il suffit d’un peu d’imagination
Vous pouvez vous installer dans un endroit calme et fermer les yeux pour vous concentrer sur l’enfant que vous étiez. Si c’est difficile (je ne me rends pas vraiment compte, je fais ça de manière automatique, depuis le temps), vous pouvez vous aider d’une photo de vous quand vous étiez petit ou bien d’un souvenir précis. N’importe quoi qui vous aide à ressentir l’enfant que vous étiez.

Petit aparté à ce sujet : savez-vous que votre esprit ne sait pas vraiment faire la différence entre les images que vous lui envoyez par l’entremise de votre imagination, et les images “réelles” qu’il reçoit de vos yeux. Ainsi, si vous vous concentrez sur un souvenir précis, votre esprit va tout simplement s’y rendre. Vous avez probablement vécu cela alors que vous vous remémoriez un souvenir fort en émotion, en constatant que tout était intact : votre corps avait senti exactement les émotions vécues à ce moment-là. Oui, aussi incroyable que ça puisse paraître : on peut tout à fait voyager dans le temps. 

Ainsi, ma petite fille intérieure (qui, je crois, n’a pas grand chose à voir avec l’enfant intérieur tel que le décrit la psychanalyse), sait toujours me dire où j’en suis. Si elle ne se sent pas bien, je n’ai jamais à chercher très longtemps l’origine du problème dans ma vie quotidienne. Il me semble que l’on peut comparer cela avec ce qui se passe parfois chez les enfants. Quand par exemple Mathilde, la petite fille de ma meilleure amie, cinq ans au compteur, lui disait début septembre : “Doudou-Chaussette, il a peur de la rentrée tu sais, maman” alors qu’elle même prétendait – en toute bonne foi – qu’elle était impatiente de retrouver le chemin de l’école.

À la différence de la petite Mathilde, je peux pratiquer cet exercice en toute conscience et l’utiliser comme outil : c’est l’avantage d’être à la fois l’adulte et l’enfant dans ce dialogue intérieur. Et de fait, je retire toujours nombre d’enseignements, lors de ces conversations avec mon petit moi.

Autre chose, que je peux vous dire, si vous avez envie de vous essayer, vous aussi, à cette expérience (et j’espère que vous allez avoir envie d’essayer) : généralement, ça ne ressemble pas tant que ça à un dialogue. Je laisse venir à moi une image et c’est cette image qui me donne des informations. Si votre expérience est différente, n’hésitez pas à la partager dans les commentaires, je suppose qu’il y a de nombreuses manières d’accéder à tout cela.

Parfois, mon enfant intérieure surgit sans que je lui ait demandé quoi que ce soit : c’est généralement le cas lorsque je m’amuse, que je suis très heureuse d’accomplir une tâche et que je ne vois pas le temps passer ou encore comme avec l’histoire du piano, que je réussis quelque chose après m’être entraînée beaucoup, longtemps et que je prends tout à coup conscience du chemin parcouru.

Il arrive aussi qu’elle me tourne le dos, qu’elle pique une colère, qu’elle s’ennuie. Bref, c’est comme si grâce à elle je parvenais à ôter les différents filtres de pensée qui m’empêchent de toucher du doigt ce qui se passe vraiment en moi.

Dit autrement : elle m’aide à reconnaître mes émotions sans les juger. Il m’est bien plus facile par exemple d’identifier que cette petite fille “est jalouse de”, ou “se sent exclue de” ou “a honte de” que de me dire spontanément, sans qu’intervienne mon juge intérieur pour me taper sur les doigts : “Je suis jalouse de…”, “je me sens exclue de…” ou “j’ai honte de…”. Parce que j’éprouve pour elle une vraie tendresse, elle m’aide infiniment à constater, sans prendre parti ce qui est visiblement la réponse à l’essentiel de nos tourments intérieurs. Enfin, comme vous le savez : il est bien plus facile de corriger un problème quand on en a identifié la source.

Voici tout le travail que nous accomplissons ensemble, elle et moi, depuis des années. Et je dois dire qu’on forme une bonne équipe. Ensemble, nous avons appris énormément de choses. Alors j’espère que vous aussi, vous vous donnez – ou vous allez vous donner – la chance  de le connaître, cet enfant à l’intérieur de vous, qui a tant de choses passionnantes à vous dire.