Et danser dans sa tête
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Ce n’est qu’une fois confortablement installée au fond de mon fauteuil, au premier rang d’un des studios d’enregistrement de la Maison de la radio, que je réalise à quel point je n’ai aucune idée du spectacle qui m’attend dans quelques minutes. Finalement, je ne sais presque rien d’elle, sinon que c’est une dame âgée, maintenant et qu’elle a dans le regard une lueur inconsolable mêlée d’une forme de sagesse caressée par la joie, quelque chose qui dirait « Ne soyez pas tristes, mes agneaux, ou alors apprenez à transformer les peines en quelque chose qui rend heureux ».
Je ne sais presque rien d’elle et pourtant, je connais sa musique, c’est un peu celle de mes étés d’adolescente et celle, surtout, de toutes les fois où je voudrais qu’il fasse beau dans ma tête. Cesaria Evora, une sorte d’idole avec ses airs de déesse africaine, son sourire chaloupé et ce timbre de voix à vous réchauffer un glacier.
Et soudain, la voilà qui est là. Elle peine à marcher. L’émotion du public – heureux de la voir là et inquiet de la découvrir si fragile – est palpable. Ca doit faire un drôle de choc quand on s’apprête à entrer sur scène et qu’on se prend comme ça des torpilles de tendresse en pleine poire. Même après tant d’année de scène, ça doit vous faire un vrai feu d’artifice à l’estomac.
Les premières notes retentissent. Il n’y a pas à dire, c’est mieux qu’un mp3, ce tonnerre d’instruments soudain qui envahit la salle. Elle m’a si souvent incendié le cœur, Cesaria Evora, qu’avant la fin de la première mesure, je ne sais plus comment contenir ma tempête intérieure : des centaines de souvenirs empilés les uns sur les autres refont surface tous en même temps. Sous ma peau, tout bourdonne, c’est un sacré vacarme.
Voilà pourquoi la musique me laisse toujours un peu sur ma faim : chez soi, on peut se laisser envoûter, éteindre les lumières ou danser, verser des larmes si ça nous plaît ou rire. Dans une salle de concert, alors que ces notes qui nous font tant vibrer sont là, puissance dix, et tambourinent comme des malades sur chaque parcelle de notre être, il faut se concentrer pour rester bien assis, jambes croisées, courtois, en posture de spectacle. En fin de compte, on passe la moitié de son temps à se concentrer pour ne pas décoller de son siège et danser. J’ai l’air de me plaindre, comme ça, mais la moitié qui reste, je dois l’admettre, vaut bien ce sacrifice. Il suffit de laisser les notes remplacer l’oxygène à l’intérieur des veines, faire comme si de rien n’était et danser dans sa tête.
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Je ne sais pas parler musique, je ne vais donc pas tenter de jouer les apprentis critique. Ce nouvel album, Nha Sentimento, a le charme caractéristique de la musique d’Evora. Si vous aimez, vous apprécierez certainement celui-ci, sinon, je doute qu’il vous fasse changer d’avis. Vous pouvez vous faire une idée sur Deezer ou en l’écoutant sur France inter, ce soir à 21h, où le concert auquel j’ai assisté la semaine dernière sera rediffusé.






