La mort joyeuse
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Petite, ma grand tante, me racontait souvent des bribes de sa vie d’étudiante parisienne. Elle avait habité une chambre de bonne sous le même toit qu’Edith Piaf, donné la classe aux petits chanteurs à la croix de bois, et pour se détendre, elle allait se promener au Père Lachaise. Je n’avais alors des cimetières que l’image de ce lieu dépouillé où repose mon grand-père sous sa chape de granit. Et déjà sans doute quelques récits de morts vivants, de feux follets et de fantômes racontés sous la couette les soirs pleine lune par quelque amie plus hardie que moi qui ne l’était pas beaucoup.
Autant vous dire que les habitudes de ma tante (qui n’en était plus, il faut dire, à une excentricité près) m’avaient parues plus que suspectes et loin d’attiser ma curiosité, cette histoire de promenade au cimetière acheva de m’en donner une image bien éloignée des standards romantico-gothiques que le cinéma se plait parfois à décrire.
Depuis près de dix ans que je vis à Paris, je n’ai toujours pas pris la peine d’aller vérifier pourquoi ma tante affectionnait le Père Lachaise et je ne sais pas s’il ressemble à celui-ci, qui se trouve à Hampstead. Mais de là où elle est, je crois l’avoir vue esquisser un sourire en me regardant opérer un virage à 180 degrés sur l’opinion que je m’étais faite des cimetières et des drôles de promeneurs qui les hantent parfois.
Ici, il n’y a pas ce décompte bien aligné des trépassés, il n’y a pas le crissement triste du gravier gris dans des allées millimétrées, pas de croix à perte de vue, pas d’ordre apparent, ni de chrysanthèmes. On n’a pas l’impression que nos chers disparus finissent leurs jours mal installés dans l’un des innombrables lits étriqués du dortoir d’un collège déprimant du siècle dernier.
Ici, c’est un joyeux bazar où l’on sent qu’on peut mourir tranquille. Pas dit, cependant qu’il n’y ait pas quelques fiestas entre joyeux défunts à la tombée de la nuit. Mais peu importe, ce n’est de toute façon pas la mort qui domine, ici c’est la vie. La vie qui bruisse, presque écrasante de sa vitalité. Les arbres sont hauts, la verdure abondante. Luxuriante. Comme une source qui jaillirait de la terre à gros bouillons bruyants.
La nature engloutit lentement les stèles funéraires, année après année, à mesure que ceux dont les noms sont inscrits dans la pierre disparaissent des mémoires. Comme si l’on retournait progressivement à l’état de nature. Mais, j’en étais la première surprise, c’est tout sauf angoissant. J’ai rarement ressenti comme ici l’impression que tout est dans l’ordre des choses. Comme une petite voix qui dirait que d’une certaine façon, c’est sûr, on ne disparaît jamais vraiment et que je pouvais continuer sereinement mon chemin.
Et puis tout simplement, je crois que j’aimerais ça, voir des fleurs sauvages me pousser sur le ventre.
Bon, j’avoue, je n’ai pas pu résiter au plaisir de retravailler quelques photos en noir et blanc, pour le côté brrrrrrrr. Vous pouvez, si cela vous amuse, les regarder sur cette page.
Les bucoliques
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Je n’ai décidément pas fini de jouer les groupies quand il s’agit de Londres et de ses environs. C’est très simple, partout où nous sommes passés, je m’exclamais avec des yeux remplis d’amour que j’avais enfin trouvé le lieu où je veux vivre depuis toujours.
Tout cela en roulant des œillades pleines de promesses torrides à mon tendre amoureux afin qu’il consente à trouver dans les plus brefs délais un travail extrêmement bien payé pour nous permettre de couler des jours heureux dans une des villas fleuries du village d’Hampstead, de Notting Hill, Camden ou que sais-je.
Aujourd’hui, je vous emmène à Hampstead Heath, ce parc immense qui s’étend sur des kilomètres au nord de Londres. Les parcs anglais sont comme le maquillage « nude » : ils embellissent la vérité sans jamais la grimer. On se croirait en pleine nature, seulement les arbres ne coupent jamais la vue, les herbes nous font la grâce de ne pas pousser trop haut et on dénombre dans les vertes prairies un type très étudié de fleurs sauvages harmonieusement réparties ici et là sans jamais tomber dans le surnombre ou le dépouillement. De la nature photoshopée, en quelque sorte.
Ce qui en fait l’endroit idéal pour: Pique-niquer de bonnes choses anglaises. Gambader avec le chien, un polo à manches longues flottant négligemment sur les épaules. Faire semblant de dormir, un livre écrasé sur le visage en guise de pare-soleil. Hurler un bon coup sans crainte d’être entendu des voisins. Dévorer un livre palpitant, avachi dans l’herbe grasse, sur un lit de boutons d’or. Et de quelques chardons tout de même, pour préserver le goût de l’authenticité.
J’y ai même trouvé un trèfle à quatre feuilles. Pile au moment où je me disais : « si tu en trouves un, passe ton chemin et laisse-le à moins chanceux que toi ». Non mais vraiment n’importe quoi.
N’importe quoi, peut-être, mais impossible après ça, de le cueillir sans que s’abatte sur moi une chape de culpabilité bien trop lourde à porter pour ma petite conscience. Sachez donc, si d’aventure vous aviez besoin d’un petit coup de chance, que le fameux trèfle est encore probablement là bas :)
Et comme je trouvais que ces prés se prêtaient particulièrement bien à une interprétation rétro, j’ai aussi retravaillé cette série de photo façon Polaroïd. Vous pouvez la feuilleter ici.














