Nous sommes gavés de paradoxe. Un jour, il y a maintenant plus de dix ans, mon amie Nat, lors d’une soirée bien arrosée, a dit à la cantonade « Anne-So, c’est un petit paradoxe ». Honnêtement, nous étions gavés de bien autre chose que de paradoxe à ce moment précis de la soirée et elle aurait tout aussi bien pu dire « Anne-So est un sandwich jambon-beurre », tout le monde, moi compris, aurait approuvé avec des étoiles dans les yeux ces mots d’une étonnante clairvoyance.
J’ai souvent repensé à cette phrase lancée comme ça ; je crois que Nat ignorait à quel point c’était vrai. Moi aussi, d’ailleurs. In vino veritas.
Justement, je tiens ce matin un bon paradoxe. Me voilà depuis trois jours aux prises avec un terrible sentiment de culpabilité : l’autre jour, en pleine frénésie Noël-ô-joie-bonheur, j’ai acheté un petit oranger. Tout joli, avec de minuscules oranges qui font comme des grelots au bout des branches, qui sent bon l’oranger et le désherbant, et qui sera parfait une fois installé sur ma cheminée.
Seulement voilà, je suis en quelque sorte une tortionnaire végétale, incapable d’arroser une plante plus de deux fois par an*. Chaque fois que je tente l’expérience, convaincue que je ferai mieux cette fois-là que la précédente, mon entrain ne passe pas les quinze jours et je finis tout simplement par oublier. Oublier que mon arbre, contrairement à moi et aux autres bibelots de la cheminée, vit d’amour et d’eau fraiche. Surtout d’eau fraiche, ce qui n’est tout de même pas d’une exigence inconcevable. Read more »






