Le théâtre tranquille des grandes marées d’été

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La pêche à pied, ce satané recul de l’eau qui me privait de bain pendant trois longues journées, moi qui passait ma vie dans l’eau. Alors que mes cousins y voyaient une amusante rupture dans le rythme normal des vacances, j’y ruminais la frustration de ne pouvoir jouer au dauphin. Débusquer la praire m’amusait quelques courtes minutes, puis je passais le reste de la journée à geindre et à hurler chaque fois que je voyais (ou croyais voir) passer une araignée de mer, c’est à dire à un rythme extrêmement soutenu.

Hurler, pour les pêcheurs est la plus sûre manière de gâcher leur journée. À bien y réfléchir, j’étais peut-être une enfant sournoise.

En grandissant, toujours peu douée pour les raffinements de la pêche à la pissée – qui désigne la méthode pour débusquer les praires – je me suis contentée de suivre le mouvement familial de loin pour observer le fourmillement humain qui va de pair avec les grands coefficients marins. Ce passionnant fourmillement.

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Incroyable agitation multicolore, foule silencieuse, grouillante, grattante. Foule comiquement courbée en un mouvement inconfortable. Foule éreintée. Les enfants avec leurs élevages de crabes miniatures noyés dans une armée de seaux fluo imprimés Mickey mouse. Les vrais pêcheurs qui vous font croire d’un air méfiant de bon normand qu’on ne trouvera rien ici, bien que leur panier de pêche soit bourré à craquer de coquillages gros comme des abricots. Les pêcheurs du dimanche qui s’illuminent chaque fois qu’ils ont gratté une belle palourde, attendrissant petit miracle qu’on peut lire dans leurs yeux.

Ceux qui pêchent pour le simple plaisir de débusquer et rejettent aussitôt à la mer. Les habitants du coin qui retournent amoureusement chaque pierre à leur emplacement exact et quelques vacanciers qui n’y connaissent rien et vandalisent la plage avec leurs gestes brusques et leur façon de biner comme s’ils espéraient pouvoir y planter des choux.

Ceux, encore, qui ne sont là que pour le seul plaisir de la promenade et d’autres au contraire, acharnés, qui labourent et retournent avec force, violemment résolus à ne rentrer chez eux qu’avec la promesse d’un plantureux dîner ou, moins avouable, déterminés à impressionner leurs amis…

Cette année, j’attendais avec beaucoup d’impatience l’opportunité de faire quelques photos et peut-être parvenir à saisir des bribes de cette épopée secrète, pratiquement invisible à l’œil nu, qu’on rejoue inlassablement les jours toujours trop rares où la mer se retire quelque part dans un lieu inconnu, peut-être au bout du monde et où il fait beau temps.

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