La fleur-soleil

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Quand je vous disais qu’on peut vraiment faire des choses inattendues avec son téléphone. J’ai pris cette photo hier après-midi aux Buttes Chaumont. Ces fleurs, en réalité, mesurent à peine cinq millimètres (mais cette, fois, je reconnais qu’il y a un petit truc, je vous raconterai tout ça demain). J’aime beaucoup les couleurs qui me rappellent certaines toiles de Martine Gayet.

En fait, je voulais surtout apporter quelques précisions à propos de la distribution du livre de Cachemire & Soie, car j’ai reçu beaucoup de questions. Donc oui, il est sorti. Mais nous avons joué de malchance avec l’imprimeur qui a livré mon éditeur avec un bon mois de retard. La conséquence de tout cela est la mise en place dans les librairies qui a perturbé le planning des libraires. Celle-ci se fait donc progressivement chez les libraires, mais cela prend forcément un peu plus de temps que prévu. D’où également la mise à disposition un peu tardive aussi chez les libraires en ligne. Mais ces petits désagréments devraient rentrer dans l’ordre rapidement.

À propos de la distribution à l’étranger : pour le moment, le livre n’est disponible qu’en France, mais il est toujours possible de le commander chez Amazon ou la Fnac. Dernière solution, le commander tout simplement auprès de son libraire.

Voilà, c’était juste pour vous dire ça. Bon dimanche au soleil les amis!

Cent quarante quatre pages

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Voilà trois jours que je réécris ce billet sans parvenir à trouver par quel bout le prendre. Alors faisons simple : le livre de Cachemire & Soie est enfin sorti. Cent quarante quatre pages de textes, d’images, de bonnes adresses… Je vous en avais déjà touché quelques mots il y a un moment, mais en réalité, nous travaillons à ce projet, avec mon éditeur, depuis bien longtemps.

Lorsqu’il m’a proposé de faire ce livre, j’ai d’abord dit non. Catégoriquement. C’est étrange la relation qu’on peut entretenir avec son blog et je n’y avais jamais vraiment songé avant que ne se pose la possibilité de l’éditer. Dans mon cas, je craignais, il me semble, d’être dépossédée de quelque chose que je n’avais aucune envie de donner. Quelque chose de personnel, sinon d’intime. Et l’idée d’abandonner un peu de la liberté dont je jouis sur Cachemire & Soie en confiant son contenu à un éditeur, me semblait tout simplement impensable.

Effrayantes aussi, toutes les questions qu’engendraient ce projet : est-ce qu’en acceptant, je n’allais pas m’apercevoir que rien de ce que j’avais consigné ici, en cinq ans, ne me plaisait assez pour que je trouve plaisir à le voir reproduit dans un livre? Et je ne parle pas des photos! Allaient-elles ressortir correctement ou le papier, au contraire, serait-il un impitoyable révélateur de défauts? Et puis au fond, pourquoi un livre? À quoi ça allait servir?

D’un autre côté, j’ai reçu tant de petits mots de votre part me disant : à quand un livre « Cachemire & Soie »… Peut-être, après tout, les lecteurs de ce blog étaient-ils le meilleur juge? Et enfin, cette pensée égoïste : que restera-t-il, sinon des souvenirs, de Cachemire & Soie le jour où je déciderai de le fermer – qui arrivera forcément, même si ce n’est pas encore au programme? Et après tout, j’aime les défis. Plus que ça : je crois même que c’est le sentiment de défi qui me fait avancer, dans la vie. Et celui-ci, pour moi, était de taille – encore une preuve que j’accordais à Cachemire & Soie, finalement, bien plus de prix que je ne voulais l’admettre. Et au final, je crois aussi que j’étais vraiment curieuse de voir ce que cela pouvait donner. C’est même sans doute ce qui a achevé de me décider.

Mais s’il y a une chose que je n’aurais jamais imaginée, c’est le travail qui a suivi. Le long travail de tri, en premier lieu : relire cinq ans d’archives, les sélectionner. La déception lorsque certains billets que j’avais particulièrement aimé écrire me semblaient dépourvus d’intérêt, tout compte fait ; et la joie lorsqu’au contraire, je me sentais agréablement surprise par tel ou tel texte. Et je ne parle pas des photos que je n’avais jamais prises dans le but d’être imprimées et qui n’avaient été retouchée qu’en basse définition. Toutes ces photos à retrouver, retoucher, retravailler…  Et le long travail de réécriture enfin, qui est, de loin, le plus ardu, parce qu’on n’en a jamais fini. On voudrait toujours changer une tournure, modifier, une phrase. C’est le plus difficile avec un livre : le moment où vous tenez celui-ci dans vos mains et que vous ne pouvez plus rien changer.

Mais voilà, il est là. Et je vais vous dire : je le trouve super. J’espère de tout mon cœur avoir su opérer une bonne sélection, en fonction des billets qui vous ont le plus plu (j’ai passé beaucoup de temps à relire vos commentaires, qui m’ont été d’une aide précieuse pour faire mon choix final), même si je n’ai pu résister, aussi, au plaisir conserver ceux que j’avais le plus aimé écrire et qui ne coïncident pas toujours avec vos choix à vous.

Il y a encore autre chose que je voudrais vous dire : ce livre a été entouré d’une immense bienveillance. Et en le regardant, j’ai l’impression qu’il rayonne de bonnes ondes. Tous ceux qui ont contribué à sa réalisation – correctrice, maquettistes… – se sont impliqués d’une façon que je n’aurais même pas osé imaginer, à commencer par mon éditeur, Philippe, que je ne remercierai jamais assez pour avoir accordé tout ce temps à ce livre et pour avoir fait preuve d’autant de patience avec moi (à votre place, Philippe, je crois que j’aurais fini par me jeter un mauvais sort). Grâce à eux, et à vous qui me lisez parfois depuis un moment, j’ai la sensation que le livre de Cachemire & Soie est entouré de soleil.

Il me reste donc à vous remercier pour tout cela, car on pourra toujours tourner le problème dans tous les sens, un blog, ce sont ses lecteurs – qu’ils soient nombreux ou non – qui le portent et lui donnent le carburant nécessaire. On peut écrire des romans dans son coin, pour le simple plaisir de déverser son imaginaire sur le papier et sans autre but que cela – j’en sais quelque chose. Mais je ne crois pas qu’il en aille de même pour un blog : sans lecteurs, Cachemire & Soie n’existerait plus depuis longtemps. Merci à vous tous.

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Dix heures douze sur le quai de la gare

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Il est dix heures douze à l’horloge lumineuse. L’heure de pointe a passé sur les quais du métro comme une tornade d’ennui pressée, abandonnant sur les sièges en plastique colorés des dizaines de journaux gratuits et quelques papiers gras et froissés, imprimés à l’enseigne des boulangeries bon marché postées à l’entrée des stations et qui diffusent un parfum artificiel de viennoiserie sortie du four pour attirer les affamés encore à demi endormis.

Sur le quai, un peu moins de vingt voyageurs patientent en regardant alternativement leur montre, leur téléphone et leurs pieds pendant que le minuteur indique à la façon d’un sablier le temps qu’il faudra trouver comment tuer avant le prochain train. Ici, le présent s’écoule avec une paresse qu’on ne lui connaît pas ailleurs : chaque minute s’étire mollement comme un chat qu’on dérange et les secondes qui les composent n’en finissent pas de se traîner.

Entre les voyageurs, il règne le silence embarrassant des salles d’attente. La moindre quinte de toux semble se répercuter dix fois sur les murs de brique blanche et les plafonds humides. Un homme en costume cravate examine un journal dont les pages en tournant produisent un bruit de tôle broyée. Ici, un enfant qui chuchote, chuchote toujours trop fort. Les talons fins d’une dame pressée claquent comme les petits pétards avec lesquels jouaient les adolescents d’autrefois, la ressemblance est si frappante que l’odeur de souffre des explosifs est à deux doigts de se répandre dans le sillage des souliers retentissants.

Le métro, temps mort ; ce petit pont troublant de vide entre deux destinations où s’éparpillent les solitudes de ceux qui vont et viennent. Read more »