La villageoise

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J’ai tout d’une citadine. Je ne sais pas marcher dans la rue autrement qu’à une allure soutenue, j’adore faire mes courses à des heures pas possibles (genre attendre 23 heures pour aller acheter des livres), j’ai besoin de sentir que le monde autour de moi ne s’arrête jamais vraiment de tourner, je crois soudain au paradis sur terre lorsque je prends un café en terrasse et que par chance, il fait soleil (que la terrasse en question se trouve à un carrefour aussi passant que l’autoroute du soleil le premier vendredi du mois d’août ne change rien à l’affaire), enfin lorsque je regarde le métro passer sous mes fenêtres, je trouve ça d’une époustouflante beauté. Et je ne plaisante même pas.

J’ai pourtant mis des années à apprendre à l’aimer, Paris. Mais il y a quelques temps, je me faisais la réflexion que cette fois, je me sentais vraiment chez moi ici. Je n’avais plus cette sensation étrange d’être en visite, en transit entre deux ports d’attache. Il m’a fallu un moment avant de comprendre d’où me venaient ces nouvelles sensations, mais voilà ce qui a changé.

Pour commencer, j’ai la chance de pouvoir détester cordialement ma boulangère, qui feint, cette morue, de ne jamais me reconnaître, qui se moque ouvertement des touristes en profitant du fait qu’ils ne parlent pas notre langue et qui par contre, se montre d’une torride amabilité avec mon mari.

Lorsque j’appelle pour réserver une table au petit restaurant où nous avons coutume d’aller, on ne note pas mon nom : la dame du restaurant a reconnu ma voix. Et si c’est possible, on nous installe toujours à la même table. Enfin, si je ne finis pas mon dessert, elle me propose d’emporter le reste chez moi en ajoutant: « vous me rapporterez le plat quand vous aurez un moment »

Si je passe chez la merveilleuse fleuriste chez laquelle je vais parfois acheter des fleurs, nous discutons toujours un moment. Elle sait que je fond devant un bouquet de renoncules ou de pivoines et que je n’aime pas les bouquets trop apprêtés.

Et lorsque je passe, sans pourtant m’y arrêter, devant cette petite boutique de décoration que j’adore, à deux pas de chez moi, la jeune femme, au comptoir, me fait un petit signe de tête pour dire bonjour. Et il me semble être capable de deviner, à la façon dont elle me salue, si sa journée a été bonne ou pas.

Il m’a fallu un moment pour me rendre que compte que c’était ça. Tous ces petits détails font que Paris, année après année, a cessé d’être pour moi une ville d’anonymes où je me sentais perdue comme Garance dans son boyfriend jean. À travers les rues bétonnées, le bruits incessant, l’agitation, j’ai reconstruit tranquillement les rituels de mon petit village. Et bien loin de l’image citadine que j’ai souvent de moi, je me demande en fin de compte si secrètement, je ne serais pas plutôt, au contraire, une vraie villageoise.

PS : Rien à voir mais je ne peux m’empêcher de vous encourager à jeter un oeil sur l’organigramme de Laurent Gloaguen (qui date de plusieurs mois mais que je ne découvre qu’aujourd’hui grâce au blog de Mamzelle Scarlett). Ca me fait beaucoup rire, mais je vous préviens, c’est du pur humour blogosphérique.

PPS : Pourquoi ces fleurs, en illustration? Parce que tout simplement, c’est en sortant de chez la fleuriste après avoir échangé quelques mots que ces réflexions transcendentales sur ma vie de villageoise à Paris ont fait jour. Oui, je sais, les photos sont floues. Croyez-le ou non, c’est délibéré ;)

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