Au jour le jour, un roman

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« Adossée au vieux chêne qui faisait face à la vallée, Lola contemplait la nature qui s’étalait devant ses yeux comme une reine alanguie au soleil. Un vent tiède arrivait du sud. Un vent de printemps qui semblait vouloir emporter avec lui la longue tresse rousse dont l’élastique avait renoncé à contenir les mèches cuivrées qui ne demandaient qu’à danser.

Lola, les deux bras enroulés autour de ses genoux repliés, était pensive. Comme toutes les jeunes filles de son âge, la manière la plus simple de s’évader du tumulte incessant et confus de ses émotions était encore de se laisser aller à la rêverie. Une pensée, en particulier, ne cessait de revenir à elle : il y avait quelque chose de changé, dans la maison. Et elle ne pouvait s’expliquer quoi… »

Voilà deux heures que je cherche mes mots pour vous parler de ce projet, qui me tient tellement à cœur. Le mieux, après tout, était peut-être de vous en faire découvrir ici les premières lignes…

Voilà un moment, déjà, que Lolita Lempicka m’a proposé de plancher sur ce projet original pour accompagner le lancement de son nouveau parfum : un roman, publié au jour le jour pendant 64 jours avec un défi de taille à relever, pour moi : chaque vendredi, ce sont aux lecteurs de choisir la suite de l’histoire, parmi trois possibilités qui leur sont proposées.

J’ai envie de vous parler de plein de choses : le sujet de l’histoire, les différentes pistes (et fausses pistes) sur lesquelles j’ai envie de vous embarquer, les dessous de ce travail passionnant qui a consisté à partir d’une fragrance pour imaginer une histoire… mais, je risquerais de vous raconter trop de choses. Je vais donc devoir attendre que soient publiées les dernières lignes de « L’essence de Soi » pour vous raconter tout cela.

Vous pouvez d’ores et déjà lire les deux premiers épisodes ici, sur le site consacré au lancement du parfum. Et ainsi de suite, chaque jour pendant les soixante quatre prochains jours vous retrouverez quelques lignes supplémentaires avec, le vendredi, la possibilité de voter pour la suite qui vous enthousiasme le plus.

J’espère de tout mon cœur que l’histoire de Lola, ma jeune héroïne, saura vous maintenir en haleine. De mon côté, je suis sur des charbons ardents alors je ne vais pas m’attarder davantage et je retourne travailler. Bonne journée les amis!

Il reste d’elle

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Il reste d’elle sa voix dans ma tête, chaque fois que je me surprend à lui demander un avis que je connais déjà et que bien sûr, celui-ci ne va pas dans le sens qu’il me plairait d’entendre. Les intonations cassées de cette voix toujours un peu enrouée comme si, quelle que soit l’heure du jour, elle venait d’émerger du sommeil en plein milieu d’un rêve.

Il reste l’image de ses cils, bruns et drus comme les herbes battues par le vent qui s’accrochent à la dune et la retiennent, de leurs millions de doigts agiles. Ces tiges qui dansent un ballet sans fin comme des ballerines ensorcelées et dont la force invisible vaut pourtant celle d’un millier hommes.

Il reste aussi la petite tasse en porcelaine blanche et bleue fleurie de myosotis dont les feuilles fanées baignent dans une eau de souvenirs heureux. Époustouflant privilège des petites filles qui avaient été sages ; celle qu’on pinçait des doigts en tremblant de fierté, terrifiées devant la responsabilité nouvelle d’avoir entre les mains un objet si fragile.

Il reste son nom dans le répertoire de mon téléphone et certaines heures de la journée où sans m’en rendre vraiment compte, je tourne en rond dans l’attente qu’elle appelle. La mécanique des habitudes refuse encore obstinément d’abandonner sa marche.

Il reste d’elle les rêves où sous les formes les plus inattendues, elle vient me visiter la nuit. Ces rêves qui parlent de mort, de souffrance et d’amour mêlés. De joie aussi, parfois. Refuges chéris où je peux entendre sa voix comme si cette voix faisait encore partie du monde.

Il reste l’odeur tendrement poussiéreuse de la petite bonnetière, dans la cuisine. Et cette marque de thé couleur d’or que l’on buvait ensemble, par litres, à toute heure du jour. Il reste les fils à demi découverts des appareils électriques qu’elle refusait de changer, son nécessaire de toilette, des clefs, son bonnet qui l’attend sur la table à roulettes.

Il reste toutes les expressions de son visage imprimées par centaines sur des centaines d’images.

Il reste d’elle l’amour. Cet amour éperdu qu’elle nous portait, qui est peut-être un privilège de l’âge et qui résonne en creux dans cet espace vacant du cœur de ceux qui l’ont perdue. Toute cette place…

S’il est vrai que les jours se succèdent emportant avec eux des brassées de joies, de rires, d’énigmes à résoudre et d’expériences nouvelles, je me demande à chaque instant s’il vient un jour où l’on cesse d’avoir du chagrin.

Eliott et le roi Poisson – Chapitre 1.

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Aujourd’hui, voici le premier chapitre d’un petit conte que je n’ai pas encore fini d’écrire. La suite viendra dans les prochaines semaines. Bonne journée tout le monde sous le ciel bleu inattendu de ce matin qu’on prévoyait tout gris!

??? Eliott et le roi Poisson ???

Sur les bords d’une plage grise et blanche, un tout jeune goéland argenté se lamentait en tournoyant au-dessus des vagues.

Eliott – c’était le nom de ce goéland – voletait tristement au-dessus d’une mer vert sombre en pleurant sur son sort car il s’estimait frappé d’une terrifiante malédiction : chaque fois qu’il tentait de réaliser ses rêves, de terribles obstacles se dressaient au-devant lui pour les changer bien vite en une suite d’expériences décevantes.

Tout avait commencé quand il avait rêvé d’être champion de plongeon : après quelques heures d’entraînement, il s’était aperçu qu’il n’était pas très doué. Bien d’autres goélands étaient plus forts que lui et il n’aimait pas sortir de son nid quand il pleut, ce qu’exigeait pourtant l’entraîneur grincheux qui le faisait sursauter de terreur chaque fois qu’il s’adressait à lui de sa voix criarde, avec un air de Martin-pêcheur revêche. Après deux entraînements, Eliott abandonna l’idée de devenir champion de plongeon.

La malédiction s’abattit à nouveau sur lui lorsqu’il décida de devenir savant. Il apprit qu’il fallait pour cela étudier des années dans des laboratoires fermés, à l’abri de toute distraction. Eliott comprit vite qu’il détesterait ces laboratoires livides où l’on doit passer sa vie entière et où le froid finit toujours par vous faire claquer le bec. Les vieux goélands savants, avec leur air supérieur et leurs plumes défraichies à force d’étudier sans prendre d’exercice étaient tellement, tellement barbants. Non, vraiment pour rien au monde il ne voudrait devenir l’un d’entre eux.

Alors il se prit à rêver de devenir artiste. Read more »