Mon frère et moi, on ne se voit pas beaucoup. Avec son travail qui le fait bourlinguer partout en Europe, mes propres pérégrinations, son amour immodéré pour la fiesta et mon rythme de vie désespérément diurne (selon lui), c’est presque un miracle quand on arrive à se croiser.
Quand on se voit aussi rarement que nous deux, forcément, les petits pas du quotidien qui nous font avancer jour après jour apparaissent comme des enjambées de géant. Changement de vie, nouvelles perspectives… On a quelquefois l’impression de découvrir un peu une personne nouvelle. Il y a toujours un moment de flottement pour retrouver ses marques, sortir des banalités d’usage et se retrouver vraiment.
Ensuite, viennent ces savoureux instants d’observation où l’on retrouve progressivement celui qu’on a toujours connu. Ses yeux qui pétillent de malice, cette maladresse apparente qu’ont toutes les personnes taillées un peu trop grand pour les standards du confort domestique, son appétit de géant, son humour, sa ressemblance hallucinante avec mon père.
Mais c’est seulement après ces retrouvailles qu’arrive l’essentiel. Car après, viennent toutes ces choses qu’on découvre toujours avec stupeur à propos des petits frères quand on a mis longtemps à les prendre au sérieux. Je crois que le statut d’aîné nous conduit parfois à quelques mauvais ajustements du côté de la lentille du temps. On ne se rend pas toujours bien compte qu’ils sont déjà des hommes depuis un bon moment. Que leur expérience vaut autant que la notre et que c’est même peut-être un peu à nous de les regarder faire et d’en prendre bonne note.
Pendant ces trois jours que nous avons passé ensemble, j’ai découvert quelques unes des belles choses que je n’ai pas toujours vues chez lui et qui étaient là, pourtant. Depuis longtemps.
Quand je regarde cette photo, c’est bien lui. J’y vois le petit garçon qu’il était. L’adolescent. Le jeune homme que j’ai vu s’épanouir ces derniers temps. Tout y est. Comme s’il n’avait rien laissé en chemin, sauf peut-être quelques cheveux sur le dessus du crâne.
Mais il y a maintenant tellement plus. Il était plus que temps que je plonge dans le bleu irréel (et non retouché!) de ses yeux pour regarder tout ça d’un peu plus près.
Les chemins de traverse
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Or donc (comme dirait l’autre), je me suis bousillé la clavicule il y a tout juste quinze jours. C’était une première, pour moi. La douleur, les radios, tous ces trucs… je ne m’étais jamais blessée avant.
Alors bien entendu, c’est une blessure embarrassante et douloureuse qui m’a gâché deux précieux jours de ski et me contraint à l’utilisation de médicaments aux effets secondaires très glamour (comme ce nid de boutons qui colonise mon menton au moment où je vous parle et dont aucun de mes remèdes habituels ne semble pouvoir venir à bout). Et je ne parle pas de cet espèce de truc en travers du buste qui emprisonne l’épaule et maintient le bras dans une position d’une élégance rare.
Mais, et c’est là où je voulais en venir, cette blessure est aussi un chemin de traverse.
Les chemins de traverse, c’est tout ce qui nous contraint, dans la vie, à penser et agir autrement. Tout ce qui nous bouscule pour nous attirer là où l’on ne penserait pas aller. Voire là où l’on ne veut surtout pas mettre les pieds. En clair : c’est l’aventure. Read more »
La routine
Tags: Contes fillosophiques • psy • psycho • Psychologie de perchoir
D’après ce qu’il ressort dans les conversations, presque tout le monde redoute le quotidien, la routine, l’usure du temps. Or je ne voudrais pas trop m’avancer, ni parier inconsidérément sur le futur, mais je dois dire qu’après dix ans de vie commune, moi je trouve justement que le quotidien est une suite sans fin de petites choses heureuses.
On aura beau regarder ça sous tous les angles possibles, j’adore ça, le quotidien, les choses qu’on se redit mille fois, les gestes que l’on refait chaque jour, les moments attendus.
+ J’aime, chaque matin, lorsque la première sonnerie du réveil retentit. Je sais alors qu’il me reste deux fois 8 minutes de bonheur entre ses bras, le temps pour les sonneries numéro deux et trois d’achever de nous tirer du sommeil. Certains jours, le chat veut aussi son comptant de cajoleries et, tous les trois, je me demande si l’on ne se croit pas tout simplement au paradis.
+ J’aime la première goutte d’eau chaude, le matin, lorsqu’elle coule entre mes cheveux et que ça provoque un drôle de frisson, incommodant et addictif.
+ J’aime le thé, toujours un peu trop infusé, qu’il a préparé pendant que je barbotait sous l’eau chaude. J’aime quand, par un heureux hasard, le timing est parfait et que mon « earl grey impérial » est pile à la bonne température.
+ J’aime lorsqu’au moment de l’embrasser avant qu’il aille travailler, je discerne le parfum de cette nouvelle crème que je lui ai achetée pour donner le teint frais. Il n’en a pas fait grand cas devant moi, mais j’aime savoir que, sans me le dire, il l’a utilisée.
+ J’aime quand, à sa façon de me regarder, je comprends qu’il attend mon avis sur la façon dont il est habillé. J’aime qu’il aime que je le trouve beau.
+ J’aime lorsque, à onze heures tapantes, le chat vient se frotter à mes mollets et que le mercredi, exactement à la même heure, le numéro de Mamie s’affiche sur l’écran de mon téléphone fixe. Et qu’il me laisse un petit message sur mon téléphone portable (il m’a passé un petit coup de fil juste avant d’aller déjeuner, mais comme je suis avec mamie…)
+ J’aime qu’il m’appelle avant de partir du travail.
+ J’aime que notre premier geste, lorsqu’il rentre le soir, soit de nous embrasser. J’aime le moment où l’on se demande l’un à l’autre comment s’est passé la journée. Et qu’on raconte.
+ J’aime cette façon que nous avons, tous les jours sans exception, de nous regarder avec des airs de chiens battus pour se demander ce que nous allons bien pouvoir manger ce soir.
+ J’aime paresser sur le canapé en m’appuyant sur lui pendant que le chat navigue entre ses genoux et les miens.
+ J’aime quand il me dit qu’il m’aime. Même si c’est la septième fois aujourd’hui. Même si c’est la centième.
+ J’aime quand je sais déjà ce qu’il va dire ou faire.
Et tant et tant d’autres petites choses rituelles et quotidiennes entre nous deux. C’est drôle que les gens pensent que c’est ce qui détruit les couples. Il me semble à moi que, tout au contraire, c’est ce qui le cimente.
PPS : Je n’ai pas été très présente, ces jours-ci. Après ces quelques mois de travail sans souffler ne serait-ce qu’un week-end (je viens de terminer deux livres et la semaine dernière à été, c’est le moins qu’on puisse dire haute en couleurs), j’ai besoin de prendre un peu le temps de respirer de et faire les choses à mon rythme.






