Reconnaissance de dettes

Tags:

merci

Ce week-end, à un mariage, mon voisin de table, suédois de son état, s’amusait à comparer les différences culturelles entre nos deux pays. Il me faisait remarquer par exemple qu’en France, on ne cesse de se confondre en « pardon », « excusez-moi » et autres apologies, alors que les suédois, économes en excuses, sont les champions toute catégorie du merci.

Je remarque en effet que souvent, les gens éprouvent des difficultés à dire merci (à dire comme à recevoir, parfois). Pourtant si je fais le tour de ce qui me semble important dans la vie, la reconnaissance arrive au premier plan des pensées que j’ai le soin d’entretenir. En un l’amour. En deux, la gratitude. Pour une raison toute simple : lorsque je me sens reconnaissante pour quelque chose, je me sens bien. Ainsi, je n’hésite pas à dire merci. Pour tout, pour rien : un mot gentil, un clin d’œil complice, une bonne soirée, une marque de confiance, un bon repas, un compliment, une confidence.

Pendant de longues années, je me suis endormie, chaque soir, sur des souhaits. Sur des je veux, sur des j’espère et sur des s’il vous plait. Je n’exagère rien en disant que ma vie s’est joliment modifiée le premier soir où j’ai changé de tactique : s’assoupir dans les mercis plutôt que dans les s’il vous plait. Merci à qui? À quoi? Aucune idée et peu importe, en fait.

Hier soir, si je me souviens bien, s’entassaient des remerciements pour la vie domestique : le café que m’avait préparé David pendant que je prenais ma douche, la sensation bienfaisante du jet d’eau après les semaines passées à faire sa toilette dans une maison où le mot pression n’existe pas, le rire déclenché par un message reçu en prenant mon petit déjeuner, le goût incomparable du saumon fumé bio de chez Monoprix et les citrons juteux qui l’accompagnaient. J’ai remercié pour l’image mignonne du petit chat endormi dans les bras de David, pour un message de ma cousine chérie, une bonne nouvelle professionnelle, le rayon de soleil qui, un peu plus tard, m’a tiré de la sieste ; pour le plaisir pris à lire quelques pages prometteuses dans le roman qui occupe en ce moment ma table de nuit. Pour l’odeur des draps frais. Pour le coup de fil plein de bonne humeur d’un copain et pour cette bonne idée qui m’est venue dans la journée à propos du livre que je suis en train d’écrire. Et aussi pour ce moment entre amis qu’on m’a fait partagé par téléphone interposé. Pour les deux cigarettes qui traînaient dans un paquet que je croyais vidé et cette chanson de Colette Magny qui me fait naître des papillons dans l’estomac. Pour beaucoup d’autres choses encore, minuscules et immenses à la fois.

Je chéris entre tous ce rendez-vous quotidien qui tient en quelques minutes de vie et par la magie duquel je m’aperçois toujours que chaque journée, même la plus morose d’entre elles, peut-être envisagée comme une bonne journée, pourvu qu’on sache la regarder sous l’angle approprié.

Bien entendu, je constate chaque jour combien ce sont les autres, effectivement, qui entretiennent notre joie de vivre, combien l’on est dépendant d’eux pour maintenir à flots les jauges du bonheur et combien on leur est redevable pour cela. Mais il me semble que ce sont-là des dettes que l’on est trop heureux de contracter pour se passer de les honorer.

Source Image : Jessica Louise

Là d’où l’on vient

Tags:

a-la-peche-00

Les racines. J’ai beaucoup de mal à décrire ce qu’elles sont et plus de mal encore à comprendre à quoi elles servent dans le mécanisme secret qui nous permet de tenir debout. Souvent, on n’y pense pas, à nos racines. Sans doute qu’elles font tellement partie de nous : on respire, on marche, on est retenu au sol du monde par des racines, et voilà.

On ne fait pas trop attention à elles. Parfois même, on en déniche une et l’on est tout surpris : un ami d’enfance, par exemple. Un jour, on parle, on refait le monde et paf, tout à coup on comprend que dans cette relation, dans cette amitié, il y a une racine solidement arrimée, bien enroulée autour de notre cœur.

Je crois aussi qu’on en a toujours une ou deux qui sont établies en nous plus profondément. Qui nous définissent, presque, tant on est lié à elles. La mienne, je le sais depuis longtemps, se trouve là, sur ces photos. Parmi les grains de sable, le varech et les moulières. Dans le vent qui porte les goélands argentés et les mouettes bavardes. Même dans le bruit que font les tracteurs qui rentrent des marées. Dans les épuisettes des enfants ou dans la glaise qu’on trouve parfois à mer basse. Et dans les parasols d’un goût douteux des vacanciers qui font comme des nuées de fleurs un peu vulgaires, les jours où il fait beau.

Je ne saurais pas dire exactement en quoi je suis enracinée ici, ni à quoi ça me sert. Ni même pourquoi c’est important. Peut-être est-ce seulement parce que quand je regarde ces photos c’est un peu comme si je découvrais soudain mon portrait. Un endroit qui me définirait mieux et bien plus complètement que n’importe quel qualificatif.

Assise sur l’un des cailloux qui bordent la plage, je regarde la mer remonter à toute vitesse sur la grève de Saint Martin de Bréhal et je sais avec une certitude qui m’émerveille que quels que soient les chemins et les routes que la vie choisira pour moi, quels que soient mes voyages, mes errances ou mes escales, cette plage et ces vagues seront toujours mon seul chez moi.

a-la-peche-01.jpg

Picture 1 of 10

a-la-peche-02

a-la-peche-06

a-la-peche-09

La routine

Tags:

Picture 1 of 4


D’après ce qu’il ressort dans les conversations, presque tout le monde redoute le quotidien, la routine, l’usure du temps. Or je ne voudrais pas trop m’avancer, ni parier inconsidérément sur le futur, mais je dois dire qu’après dix ans de vie commune, moi je trouve justement que le quotidien est une suite sans fin de petites choses heureuses.

On aura beau regarder ça sous tous les angles possibles, j’adore ça, le quotidien, les choses qu’on se redit mille fois, les gestes que l’on refait chaque jour, les moments attendus.

+ J’aime, chaque matin, lorsque la première sonnerie du réveil retentit. Je sais alors qu’il me reste deux fois 8 minutes de bonheur entre ses bras, le temps pour les sonneries numéro deux et trois d’achever de nous tirer du sommeil. Certains jours, le chat veut aussi son comptant de cajoleries et, tous les trois, je me demande si l’on ne se croit pas tout simplement au paradis.

+ J’aime la première goutte d’eau chaude, le matin, lorsqu’elle coule entre mes cheveux et que ça provoque un drôle de frisson, incommodant et addictif.

+ J’aime le thé, toujours un peu trop infusé, qu’il a préparé pendant que je barbotait sous l’eau chaude. J’aime quand, par un heureux hasard, le timing est parfait et que mon « earl grey impérial » est pile à la bonne température.

+ J’aime lorsqu’au moment de l’embrasser avant qu’il aille travailler, je discerne le parfum de cette nouvelle crème que je lui ai achetée pour donner le teint frais. Il n’en a pas fait grand cas devant moi, mais j’aime savoir que, sans me le dire, il l’a utilisée.

+ J’aime quand, à sa façon de me regarder, je comprends qu’il attend mon avis sur la façon dont il est habillé. J’aime qu’il aime que je le trouve beau.

+ J’aime lorsque, à onze heures tapantes, le chat vient se frotter à mes mollets et que le mercredi, exactement à la même heure, le numéro de Mamie s’affiche sur l’écran de mon téléphone fixe. Et qu’il me laisse un petit message sur mon téléphone portable (il m’a passé un petit coup de fil juste avant d’aller déjeuner, mais comme je suis avec mamie…)

+ J’aime qu’il m’appelle avant de partir du travail.

+ J’aime que notre premier geste, lorsqu’il rentre le soir, soit de nous embrasser. J’aime le moment où l’on se demande l’un à l’autre comment s’est passé la journée. Et qu’on raconte.

+ J’aime cette façon que nous avons, tous les jours sans exception, de nous regarder avec des airs de chiens battus pour se demander ce que nous allons bien pouvoir manger ce soir.

+ J’aime paresser sur le canapé en m’appuyant sur lui pendant que le chat navigue entre ses genoux et les miens.

+ J’aime quand il me dit qu’il m’aime. Même si c’est la septième fois aujourd’hui. Même si c’est la centième.

+ J’aime quand je sais déjà ce qu’il va dire ou faire.

Et tant et tant d’autres petites choses rituelles et quotidiennes entre nous deux. C’est drôle que les gens pensent que c’est ce qui détruit les couples. Il me semble à moi que, tout au contraire, c’est ce qui le cimente.

PPS : Je n’ai pas été très présente, ces jours-ci. Après ces quelques mois de travail sans souffler ne serait-ce qu’un week-end (je viens de terminer deux livres et la semaine dernière à été, c’est le moins qu’on puisse dire haute en couleurs), j’ai besoin de prendre un peu le temps de respirer de et faire les choses à mon rythme.