Tout est calme
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Dimanche matin, les yeux perdus dans le coton du ciel. Dans la cour, les cent fenêtres des immeubles alentours sont encore closes. Seul résonne au loin le cliquetis léger de ce qui doit être un réveil réglé sur une sonnerie douce (quelques notes de harpe électronique sans doute). Pas un bruit de fourchette, ni même l’odeur acide d’un café noir.
Il est inhabituel, ce silence, presque incongru alors qu’à quelques mètres, le métro crisse allègrement sur les rails des lignes aériennes. Dehors, personne pour battre le pavé. Sur le boulevard, les voitures, anecdotiques, semblent rouler à petit pas comptés pour se faire oublier.
Le vent ne siffle pas entre les toits, comme à l’accoutumée : il chuchote. Si l’on tend bien l’oreille, on peut même raisonnablement penser qu’il se tait. Calé sur un coussin, le chat rêve en silence comme les chats savent faire. Dans la chambre à côté, un homme dort ou peut-être fait-il seulement semblant car ses yeux papillonnent. Une façon nonchalante de participer au silence, le prolonger un peu avant de plonger dans le jour.
Soudain, dans la cour, surgi d’on ne sait-où, le tintement d’une eau qui coule. On voudrait croire une source fantastique, même si à l’évidence, n’y a dans ce prodige aucune magie autre que celle d’un voisin qui s’éveille, pressé sans doute, de faire chauffer le thé.
Dans quelques minutes résonneront des voix d’enfants, le bouillonnement de l’eau dans les bouilloires et le cliquetis des chariots qui s’en vont au marché. Mais en cet instant précis, à la fenêtre ouverte, on peut entendre le froissement des ailes d’un oiseau qui se pose, les pages du livre que l’on tourne, le crissement des ongles sur le papier. Même l’avion qui passe, au loin, à des kilomètres de là semble murmurer une chanson.



