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De l’autre côté du Paradis

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Elle est étrange, ne trouvez-vous pas, cette idée que l’on se fait souvent des contours physiques du Paradis? Demandez à n’importe qui dans la rue de décrire la première image qui lui vient et vous obtiendrez sans doute les mots clef « plage », « sable fin », cocotiers », « eau bleue ». C’est à peu près la description que j’aurais pu faire également, mais je me demande pour quelle raison, au juste. Pourquoi tout cela évoque une idée de plénitude si totale qu’on l’associe à la perfection sur terre? Toujours est-il qu’en arrivant à Maurice, j’étais impatiente de les voir enfin, ces fameuses images terrestres de l’Éden, hâte de tester les effets qu’elles auraient sur moi. Ici, à Maurice, elles portent les noms de l’île Plate ou de l’îlot Bénitier, deux petites îles désertes sur lesquelles les mauriciens eux-mêmes ne sont autorisés à pénétrer qu’à certaines conditions.

Soyons clairs : il n’y a pas à tortiller, le Paradis, c’est vraiment très très beau. Vraiment. Les premières secondes sur l’île, juste avant de poser le pied à terre, sont éblouissantes. Tout est là, comme dans les rêves, rigoureusement à la bonne place, dans les bonnes teintes et à la température idéale.

C’est vraiment beau, donc. Mais… finalement pas tellement plus que toutes ces publicités dont on est abreuvés depuis l’enfance. Je suis sûre que si on s’amusait à établir des statistiques, le français moyen a vu en photo davantage de plages de sable fin et de cocotiers que de champs de luzerne, au cours de sa vie. Ainsi, alors que j’aurais dû songer immédiatement à Robinson Crusoë, l’un de mes livres favoris, je pensais aux publicités du métro parisien. Au lieu de me trouver dans un roman, j’avais la sensation d’avoir plongé dans une publicité et n’étais plus certaine que la couleur de l’eau ne venait pas, comme moi, d’un filtre Photoshop pas vraiment maîtrisé.

Ce décor-là, à travers lequel on se promène en silence parce qu’il n’y a vraiment rien à faire d’autre, on le connaît déjà, en fait. Je veux dire : le fait de s’y trouver ne change pas grand chose à l’affaire. On se balade au bord de l’eau, on prend un bain en s’extasiant sur la température de l’océan, sur les reflets turquoise à la surface… mais il y a quelque chose d’angoissant à reproduire ces gestes, si bien copiés sur ceux des mannequins spécialistes de la posture bonheur qu’on voit sur les grands quatre par trois des stations parisiennes. Et sans le secours de mon appareil photo, je me demande encore comment j’aurais pu occuper les trois heures d’escale, sur ces petits bouts de Paradis.

Le plus étrange dans tout cela : je découvre aujourd’hui que j’ai plus de plaisir à regarder ces photographies que je n’en ai eu au moment où je les prenais. Le Paradis, sans doute, est retourné à son monde de papier et c’est très bien comme ça. Je commence à comprendre que ces lieux sont moins fait pour vivre une expérience que pour se fabriquer de beaux souvenirs. Pourquoi pas, après tout.

Contre toute attente, j’ai préféré de beaucoup ce qui se trouvait de l’autre côté du Paradis sur l’Île Maurice : les plages publiques qui semblent décevoir si souvent les touristes. Toutes petites, jamais très nettes, mais pleines de vie, elles ont un petit goût de « comme à la maison », on s’y sent chez soi, accueilli par quelque chose de familier.

Les mauriciens viennent s’y délasser sous des auvents de fortune fabriqués avec un paréo et les branches des arbres alentours. La musique retentit toujours de quelque part : une guitare, un transistor, la sono de l’hôtel d’à côté… On trouve des restes des noix de coco, une odeur de barbecue mal éteint, les sirènes musicales des vendeurs de glaces qui sillonnent la côte dans leur van multicolore, les jeux des enfants à la tombée du jour qu’accompagnent les babillages tranquilles des mères de famille qui surveillent d’un œil faussement distrait la baignade, les allers et venues des bateaux de pêcheurs. Du Paradis, on espère repartir bien vite. On le savait déjà, en fait : ça n’est pas tellement fait pour l’humanité, le Paradis. Alors que ce fouillis indolent des plages publiques, lui oui, il vous fait réellement pousser l’envie de s’installer la-bas pour toujours.

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30 réflexions sur “De l’autre côté du Paradis”

  1. C’est drole, je n’ai jamais ressenti cette drole d’impression que tu decris. Peut-etre parce que pour moi, l’eau turquoise et les cocotiers ont ete les champs de luzerne de mon enfance ?
    En revanche, je comprends tout a fait ton sentiment quant aux « vraies plages » mauriciennes : Maurice hors des autoroutes touristiques a une douceur incroyable, suffisamment eloignee de la carte postale pour pouvoir toucher du doigt la vraie Ile Maurice. Et je crois bien, finalement, qu’il en est de meme pour chaque destination. Sortir des attractions imposees est toujours benefique.

  2. J’ai quasiment la même photo que toi ! (du Morne, prise de l’îlot Bénitier, avec cet arbre en premier plan). Je l’avais prise pendant mon voyage de noces. Une des choses que j’avais préféré à Maurice, c’est les bus : chaque conducteur personnalise le sien avec musique, pampilles multicolores, posters, figurines etc..
    Merci pour le partage de tes souvenirs, ça me rappelle les miens ;)

  3. Je suis d’accord avec toi, on s’ennuie vite au Paradis ! Ça paraît fou à dire, mais c’est trop vrai.
    Ce n’est pas ce qui nous rend heureux profondément. le Paradis peut aussi se transformer en enfer, puisqu’en fait le bonheur ne dépend pas des éléments extérieurs à soi, il est tout simple, à notre portée, au fond de nous.
    Ceci dit, j’irai bien goûter à l’eau chaude aux reflets turquoises 20 minutes, surtout avec cette chaleur caniculaire. C’est aussi le propre de l’esprit humain, vouloir toujours ce qu’il n’a pas :)
    Des bises :coeur

  4. C’est exactement le même sentiment qui est ressorti de mon récent séjour sur l’île… sur le moment bien sûr, la plénitude, l’émerveillement et l’hébétude somnolente crée par la chaleur assommante, mais ce n’est qu’ensuite, une fois la grisaille retrouvée et les photos dûment enregistrées que j’ai pu prendre plaisir à re-voyager, par la pensée, et déguster tous ces instants que je n’avais vécu qu’à travers l’objectif…

    L’île maurice est donc un bon investissement : une semaine de voyage, des milliers de kilomètres et de photos, des années de voyages et de souvenirs à déguster…

    Bises.

  5. Encore une fois, tu réussis à mettre des mots sur des émotions déjà ressenties mais que je n’arrivais pas à décrire. Cette phrase est parfaite : « Je commence à comprendre que ces lieux sont moins fait pour vivre une expérience que pour se fabriquer de beaux souvenirs. » C’est exactement ce que j’ai ressenti à Tahiti !

  6. Je ne suis jamais vraiment allée au Paradis, c’est donc difficile pour moi de te donner mon avis sur la question. Mais je peux comprendre ce que tu as ressenti et je trouve qu’une fois de plus, tu as magnifiquement bien réussi à mettre le doigt sur quelque chose de subtil, d’imperceptible. Ces choses que plein de personnes doivent ressentir sans jamais pouvoir mettre de mots dessus. Tu es décidément très très forte pour cela ! :)

    Enfin, je suis très contente que tu recommences à écrire des billets doux. Hier encore, je suis passée ici (bien que je te suive sur Hellocoton) et je me demandais bien pourquoi tu ne continuais pas le récit de ton séjour à Maurice!

  7. Je ne partage pas du tout non plus cette vision. J’ai passé 3 semaines au paradis (Philippines, 7000 îles, dont 3000 inhabitées) et j’ai vraiment atteint les moments de plénitude sur les petites îles désertes. Pour celà il suffit de louer les services d’un bateau de pécheur, et de le laisser faire du island hoping, d’ile déserte en ile déserte.
    J’ai atteint le summum du bonheur le jour ou l’ile déserte d’en face m’attirait tant que j’y suis allée à la nage, que j’y ai trouvé milles trésors recrachés par la mer, que j’ai parcuru ce bout de place seule, que j’ai entassé tout ces magnifiques coquillages contre mon torse et que je suis revenue à la nage, sans les bras, juste avec les pieds, pour en prendre quelques uns avec moi. Et que j’ai au passage dépassé mes limites (je sais très mal nager). D’ailleurs, quand j’ai besoin de me retrouver dans mon petit bout de paradis pour me relaxer, c’est là bas que je retourne mentalement. Et ca n’enlève rien aux moments que j’ai passé avec les philippins, les moments ou nous avons été invités à manger chez eux, les moments ou l’unique infirmière du village m’a soignée de ma pneumonie et ou ou en échange nous l’avons aidée à payer les médicaments pour qu’une mourante de là bas parte en paix. Mais les plages ne sont pour moi magiques qu’en solitaire sourit

  8. Je n’ai pas fait Maurice, en revanche j’avais été enchantée par ma lune de miel aux Seychelles. Éblouie.
    Cependant, je ne pense pas que j’y retournerais un jour, trop peur de ne plus goûter cet état de béatitude !

  9. C’est parce qu’elles t’ont fait apprécié toutes les petites choses de l’autre coté du Paradis (odeur, saveur, son, couleurs), que les plages de celui-ci sont aussi bien utiles. Garde bien la clé de ce Paradis !!

  10. Merci pour ton texte. Tu trouve tjrs les mots justes pour décrire ce que tu ressent… C’est très agréable, pour nous, lecteurs.
    Les photos sont sublimes, et me font rêver…

  11. Je crois bien être à la fois d’accord avec ce que tu dis, mais aussi en désaccord. Ainsi pour ne pas épiloguer, je dirai simplement que ces photos font drôlement rêver quand même; même si mon paradis à moi, c’est la campagne :)

  12. Ton texte est surprenant de premier abord, et finalement je le trouve très juste. Je ne suis pas une grande fan des cartes postales imposées et je pense que l’émotion qui nous gagne face à un paysage est tellement subjective qu’elle ne peut être dictée par une quelconque publicité…
    Merci pour ta vision si personnelle du paradis ! :)

  13. Je me disais que je connais ces photos! Bien sur, c’est mon île!! Ça me manque, mais j’y retourne en Août! J’y vais pour 1 mois, j’ai hâte!!

    Grosse bises!

  14. Ton récit me touche parce que je pense la même chose. A force de voir des cartes postales qui se ressemblent toutes, on a l’impression que certains paysages sont familiers alors qu’on ne les a jamais approché. Ce qui m’a plu à l’Ile Maurice c’est l’arrière pays, les plages publiques (qui se font de plus en plus rares) les gens, les marchés, les voitures qui roulent comme des dingues, les chiens qui t’obligent à freiner à la dernière minute. Le fait de rouler à gauche, de conduire à l’anglaise. Le fait de voir que cette île n’est pas parfaite, qu’elle recelle bien d’autres trésors que ses plages. Et dire que d’ici 2050 cette île risque d’être rayée de la carte à cause de la montée des eaux. MOn cas est un peu particulier car mon mari est mauricien et je connais donc la facette, hôtels et spa de luxe mêlée à la vie quotidienne puisque une partie de sa famille est encore là bas, que les « anciennes » sont toujours en saris et que les mariages hindous ou tamoules sont toujours aussi beaux.

  15. Des photos totalement magiques en tout cas!^^
    Mais je crois que je comprends … ;-)
    Par ailleurs certains lieux dont on a trop rêvé ou imaginé, lorsqu’on les voit en vrai, nous sommes irréels, et nous nous ne réalisons pas tout à fait que nous les avons vu et y avons été.
    De cette façon, ils gardent aussi leur part de magie ;-)

  16. Je suis bien heureuse de lire ces lignes. Je cherche depuis mon retour de Maurice d’où vient cette étrange sensation de ne pas avoir palpé le bonheur tant promis par les campagnes publicitaires des professionnels du voyage. Pourtant tout y était: le ciel solaire, la mer merveille, le sable souple et les couleurs iréelles! Il nous faut un peu de surprise, c’est quand même triste d’avoir vu le plus beau de Maurice avant d’y aller! Bravo pour l’article et les photos!

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