Au tout début des années soixante
Tags: années soixante • Contes fillosophiques • madmen • série télé
Mon grand-père, qui a fêté hier ses 89 ans, était un homme dans la force de l’âge au début des années soixante. En témoignent les cartons de photographies noir et blancs qui regorgent des tiroirs du salon de mes grands parents, l’écrin qui contient quelques très belles paires de boutons de manchettes, deux ou trois pinces à cravate, un certain nombre de vêtements si solides et bien coupés que cinquante ans plus tard, il les porte encore et surtout, les tonnes d’histoires, émaillés de « mais non chéri, tu te trompes, ça ne s’est pas passé comme ça », qu’ils nous racontent depuis toujours et qu’on entend chaque fois avec le même plaisir.
Mon grand-père appartient à ces hommes qui ont été heureux, je crois, de vivre à cette période où les messieurs commandaient, possédaient, portaient seuls la gloire d’une certaine réussite sociale, la responsabilité matérielle d’une famille et le pouvoir qui en découle de dicter à chacun sa façon de penser. Sur ce sujet précis, nous avons une tradition, tous les deux : nous nous querellons chaque fois que l’occasion se présente.
Sa façon de se faire servir par ma grand-mère, la soumission de celle-ci qui n’ose jamais rien plus que marmonner dans son dos en faisant la vaisselle, cet air de prendre pour acquis qu’on se tait quand il parle et cette certitude, au fond, qu’il a toujours raison en particulier quand c’est une dame qui s’oppose à lui dans le débat, me hérissent le poil.
On se dispute sans cesse, toujours à la fin des repas. Je frappe du poing sur la table pour montrer que les femmes d’aujourd’hui ont leur mot à dire, il tape du poing à son tour pour démontrer je-ne-sais quelle cause perdue, le ton monte, on se fâche tout rouge et pour finir, nous nous embrassons en riant, chacun plus que jamais campé sur ses positions, autour d’un café copieusement arrosé d’eau de vie.
La série MadMen, coqueluche absolue de mes soirées télé, retrace la vie d’un groupe de personnes au début des années soixante. C’est l’histoire d’un milieu plutôt aisé (une agence de publicité) où les messieurs sont seuls aux commandes du monde, pendant que les femmes se contentent du secrétariat ou de la vie à la maison et où les codes qui régissent la vie sociale n’ont plus grand chose à voir avec les nôtres. Lorsque je regarde cette série, c’est un peu comme si sous mes yeux s’animaient les photos entassées dans les cartons de mes grands-parents.
Je vois les robes en nid d’abeille ou en coton épais à la coupe irréprochable que ma grand-mère confectionnait elle-même ; un petit taille trente six – ma grand-mère est une lilliputienne moulée dans un format mannequin – dont certains exemplaires non réquisitionnés par ma cousine dorment encore aujourd’hui dans ses placards. Je vois ses bijoux fantaisie, leur façon de fumer cigarette sur cigarette dans les lieux les plus improbables (dans un cabinet médical, par exemple), l’absence de ceinture à l’avant des voitures, mais surtout une forme de liberté désormais disparue et avec elle, paradoxalement, des tonneaux de carcans et de codes qui n’ont plus cours depuis longtemps.
Je me demande de quel œil nos grands-parents verraient cette série? Il faudra que je le leur demande.
Je vous emmène aujourd’hui rue Keller, dans le onzième arrondissement, dans une petite boutique que vous connaissez peut-être car c’est aussi un magasin en ligne, et dont la sélection n’en finit pas de me séduire : Loulou Addict.
Ici, l’air fleure bon l’ambiance d’une maison de famille où on devinerait un reste de l’enfance au fond des prunelles des parents. Une maison de famille où le mot d’ordre serait la joie de vivre et où les couleurs jailliraient de partout comme une multitude de petits feux d’artifice.
Chaque objet projette une image de la vie quotidienne telle qu’on aimerait toujours qu’elle soit. Ici de grands bols à pois pour prendre un thé au lait installé au bar de la cuisine, le visage chauffé par un rai de lumière. Là un bac de curieux ustensiles qu’on imagine parfaits pour une séance confection de gâteaux aux yaourt avec une paire de petits monstres énergiquement décidés à mettre la pagaille. Et là, encore, ces savons artistiquement emballés dans des papiers précieux comme ceux qu’on aimerait mettre à disposition sur le rebord de la baignoire, dans le cabinet de toilette d’une chambre d’amis donnant sur un joli jardin. Tout, ici, semble sélectionné pour le plaisir de vivre ensemble.
On trouve, pêle-mêle : des mini-tupperware de toutes les couleurs (8€ les 12!), de la toile cirée au mètre et des torchons fleuris, des boules à thé (plus-anglais-tu-meurs), de jolis coussins de toutes les formes et des guitare en peluche, quelques bijoux, des thermocollants Tour-Eiffel et des carnets Orla Kiely, des chaussettes de lumière en maille métallisée pour les petits loups, quelques jouets de-ci de-là et plein d’autres choses encore dont une belle sélection de produits Rice et Green Gate (quoi? Vous ne connaissez pas Rice et Green Gate???)
Quand on passe la porte, c’est un peu comme si on était attendu et que Cécile, propriétaire des lieux, nous recevait chez elle… Hop, je me tais. Place aux images et bonnes journée tout le monde!
Loulou Addict
25 rue Keller – 75011 Paris
Le site internet de la boutique : www.loulouaddict.com
Le blog : http://loulouaddict.canalblog.com
(ci-dessus, le sous-sol de la boutique, quelques mètres carrés dédiés aux enfants, les vrais, cette fois!)
La petite licorne
Tags: cadeau • idée cadeau • inspiration • kistch • licorne • Photo
Autour d’un café, deux jeunes femmes attablées en terrasse s’échangent les petits cadeaux qu’elles se sont faits l’une l’autre pendant leurs vacances respectives. Sur la table, parmi les papiers colorés, on ne trouve rien de grande valeur, seulement quelques babioles : un foulard trouvé sur un marché pour quelques euros, un flacon de vernis couleur pistache et de bonnes choses à grignoter… L’une et l’autre commentent leurs achats à tour de rôle, toutes deux roses de plaisir, impatientes de contempler la justesse de leurs choix, agrémentant la découverte de chaque petit présent d’un commentaire, d’une anecdote ou d’un « quand je l’ai vu, j’ai tout de suite pensé à toi ».
Je chavire, littéralement, devant les cadeaux que l’on fait à ses amis au retour de vacances. Ils disent tant de choses avec une pudeur adorable. J’aime le soin qu’on apporte à choisir des petits riens, sans grande valeur. Cette façon d’exprimer que ça ne nous a rien coûté, que ce petit cadeau de rien du tout traduit juste une pensée agréable qu’on a eu pour l’autre pendant son voyage, et la promesse d’un moment complice qu’on partagera avec plaisir à l’arrivée.
La petite licorne dorée qui illustre ce billet appartient à cette collection de petits cadeaux de retour de vacances. Elle ne vaut pas de l’or. Elle est toute petite, fragile et d’un kitsch insoutenable pour tout le monde, sans doute, à part pour celle qui me l’a offerte et moi-même. C’est un petit cadeau sur-mesure, la marque minuscule et précieuse d’un moment joyeux.















