La disparition
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Si je fais l’effort de me pencher à la fenêtre ou sortir sur le balcon, je peux apercevoir les deux derniers étages de la Tour Eiffel. Il serait de bon ton de clamer combien cette vision quotidienne me laisse froide (beaucoup de parisiens aiment à prétendre qu’elle n’est qu’un accroc vulgaire à la beauté du paysage, sans parler des illuminations grotesques imaginées pour divertir les touristes). S’il est un spectacle dont je ne me lasse pas, c’est pourtant celui-ci. La beauté changeante du ciel, un peu comme s’il s’était paré d’une rivière de diamants. Quelle que soit l’heure du jour, cette image a quelque chose d’insensé.
Mon moment préféré : les quelques minutes que durent la tombée du jour lorsque le ciel est lourd de nuages sur le point d’éclater en pluie. Alors que la Tour Eiffel s’éclaire, il prend une teinte grise mêlée de mauve sombre, une couleur que je ne suis jamais parvenues à reproduire. Hier soir, justement, je me suis essayée à cela. Sans succès : en quelques minutes, la nuit était là.
Mais ce matin, une chose inouïe que je n’avais encore jamais vue s’est produite : dans le brouillard, la tour avait entièrement disparu. Totalement indécelable. Pfuit. Avant de comprendre qu’il n’y avait là qu’un effet de la brume, un tour de passe passe enfantin, l’espace d’un millième de seconde un minuscule éclair m’a traversé le cœur, comme si j’avais passé ces cinq dernières années à rêver les yeux ouverts et qu’elle n’avait jamais brillé que dans mon imagination, un peu comme lorsqu’on émerge d’un rêve…
Je vous laisse avec quelques photos prises hier soir. Le résultat n’est pas celui que j’espérais, mais j’aime beaucoup le bleu profond du ciel.
Dans la famille, dès que les enfants étaient en âge de se tenir à genoux au pied de leur lit, la prière du soir était une tradition à laquelle il n’était pas envisageable d’échapper. Nous étions cinq petits enfants rassemblés sous le crucifix et Notre Père qui est aux cieux avait les oreilles qui sifflaient, je peux vous dire. C’est ainsi que, chaque jour, aux alentours de vingt et une heure, je demandais machinalement au très haut de bénir papa, maman et tout ceux que j’aime ; et faire que je sois une bonne petite fille.
Évidemment, à l’instant ou j’ai été jugée assez responsable pour effectuer moi-même ce rituel, dans la solitude d’une chambre individuelle, j’ai préféré tourner mes réflexions vers des choses plus sérieuses : les yeux verts de Richard, assis au premier rang de la classe ou bien ce nouveau pull Oxbow vers lequel tous mes espoirs vestimentaires étaient alors tournés. Et il n’a plus été question de prière qu’en de rares occasions.
Reste que d’une façon ou d’une autre cette histoire d’être une bonne petite fille ne m’a jamais quitté. Comme si j’avais invoqué quelque esprit par une formule ésotérique, après avoir demandé un million de fois à devenir gentille, j’ai finalement été exaucée.
Hélas, c’est loin d’être une aussi bonne chose qu’on peut l’imaginer. Car voyez vous, alors que d’autres se délectent en tout impunité de leurs petits larcins, si je tente une timide embardée sur des chemins moins pavés de sourires, la sentence est immédiate : je suis punie.
Que je cancane un peu sur telle personne pour évoquer des choses aussi bénignes que sa culotte de cheval ou son goût déplorable en matière d’ameublement, on peut être certain que ça ne prendra pas deux heures pour lui arriver aux oreilles.
Que je me montre un peu moins affable que de coutume avec mon odieuse boulangère et voilà que mon pain n’est pas salé. Que je me moque une seconde de l’allure grotesque d’une jeune fille trop soucieuse à mon goût des dictats la mode, je me tord aussitôt une cheville.
Que je remette un travail en retard de quelques heures (quand d’autres se font un devoir de ne jamais rendre une copie moins d‘une semaine après la date butoir), je me retrouve immédiatement au coin avec un bonnet d’âne et un blâme.
Laissez-moi vous dire qu’à ce rythme on finit par se tenir à carreaux et que de gré ou de force on reste dans les rangs. Je me demande parfois si, comme ces personnes plus vertueuse par devoir que par inclination, je ne suis pas, en quelque sorte, condamnée à demeurer une bonne petite fille… Ce qui est certain en tout cas, c’est que la prochaine fois que je formule un vœu dans une prière, je demanderai quelque chose d’un peu plus rock’n roll.
Credit illustration : Je ne suis pas parvenue à trouver l’auteur de ce dessin, si quelqu’un a une piste, qu’il n’hésite pas à me le faire savoir.
Un petit interlude gourmand, aujourd’hui, pour vous parler d’une douceur. J’ai découvert ça cet été à Rennes et depuis, impossible d’en trouver à Paris. Il a fallu que j’établisse un réseau de distribution parallèle pour me les procurer, mais je ne désespère par de les voir arriver un jour en face des caisses des supermarchés parisiens.
Donc. Depuis que j’ai cessé de manger de la viande, il m’a aussi fallu renoncer à quelque chose de beaucoup, beaucoup plus grave à mes yeux : les bonbons gélifiés, qui affichent presque tous une composition à base de gélatine animale. Mon péché préféré. Quand je suis tombée sur ces sachets apparemment 100% fruits, c’est peu de dire que je me suis ruée dessus.
Il s’agit, en effet, d’une sorte de pâte de fruits réalisée uniquement avec… des fruits. C’est à dire sans sucre, ni colorant ou aucune autre des cochonneries que l’on trouve traditionnellement dans les bonbons. Car soyons clairs, malgré la promesse « en cas fruité, bon pour la santé », on a plutôt l’impression d’engloutir un paquet de bonbons. Tout ce que je cherchais.
Évidemment, privée du sucre et de l’élasticité de la gélatine, la texture est beaucoup moins souple que celle d’une pâte de fruits ordinaire et la couleur n’est pas non plus des plus appétissantes. Par contre, je préfère l’équilibre sucre-acide et contrairement à un bonbon, ces petits carrés sont vraiment nourrissants. Après avoir grignoté le paquet, on se sent rassasié comme si on venait de manger une pomme. Non pas que je me sente particulièrement coupable après avoir avalé un paquet de carambars, mais enfin, c’est toujours ça de gagné.
Surtout, il s’agit d’une saveur vraiment nouvelle ce qui, en soi, me plaît de toute façon. Je n’ai goûté que les carrés au cassis (yum!) et ceux à la pêche (bof), mais ils existent aussi en version fraise et framboise. Normalement, on les trouve avec les tic-tacs, chewing-gums et autres bidules qu’on attrape machinalement en attendant de passer à la caisse. Du coup, je n’ai pas fait attention au prix.
Maintenant, une question me taraude : y aurait-il moyen d’intégrer ces petites choses à des recettes? Je ne sais pas, dans un cake en tout petits morceaux façon fruits confits, par exemple. Tiens, cette idée me fait monter l’eau à la bouche: c’est plutôt bon signe. Il va falloir que j’essaie ça. Bonne journée!
EDIT : Bien, en fait, après avoir fait mes courses ce midi, il semblerait qu’on les trouve chez Monoprix, y compris à Paris. J’ai donc de quoi me ravitailler facilement désormais. Merci pour vos propositions de petits colis, vous êtes des amours !








