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Forever dolphin love

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Une séance de plongée avec des dauphins. C’était programmé noir sur blanc, sur le plan de voyage annoncé par l’agence. Mais le jour de l’embarquement à bord du Chaka, au moment où je commençais à faire part de mon enthousiasme sur le sujet, la personne chargée d’accueillir les passagers s’est empressée de nous refroidir sur les conditions de ces séances de natation.

Les dauphins viennent en nombre chercher le repos, à l’abri des prédateurs, dans la baie de Tamarin. Assurés de cette abondance, des nuées de bateaux chargés de plongeurs se précipitent chaque jour, pourchassant les groupes de leurs assiduités et ne laissant finalement aux mammifères que peu d’occasions de se reposer. Il n’en a, évidemment, pas fallu davantage pour me convaincre de renoncer à cette idée d’aller grossir le lot des importuns.

Mais nous avons eu une chance inouïe. Au large des côtes, la veille de cette fameuse escale dans la baie du Morne où viennent jouer des dauphins, nous avons croisé ce groupe – d’une espèce différente de ceux qu’on peut voir habituellement dans la baie – qui se sont longuement amusés à suivre, puis dépasser le bateau. On les appelle les dauphins Choux-Fleur.

Nous les regardions, déjà émerveillés par le simple plaisir de pouvoir les contempler quand la voix chaleureuse de Jerry, notre skipper, a chantonné une phrase inattendue. La profondeur de l’eau affichait, pour indiquer sa profondeur, des reflets de bleu qui tiraient largement sur le noir, et nous étions au large ; assez en tout cas pour que mes sonnettes d’alarme de nageuse honnête et habituée à l’eau retentissent sous mon crâne. Je crois encore l’entendre, cette petite phrase : « Bon alors, qui veut plonger? »

Le connexions de mon cerveau n’ont jamais été plus rapides : je n’ai pas réfléchi une seconde. Alors que mes compagnons de voyage se montraient tout à coup circonspects à l’idée d’aller nager parmi ces grands animaux, j’étais déjà dans l’eau, le cœur affichant des pics d’affolement délirants, l’esprit plongé dans un état de parfaite confusion mentale.

Pour rejoindre les dauphins (parce qu’il faut aller les rejoindre ces bestiaux, ne croyez pas que c’est si simple cette histoire), j’ai dû boire la tasse une bonne demi douzaine de fois, d’impatience et de fébrilité, oubliant complètement cette information de base : pour que le tuba vous permette de respirer, encore faut-il penser à le maintenir hors de l’eau.

À la réflexion, je me demande si ce sont pas eux, les dauphins, qui viennent trouver ici une bonne occasion de se divertir devant les animaux bizarres que nous devons représenter pour eux. Côté dauphins, le spectacle n’était pas triste : je suffoquais et toussais en même temps, pleurais plus ou moins d’émotion dans mon masque, battais des palmes de façon désordonnée et souriais à m’en décrocher la mâchoire, dents serrés à faire mal autour de mon tuba plein de flotte.

Mais mon Dieu que ces minutes-là ont été belles.

Le capitaine lui-même qui en a vu, pourtant, des touristes complètement hébétés devant ce spectacle, a paru gagné par mon enthousiasme en manœuvrant le bateau avec toute la dextérité possible afin d’amuser les dauphins pour qu’ils restent avec nous le plus longtemps possible. Mais ma petite victoire sera sans aucun doute d’avoir contaminé les autres passagers, qui se sont finalement jetés à l’eau peu de temps après moi.

Cet après-midi là, nous avons communiqué dans un anglais qui n’avait aucun sens et dans lequel nous nous sommes parfaitement compris. Souvent d’ailleurs, on ne parlait pas, sauf les yeux des uns et des autres qui, quand ils se croisaient, se contentaient de répéter à l’infini : « c’était bien, hein. C’était tellement bien. Rahhh, oui alors, qu’est-ce que c’était bien… »

Tout de même, c’est un peu étrange cette histoire d’être heureux comme c’est pas permis, simplement pour avoir passé quelques minutes avec ces grands mammifères, non? En tout cas, j’ai passé le reste de la journée à me demander d’où il pouvait bien sortir, tout ce bonheur-là qui s’échappait de nous quatre.

Est-ce que c’était pour les mêmes raisons, ou bien avions-nous chacune les nôtres, qui obéissent à de petits ressorts intimes qu’on serait bien incapable d’identifier? Est-ce la satisfaction toute simple d’avoir dominé cette crainte qui existe forcément, à un degré ou à un autre, au moment d’aller au-devant de ces grands animaux souriants certes, mais tellement plus puissants que nous? Ou alors de s’être montré confiants face à plus fort que nous, simplement confiants avec tout ce que cela exige d’abandon de soi?

Ou peut-être que ça réveillait seulement de vieux rêves de l’enfance. Je mentirais si je disais que je n’ai pas pensé un seul instant au regard fanatique et merveilleux de Jean-Marc Barr dans le Grand Bleu, LE film culte de mes dix ans. Et à mon amie L., évidemment, qui est océanologue aujourd’hui et avec laquelle nous rêvions de longues heures à toute sorte d’aventures aquatiques, les yeux ouverts sur le plafond de sa chambre.

Ce dont je suis sûre, en tout cas, c’est que cette fille, là, sur la photo, qui attrape à la hâte un masque et un tuba sans même s’apercevoir que ce ne sont pas les siens et qui, dans quelques secondes, aura regardé des dauphins dans les yeux pour la première fois de sa vie, cette fille-là aura un petit quelque chose de changé, après. Même si elle n’a toujours pas bien compris quoi.

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Note : Le titre de ce billet, Forever Dolphin Love est emprunté à celui du superbe album de Connan Mockasin, et à la chanson qui porte le même nom.

55 réflexions sur “Forever dolphin love”

  1. quelle belle histoire et quelle jolie expérience! j’aime beaucoup la façon dont tu sais mettre les mots sur ce qui t’arrive…
    quelle est la particularité d’un dauphin chou-fleur? sont-ils différents de ceux que l’on voit habituellement? (je dis ça comme si je croisais des dauphins à tous les coins de rues :)

  2. Superbe billet!!!
    Tu as su mettre des mots sur cet instant merveilleux, que j’ai aussi vécu à ma façon en Australie lorsque j’ai nagé avec une tortue: même sentiment d’urgence quand je l’ai vue passer juste à côté de moi, mêmes émotions fortes, et même intensité pour un souvenir qui restera gravé pour toujours au fond de moi. Tu as raison, depuis ce jour quelque chose a changé.

  3. Quelle chance inouie tu as eu de pouvoir les approcher, les cotoyer pendant quelques minutes… je comprends que tu te sois sentie transformée après… on s’évade totalement en compagnie de ces mammifères… ce que j’aimerais pouvoir en faire autant :)

  4. Je ne sais pas si j’aurais osé mais en tout cas c’est très beau à regarder :-) Et c’est clair que ça a du être un super moment inoubliable qui restera pour toujours dans ton coeur !

  5. :coeur :coeur :coeur C’est mon rêve que tu as réalisé là !! Mais je crois que c’est le rêve de beaucoup de monde. Quand même il faut du cran pour sauter direct dans l’eau virant au noir sans réfléchir.
    Ce doit être un moment complètement magique, inoubliable, oui qui te marque pour la vie.
    Bravo.
    Bises

  6. L'insatiable (Charlotte)

    Magnifique billet… Plein de douceur et de poésie…
    Cela donne envie de sortir et d’admirer la nature, de se réserver des petits moments hors du temps, de vivre des aventures inoubliables… de profiter de la vie tout simplement!

  7. J’ai pleuré en sentant passer tout près de moi un minuscule pingouin en Nouvelle Zélande. Il faisait nuit noire, nous ne voyions rien, nous les entendions et les « sentions » juste bouger autour de nous. Il ne fallait surtout pas les effrayer car la survie de leur petit en dépendait.
    C’était tellement magique que les larmes sont montées toutes seules.

    Nous approcher d’animaux sauvages, aussi gentils soient-ils, reste hors norme. Nous ne sommes pas grand chose nous petits hommes quand nous avançons « à nu », ces rencontres sont complètement exceptionnelles.

    Il y a moins de soleil, mais la Nouvelle-Zélande pour rencontrer plein d’animaux sauvages (des otaries, des lions de mer, des dauphins, des pingouins ou des baleines) est un pays merveilleux.
    Frissons et émotions incroyables garanties ou presque!

  8. Je t’envie tellement, si tu savais (oui, tu sais).
    Nous avions croisé un énorme banc (?) de dauphins au large de notre île aux Maldives, mais on n’avait pas le droit de plonger avec eux, ma plus grosse frustration !
    (en même temps, aurais-je surmonté ma peur ?)

  9. joli billet, qui m’a rappelé mon émotion animale lors d’une plongée aux Maldives où j’ai pu nager quelques instants avec une tortue marine, c’était beau, magique, comme au ralenti, un souvenir inoubliable !

  10. N’ayant pu, malgré mes démarches en ce sens, faire valoir mes droits en justice – j’ai en effet contacté des responsables, des institutions et personne n’a pour l’instant voulu m’apporter son soutien, pourtant nécessaire. Cela a eu toutefois le mérite de faire passer un petit peu mon témoignage – j’ai donc décidé de faire un scandale, le plus énorme possible et c’est pourquoi je fais circuler l’adresse de deux blogs que, pour l’instant, j’ai pu publier à la suite de ces démarches infructueuses, dans l’espoir qu’à force de tapage, cela suscite suffisamment d’interrogations de la part des gens pour que je puisse enfin voir les faits que je relate au moins examinés par la justice et être entendue. C’est tout ce que je demande.

    http://blog-etc-temoignage.blogspot.com/
    http://swaplitteraire-nina.blogspot.com/

  11. Ma fille rentre du Mexique ou elle a eu l’occasion de nager avec les requins baleines .. elle a eu le même discours que toi en me racontant sa rencontre avec ces grands mammifères , la peur mais aussi la joie et un souvenir merveilleux a tout jamais gravé au fond de son cœur !
    Merci pour ce joli billet

  12. C’est vraiment magique ce moment !

    On a les mêmes références en matière de dauphin; j’ai été moi aussi impressionnée petite par le film Le Grand Bleu, et j’ai rêvé aussi secrètement de vivre un instant comme celui-ci

    Et puis, j’ai eu cette chance aussi, en Polynésie; nous avons croisé un petit groupe de dauphins qui sont venus à notre rencontre et nous on suivi pendant un moment, c’était inattendu et c’est inoubliable :)

  13. j’ai déjà envie de pleurer,
    mon coeur bat la chamade
    et je n’ai encore jamais rencontré de dauphins.
    A te lire, j’en ai les frissons.

    J’ai côtoyé pas mal d’animaux lors de mes voyages, j’ai pu m’approcher de certains et partager
    des moments d’amour et de respect qui comme tu le dis, nous changent profondément, nous enveloppent et finalement, nous rendent meilleures, je trouve…

    Peut-être qu’un jour, je danserai avec eux, dans une harmonie parfaite, en toute humilité.
    Peut-être qu’un jour…

  14. oh quand tu fais l’allusion au regard merveilleux et fanatique de Jean-Marc Barr dans le Grand Bleu…

    C’était mon film culte, peut-être celui que j’ai le plus vu dans ma vie malgré sa longueur. Je l’ai revu récemment, j’avais peur qu’il n’ai plus la même saveur, et non je me suis trompée, je suis redevenue la jeune fille hébétée devant les premières images lorsque je l’avais vu au Grand Rex à sa sortie.

    Bref tout ça pour te dire que je suis contente pour toi d’avoir vécu ce moment si fort, que j’espère vivre un jour à mon tour. Pour me rattraper je pratique la plongée dont j’ai failli faire mon métier, mais pas eu la chance de croiser des dauphins jusqu’à aujourd’hui :)

  15. Ah tu ravives les souvenirs de mon aventure en Nouvelle-Zelande au debut du mois de mai et dont j’ai parle sur mon blog il y a quelques jours…C’etait magique et tu as tout a fait decrit mes emotions sur le coup…Grosse grosse envie de pleurer de bonheur meme quand j’y repense…ah que ne donnerais-je pas pour revivre ces instants…

  16. N’ayant pu, malgré mes démarches en ce sens, faire valoir mes droits en justice – j’ai en effet contacté des responsables, des institutions et personne n’a pour l’instant voulu m’apporter son soutien, pourtant nécessaire. Cela a eu toutefois le mérite de faire passer un petit peu mon témoignage – j’ai donc décidé de faire un scandale, le plus énorme possible et c’est pourquoi je fais circuler l’adresse de deux blogs que, pour l’instant, j’ai pu publier à la suite de ces démarches infructueuses, dans l’espoir qu’à force de tapage, cela suscite suffisamment d’interrogations de la part des gens pour que je puisse enfin voir les faits que je relate au moins examinés par la justice et être entendue. C’est tout ce que je demande.

    http://blog-etc-temoignage.blogspot.com/
    http://swaplitteraire-nina.blogspot.com/

  17. C’est génial la façon dont tu décris les belles choses comme celle-ci mais attention à ne pas tomber dans le gnangan…
    « j’ai poussé tout le monde à se jetter à l’eau » oh super mais peut être que les autres avaient tout simplement autant envie que toi d’aller voir ces créatures magnifiques….
    Tu as de la chance d’avoir une vie comme la tienne, tout le monde ne l’a pas.
    Bravo pour le texte :D

  18. C’est bien de la plus belle façon que tu as vu l’île Maurice. En bateau, la couleur de l’eau, la découpe de la côte, les îles. Merveilleux voyage, tu es rentrée à Paris et moi, j’y suis allée le 7 Juin sur cette île et je suis rentrée moi aussi mais je n’ai pas vu les dauphins. Peut-être une autre fois, qui c’est.
    Bonne soirée.
    Martine

  19. choupettechoup

    J’ai vécu un an et demi à Maurice, en 2009-2010, et j’ai également eu l’occasion à 3 reprises, de nager avec des dauphins : j’ai vécu exactement les mêmes choses que toi ! Excitation quand le skipper dit qu’on peut se mettre à l’eau, nage à fond les ballons pour les approcher (avec pas mal de tasses bues aussi !), fascination quand on les voit si près, dans l’eau, à travers le masque… J’en aurais pleuré de lire ton billet ! Que ça me manque ! Garde précieusement tes photos, tu seras tellement contente de les regarder plus tard…

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