De l’autre côté du périph

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Hey, coucou ici! Le temps passe vraiment si vite (je viens de regarder la date du dernier billet)(la honte)?

Que s’est-il passé depuis tout ce temps? Essentiellement de bonnes choses, en ce qui me concerne. Comme quoi, c’est souvent bénéfique de lever le pied. Principalement, ce qui s’est passé : un déménagement. Le quatrième en trois ans et j’espère bien le dernier avant un petit bout de temps.

Je me souviens de ce jour où, sur l’insistance d’une amie, nous avons consenti à prendre le RER pour aller découvrir ce à quoi pouvait ressembler cette petite ville du Val de Marne qu’elle nous vantait avec tant d’enthousiasme. Une petite ville où le métro ne passe même pas. Imaginez.

Pourtant, je me rappelle aussi très bien de cette phrase, dite un peu en l’air alors qu’une demie heure après avoir posé le pied dans la station de RER, émerveillée par cette sensation étrange de me trouver si loin de Paris, pendant que nous longions une ruelle bordée de jolies maisons : « Je crois que c’est ici que nous allons habiter ». J’ai dit ça sans y penser et certainement sans y croire. Finalement, huit bons mois plus tard, c’est effectivement à 100 mètres de cette ruelle que nous avons emménagé, il y a quelques semaines.

Sortir de Paris. Comme pour plein de gens, ce n’était pas vraiment un choix (il arrive un moment où la perspective de vivre dans une cage à lapin n’est plus vraiment considéré comme « un choix »). Pourtant, après quelques semaines, j’ai le sentiment que c’est exactement ce dont nous avions envie, sans oser franchir ce cap (par « cap », il faut comprendre : « périphérique »). Bref, nous voici en banlieue, heureux et finalement pas si étonnés de l’être.

La jeune femme de 25 ans que j’ai été a dû se pâmer d’horreur en apprenant que son futur la conduirait par delà les limites de la station Château de Vincennes.

Bref, pour le moment, nous vivons – les photos sont trompeuses – dans un bazar approximatif où chaque chose est posée là où il y a de la place. Par exemple, au moment où j’écris ces lignes, deux canapés sont entassés dans le salon : l’ancien attend de trouver un nouveau propriétaire ; le nouveau cherche encore sa place.

Enfin. Voilà quelques semaines que je rentre chaque jour chez moi sans trop y croire. Impressionnée par le calme, l’espace (relatif, tout de même) et la lumière. Comme je l’ai écrit à quelqu’un il y a quelques jours : j’ai l’impression que ma vie se rapproche de l’idée que je me fais de la vie. Alors autant dire que ça va bien.

Sinon, je suis toute excitée car je prépare un livre de DIY qui devrait arriver en librairie en septembre prochain. J’ai envie d’en parler tout le temps tant ce projet m’enthousiasme. D’ailleurs voilà : j’en parle tout le temps.

Et à propos de livre, il y a aussi celui-ci, Dis-moi Oui! qui est sorti il y a quelques semaines jours, que nous avons écrit ensemble avec Eleonore. C’est un livre sur le mariage – évidemment. Team Un Beau Jour oblige – avec des reportages de vrais mariages qui donnent envie de se marier, des DIY et de jolis conseils pour organiser cette journée. Nous avons beaucoup travaillé sur ce livre. Il fait partie de ceux que j’ai aimé écrire et dont j’aime le résultat et donc, si vous l’ouvrez, j’espère que vous l’aimerez aussi. Et puis, il est entouré d’une foule de bonnes fées : Sarah, Anne, Béatrice, Lisa, Anaïs, Laura, Krystèle, Eva… Ce qui fait que je l’aime encore plus.

Si vous avez envie de vous l’offrir, n’hésitez pas à l’acheter dans notre boutique, on vous le dédicacera avec plaisir (il y a un petit encart prévu pour le texte que vous voulez voir apparaître, au moment de la commande).

Oh ! Aussi! Super important : je ne sais pas si vous avez entendu parler de ce site vraiment chouette, Radioooooo. C’est une sorte de radio à remonter le temps avec des sélections musicales de plein de pays du monde, classées par décennie. Par exemple, vous pouvez écouter de la musique chilienne des années trente ou bien de la musique syrienne des années cinquante. La sélection musicale est – selon moi – irréprochable. Je n’écoute plus que ça depuis que le site a été lancé et je passe mon temps à noter les références des titres. Surtout, ne manquez pas d’aller y jeter un oeil.

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Cinquante choses pourtant passionnantes…

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Comme Caro, j’ai découvert il y a quelques jours les vidéos hypnotisantes d’Ina Mihalache alias Solange, du blog Solange te parle et comme Caro, je me suis laissée aspirer, littéralement, par ce mélange hyper séduisant d’étrangeté quelquefois dérangeante, de sensibilité et d’intelligence.

Parmi les vidéos, l’une d’entre elles, le classique « 50 choses dans le désordre à propos de l’auteur… » m’a donné envie de me plier à mon tour à ce petit jeu. Je ne suis pas sûre que ça ait le moindre intérêt de le publier, mais j’ai éprouvé une joie libératrice surprenante à écrire ça. Et surtout, j’ai fait une découverte importante à propos de ma manière d’écrire : je me suis rendue compte que le sujet qui m’intéresse le plus, lorsque j’écris, est bien ce thème là, la quête d’identité.

Ça m’a sauté aux yeux : tous les brouillons d’histoires qui traînent dans mon ordinateur, absolument tous tournent autour de ce thème, que mes personnages soient absolument fictifs ou un peu moins. Et d’ailleurs, il suffit aussi de parcourir ce blog pour s’en rendre compte. Pendant de longues heures, je suis restée sous le choc : comment une telle chose, si évidente, a-t-elle pu m’échapper pendant si longtemps ? Mais ce qui est extraordinaire, c’est que, grâce à ça, j’ai l’impression que je sais désormais dans quelle direction aller, tout me paraît plus clair. J’ai eu, comment dire ça… la sensation de me rapprocher de moi-même.

Bref. Voici cinquante choses pourtant passionnantes, dont vous n’avez strictement rien à faire.

- Je suis dotée d’une infinité de personnalités, dont une bonne partie que je n’ai pas encore découvertes. Comme tout le monde, je pense, c’est juste que j’en ai conscience.

- Je suis née dans la ville la plus déprimante qu’on puisse imaginer (Coutances). Ce qui a probablement contribué à développer mon imagination.

- Je crois en la réincarnation, et aussi que nous sommes tous une part de Dieu qui est tout, à l’intérieur et à l’extérieur de nous. Qu’une fleur, une fourmi, un oiseau, un humain, tout ça c’est du pareil au même, différentes apparences d’une même pâte.

- Je peux reproduire facilement n’importe quelle mélodie à l’oreille. Mes deux grands-pères avaient l’oreille absolue. Je n’ai malheureusement hérité que d’une infime partie de leur don.

- Je n’aime pas mes rides, pas vraiment à cause d’une question esthétique, mais parce qu’elles trahissent des choses de moi que je voudrais cacher. Elles me rendent vulnérable.

- J’adorais grignoter du papier. Voilà, c’est dit. Mes amis vont enfin pouvoir arrêter de menacer de révéler mon grand secret. Et je me permets de rappeler qu’il y a des choses bien plus dégueulasses, dans la vie, alors maintenant, ça va.

- Il peut m’arriver de ne pas finir ma phrase parce que je me sens émue, sans que je sache pourquoi et alors ma voix se brise. Dans ces cas-là, je me sens plus fragile qu’une aile de papillon. N’importe qui pourrait me déchirer d’un coup d’ongle.

- Je ne vote pas. Tant que le monde sera régi par des lois économiques, je considère que c’est mon comportement de consommatrice qui peut faire avancer les choses. C’est donc dans ce domaine que j’investis mes efforts quotidiennement, et par ce biais que je défend mes convictions. Et puis, si j’ai une chose vraiment importante à défendre, il y a bien d’autres manières de le faire qu’en votant.

- J’ai été chef des enfants de chœur, à la messe, pendant de longues, très longues années.

- Ce qui explique que je connaisse par cœur le Credo en latin. J’aime le réciter de temps en temps, même si aujourd’hui, Credo d’une manière différente.

- J’ai déjà fait des courses d’escargot (qu’est-ce qu’on s’emmerde).

- Il y a un petit grain de beauté sur ma narine gauche (ou droite, je sais plus), qui ressemble un peu, hélas, à une crotte de nez.

- Mon plus grand regret, concernant ce blog, c’est de ne pas m’être cachée/montrée derrière un pseudonyme. Tout aurait été tellement plus facile. C’est sans doute la raison pour laquelle il m’arrive de ne plus écrire dessus pendant de longues périodes, frustrée de ne pas pouvoir y raconter ce que j’ai envie de dire.

- J’ose pas demander à mes amis de faire un club de lecture avec moi.

- Avant, quand on jouait à « qu’est-ce qu’on serait si on était autre chose que soi », je répondais « un caillou ». Ce qui est toujours rigoureusement vrai, mais j’ai compris que ça fichait la trouille aux gens, que je dise ça. (pourquoi?) Maintenant, je dis que je voudrais être Kevin Richardson, le dresseur de lions. Ce qui est vrai également, soit dit en passant. Sinon, dans une prochaine vie, j’aurais aussi voulu être mon amie D. qui est guide dans les pôles, mais bien sûr ce n’est pas possible parce que sans doute, quand ce sera le temps de me réincarner, il n’y en aura plus, des pôles.

- D’ailleurs à propos de cette histoire de caillou : j’ai déjà rêvé que j’étais une falaise. Mais je n’arrive pas à me rappeler si c’était agréable ou pas.

- Je n’ai jamais pu me résoudre à organiser mon anniversaire. C’est un de mes défis pour 2014, mais j’ai déjà quasiment jeté l’éponge. Et ça fait environ dix ans que c’est un défi pour l’année en cours, donc j’ai plus trop d’espoir.

- J’ai eu un piercing au nombril. Que c’était laid.

- Je suis 100% favorable à la mise en place du revenu de base universel. C’est la seule cause politique pour laquelle je suis prête à militer. Je suis intimement convaincue que l’emploi, à partir du moment où il est obligatoire/nécessaire, n’est que la cotte mal taillée de l’esclavage. Et que dans pas longtemps, tout le monde en sera convaincu aussi. Alors on pourra enfin commencer à parler sérieusement.

- Mon sourire est ma principale défense. C’est la raison pour laquelle je souris tout le temps, j’imagine.

- Ça aurait pu m’arriver, je pense, de tomber amoureuse d’une femme.

- On me dit parfois que je parle comme j’écris. À savoir : « Néanmoins, je trouve cette jeune femme tout à fait ravissante ».

- Je ne m’aime pas tellement. C’est tout de même un problème.

- Je dis tout le temps « cela dit ». Parfois, des amis gentiment malveillants s’amusent à compter combien de fois je le prononce en une heure. Beaucoup.

- Je suis très, très… très émotive avec la musique. Passez moi « le petit âne gris », juste pour voir. Non d’ailleurs, s’il vous plait, ne le faites pas. Je n’aime pas ça, pleurer.

- Je suis tellement souple que ça s’appelle être hyperlaxe et qu’en vrai, c’est pas génial génial.

- J’ai nagé au milieu de l’atlantique, alors qu’il y avait plus de 7km d’eau en dessous de moi.

- Il ne se passe pas une journée sans que je m’interroge sérieusement sur le pourquoi du monde.

- Le jour où j’aurai des enfants, je ne sais pas si j’arriverai à accepter l’idée de les envoyer dans une école normale, tellement j’ai l’impression que c’est pourri, les écoles normales.

- Mon moment préféré de la journée et même de la vie : quand on se couche, qu’il m’ouvre une place dans ses bras et me fait la lecture. Et je m’en fous pas mal que ce soit complètement culcul. Surtout qu’en réalité, ça ne l’est pas.

- Je sais désormais que, dans la vie, on peut se re-aimer. Et cette constatation me bouleverse chaque jour. J’espère qu’une fois on se re-mariera.

- Il y a trois romans inachevés dans mon ordinateur. Dans les trois, il y a une grand-mère dotée d’un charisme encombrant. Tyrannique, généreuse et attachante.

- Je n’ai jamais compté le nombre de pseudos que j’utilise dans mon boulot, mais ça commence à faire beaucoup.

- Je lis des livres de développement personnel. Je tiens ça de ma mère et je la remercie pour ça.

- J’ai réalisé tout à l’heure que j’avais vécu à Paris plus longtemps que dans n’importe quelle autre ville. J’aime pas.

- Je n’ai fait l’amour qu’avec trois garçons différents, dans ma vie. Et en fait ça va bien, merci.

- Mon problème, c’est la culpabilité. Je me sens coupable d’à peu près n’importe quoi : trop travailler, pas assez ; d’être plus jolie que la voisine, moins que l’autre ; coupable d’être grognon le matin, d’avoir la meilleure place dans le bus, de penser que… bref.

- Je ne connais pas les statistiques de mon blog, personne ne me croit et je m’en contrefous.

- J’ai un truc spécial avec les chats. Parfois, dans la rue, certains se précipitent sur moi dès qu’ils m’aperçoivent et alors j’ai l’impression d’avoir un super-pouvoir.

- Effectivement, j’ai un super-pouvoir, mais ce n’est pas celui-là.

- Je connais davantage de chants de marins que de chansons de Madonna ou Mickael Jackson. C’est grave?

- J’ai peur de réussir, je crois.

- Je crois que tromper, c’est pas toujours tromper.

- Je fais des séances d’étio environ tous les mois et demie depuis près de deux ans et c’est la meilleure idée que j’ai eu depuis un paquet de temps.

- Je dis toujours que je n’aime pas la compétition, mais c’est surtout parce que je voudrais être la meilleure sans avoir à me fouler.

- Aujourd’hui, je suis principalement auteur, mais l’idée de changer de métier ne m’effraie pas. La joie d’écrire, heureusement, ne dépend aucunement de contraintes économiques. Tant que j’arrive à lier l’agréable à l’agréable, il y a plein de combinaisons qui peuvent me convenir très bien.

- Il m’est arrivé de trouver que ça faisait vraiment chier, la vie et que si ça pouvait se terminer genre maintenant, j’étais complètement d’accord. Ce qui, bizarrement, n’empêche pas forcément d’être réceptif aux instants de bonheur qui se présentent.

- Je suis très rigolote. Mais peu de gens le savent car il faut vraiment que je me sente parfaitement en confiance pour faire le clown, et que ça n’arrive pas souvent.

- Ça me prend toujours des heures, pour décider d’aller faire pipi.

- J’ai un petit côté Cassandre : je sais des trucs avant les autres, et personne ne me croit, et après ce que j’ai annoncé arrive, et alors je suis obligée de faire des gros efforts pour me retenir de dire « tu vois, je te l’avais dit ». (non, c’est pas ça mon super pouvoir)

- Mon père est né en Afrique et j’ai toujours cru que j’avais un petit morceau d’âme africaine, sans bien savoir ce que j’entends pas là.

- En général, la qualité de mon travail est inversement proportionnelle au succès qu’il rencontre. J’espère que ça va changer. Oui. Évidemment que ça va changer, sinon qu’est-ce que je fous encore là?

- Je marche avec les pieds en dedans. Quand j’étais petite, on me faisait faire des tours de tapis, en marchant bien le long de la bande, pour corriger ce défaut. Ça n’a strictement servi à rien et bon finalement, j’ai quand même survécu.

- Quand je suis toute seule chez moi, je parle énormément. En anglais, principalement. Ou alors avec un accent québécois approximatif (je veux dire par là qu’un québécois ne reconnaîtrait son accent en aucune façon).

- Je suis audacieuse, mais les gens ne s’en rendent pas compte.

- Longtemps, je me suis sentie inappropriée à ce monde, à cette vie, mais on dirait que petit à petit, j’arrive à dealer avec ça. Ça a ses bons côtés, aussi, d’être à côté de la plaque.

- J’ai les dents très en avant et ça ne me dérange pas du tout.

- Hey dis donc, on y prend goût à ce truc.

- Au moins une fois par jour, je peux voir dans le regard de quelqu’un, que je viens de dire quelque chose qui lui paraît bizarre. Parfois ça m’amuse, parfois, ça me donne même un sentiment de supériorité (ambiance : « t’es nul, tu comprends rien à rien »), mais le plus souvent ça me rend triste. J’entends ma petite voix, super en colère, me dire « Mais putain, tu vois pas qu’on dit pas des choses comme ça, dans la vie! C’est quoi ton problème à toi, sérieux? Fais un effort, merde! »

- Je ne me sens vraiment à ma place dans aucun groupe social. Mais tant qu’à choisir, bobo, en fait ça m’irait bien.

- J’appelle mon chat : « mon petit ours », « ma palourde », « mon raton », « mon petit loutron mignon »… par contre, à tous les autre animaux craquants, je dis « minouuuuuuuuu » sur un ton complètement débile.

- Souvent quand je chante, je modifie la mélodie. C’est les paroles des chansons, que je garde. Ainsi j’ai au moins cinq mélodies différentes pour « À moi forban », « J’ai un bonnet rouge » (des traits sur les yeux…) et « une souris verte », chansons que je fredonne le plus fréquemment.

- Je mange trop vite. C’est une chose dégoûtante qui me fait honte et dont je voudrais perdre l’habitude, mais j’arrive pas.

- Fumer c’est mal. Et quand même je le fais.

- Une fois, j’étais si en colère que je me suis dédoublée. Je criais, je criais et en même temps un peu plus loin, à quoi, cinquante centimètres, je me regardais faire en pensant : « Wow, on dirait que t’es vraiment en pétard, là… ». Du coup, ça m’a fait très peur et j’évite de crier sur les gens, maintenant.

- Je n’ai pas eu de crise d’adolescence. Je suis sage.

- J’ai une curiosité gustative naturelle pour tout. Je veux dire VRAIMENT pour tout : le thé, les feuilles de thé, l’emballage des feuilles de thé, la ficelle qui retient le sachet, la tasse qui contient le thé. Fort heureusement, je me domine et me contente des choses autorisées à la fois par mon système digestif et l’opinion sociale.

Des mois de silence et bim, deux billets d’un coup. C’est drôle comme une chose en entraîne tout de suite une autre…

Crédit : La photo qui illustre ce billet provient de la série Deux, du photographe Jon Duenas dont j’aime beaucoup le travail.

Hey !

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Voilà deux mois que je ne suis pas passée ici. Deux mois… comment est-il possible que le temps passe si vite? Presque chaque jour, il me vient une idée pour ce blog : une série d’images qui me plait, un texte que j’ai envie d’écrire, un livre, une chanson… Je ne le fais pas. On dirait que mon énergie est ailleurs. Il m’en faut beaucoup, aussi, pour mener de front deux activités qui réclameraient chacune toute mon attention. J’ai envie de leur accorder tous les efforts qu’elles méritent et déjà, elles demandent plus que je ne puis donner.

Et puis quand j’ai une minute devant moi, je la consacre au piano. Tant que je n’aurai pas de professeur, il semble que je me condamne à choisir des pièces trop difficiles que j’abandonne en cours de route. Enfin trop difficiles… Pas nécessairement techniquement. Je dirais plutôt trop difficiles pour mon emploi du temps. Ainsi, je connais : les trois quart de la valse de Chopin n°10, en si mineur ; environ la moitié de la Marche tuque, les premières mesures du moment musical n°3 de Schubert… Et en ce moment, j’attaque bêtement Tchaïkovski – la danse de la fée Dragée – tout en supposant que je vais aussi en saisir quelques passages avant de passer à autre chose. Certes, je suis tout de même venue à bout d’une poignée de morceaux, mais je me maintiens ainsi dans une insatisfaction qui, j’espère, me poussera à frapper à la porte du bureau des inscriptions de l’école de musique, en juin prochain. Voilà deux ans, peut-être trois, que j’ai recommencé à jouer. C’est (re)devenu mon plus grand plaisir. Me mettre au piano vient à bout de toutes mes humeurs. J’espère que nous avons tous un espace à nous comme celui-là : cette sorte de refuge qui nous rend plus vaste, plus tranquille et tout simplement plus heureux.

Mais samedi, je me suis accordé un peu de temps pour Cachemire & Soie. C’est étrange, j’ai eu besoin d’un prétexte : faire découvrir à ma cousine une petite rue magique. Les couleurs joyeuses de la rue Crémieux, près de la Gare de Lyon, à Paris. Ça pourrait sembler incongru de traverser Paris simplement pour ça, une petite rue d’une centaine de mètres, mais c’est plein de poésie, faire des kilomètres pour pas grand chose. Avec une amie de fac, à Rennes, il nous arrivait de faire deux heures de route entre deux cours, simplement pour aller mettre les pieds dans l’eau. Ce sont les petites folies qui me touchent le plus. Déployer un effort a priori démesuré pour quelque chose, c’est reconnaître tout le prix qu’on y accorde, sans doute. D’autres penseront peut-être que c’est là l’art d’agiter du vide… À vous de choisir.

Je voulais aussi vous parler de quelques livres. En un Quatre Soeurs, de Malika Ferdjoukh, ainsi que la bande dessinée issue du roman, de Cati Baur. Le roman fait partie de ces livres que je recommande à tout le monde, sans distinction et que j’ai lu plusieurs fois avec un ravissement qui semble se démultiplier à chaque fois. Je ne sais pas à combien de personne j’ai lu la première page, ces derniers mois. Je devrais peut-être la recopier ici, je sais que cela suffirait pour vous donner envie de le commander dans la seconde, si toutefois vous ne l’avez pas déjà lu.

Ne passez pas non plus à côté de la bande dessinée de Cati Baur, qui en est une interprétation superbe, juste et sensible. J’adore son trait, ultra vivant et doux, en même temps. Et j’aime cette sensation, en tournant les pages, de voir les dessins nourrir mon imagination de lecteur au lieu de la contraindre. Comme si elle donnait encore une nouvelle épaisseur au roman. Et puis tout simplement, certaines planches me donnent envie de me fondre avec le dessin : celles des quatre sœurs au petit déjeuner me fait griller de tendresse, la couverture du premier tome me rappelle mon adolescence, et celle de Bettina dans le manège avec Merlin… ahhhh, elle m’émeut tellement. Je pourrais les relire cent fois sans éprouver la moindre lassitude. Ne vous laissez surtout pas arrêter par l’étiquette « pour enfants » de ces œuvres, Quatre Soeurs est de la vraie belle littérature.

Au rayon livres, j’ai découvert il y a quelques jours une vraie petite pépite : « Lettres à un jeune navigateur » de Pierre Mathiote. Une belle réflexion sur le voyage, truffée de phrases fortes qui vous entraînent dans des abîmes de réflexion. Nul besoin d’aimer la mer pour apprécier le livre, c’est une histoire absolument universelle.

Au pied de mon lit, aussi : « Lily Love Peacock » de la série de Fred Bernard, que j’adore. C’est sensuel, volontiers féministe, pur aussi à sa manière et souvent fantasque. Tous les héros de Fred Bernard sont extraordinaires et j’aime ce tourbillon d’extravagance dans lequel il nous plonge à chaque fois.

Ces jours-ci, je finis « Eux sur la photo » d’Hélène Gestern. C’est excellent, vraiment. L’histoire d’une femme qui se lance à la poursuite de son passé. C’est un roman épistolaire, un genre que j’aime tout particulièrement (tiens, d’ailleurs, « Lettres à un jeune navigateur » est aussi un roman épistolaire, maintenant que j’y pense). Écrit d’une plume sobre, presque modeste, où l’on devine pourtant une érudition certaine, ce livre me bouleverse d’une manière qui m’étonne.

Je pourrais aussi parler de The Grand Budapest Hotel (loufoque et beau, comme on peut l’imaginer, mais un peu chiant aussi, à sa façon) et de Her, le dernier Spike Jonze (beau à faire mal, avec une réflexion surprenante et inédite sur l’intelligence artificielle). Je serais aussi presque tentée de faire un énième article sur le Soya, cette cantine végé très chouette du onzième, ou bien parler des madeleines à la bergamote du café Pinson, des frites de la maison F et de ce joli restau qui vient d’ouvrir dans le dixième, le John Weng… enfin, ces trucs tellement parisiano-parisiens dont je me croyais irrémédiablement lassée, mais non, il faut croire que non, finalement.

D’ailleurs, je vous laisse avec ces quelques images de Paris. Un Paris qui n’existe pas vraiment, au fond, à part pour la trentaine d’habitants qui vivent dans cette rue, les chanceux. Bonne semaine tout le monde!

PS : n’hésitez pas à me parler de vos livres de chevet, si ça vous fait envie, j’aime tellement qu’on me parle des livres qu’on a aimé (mon grand rêve secret : fonder un club de lecture).

PS : Oh si ! Encore une chose! J’ai entendu, comme tout le monde, des dizaines de reprises de Get Lucky, mais voici ma préférée – et de loin! La voix de cette jeune femme me donne des frissons.

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