Journal de PMA #01 : « Quand vous arrêterez d’y penser »

Vous avez forcément dans votre entourage quelqu’un (ou au moins « quelqu’un qui connaît quelqu’un ») qui, après avoir TOUT essayé, miracle du lâcher prise : un bébé. Peut-être même êtes-vous cette personne. Celle qui a su « penser à autre chose » et sur laquelle les anges de la maternité, en récompense, se sont enfin penchés. Celle qui après une année difficile, est rentrée d’une semaine à l’île Maurice détendue, souriante et secrètement lestée d’un petit passager clandestin.

J’ai pour ma part entendu cette histoire si souvent que c’est à se demander si les enfants ne se font pas que comme ça : quand on arrête de penser à les faire.

Et si c’est le scénario le plus largement raconté, c’est bien sûr d’abord parce qu’il n’a rien d’une légende ou d’une fantaisie. D’innombrables couples en font l’heureuse expérience.

Et puis, comment mieux coller aux valeurs du moment qu’à travers cette histoire ? Quand le stress, ennemi public numéro un, se voit glorieusement terrassé et que le héros parvenu au terme de sa quête vers un plus grand état de sérénité est enfin capable de recevoir son Graal sans s’y brûler les ailes. Alleluia !

Enfin, c’est bien entendu l’histoire à laquelle on se raccroche quand on ne sait pas quoi dire. Quand on veut aider. Quand on se sent désarmé. Ainsi, c’est celle qu’on nous répète sans fin, à nous « les couples qui essaient ». Les amis, les parents, le collègue qui a vécu la même chose, l’infirmière de la prise de sang qui en a vu passer, la dame derrière nous à la pharmacie qui n’a pas pu s’empêcher d’entendre de quoi il s’agissait… TOUT LE MONDE a une histoire de ce genre à raconter. Je pense être en mesure de vous servir au moins quarante variations sur le thème de l’enfant miracle qui arrive quand on putain d’arrête d’y penser.

Seulement, ce « vous verrez, quand vous arrêterez d’y penser », à un couple qui suit un parcours de PMA, laissez-moi vous le dire simplement : ça veut seulement dire qu’on ne sait vraiment pas de quoi on parle.

Vous allez comprendre dans une minute.

Voici ce qui était noté dans mon journal, en mars 2017, quelques jours avant une tentative de FIV (Fécondation In Vitro) qui finalement n’a pas pu avoir lieu, faut d’un nombre suffisant de follicules. Avant d’aller plus loin, je précise que chaque problème de fertilité étant unique, chaque traitement l’est aussi et tout le monde ne s’y reconnaîtra pas forcément. Et, détail important, j’ai délibérément choisi la phase de traitement la plus chronophage (qui a toujours duré – dans mon cas – environ une semaine sur un cycle complet). Mais cela peut constituer un bon indicateur pour qui observe ces événements d’un oeil extérieur.

6h30. Le réveil pique un peu, je dois me présenter au laboratoire d’analyses à 7h30 pour une prise de sang (la troisième cette semaine). Heure à partir de laquelle commence pour le laboratoire une sorte de course contre la montre car mes résultats devront impérativement être prêts avant 14h afin d’être transmis à mon médecin.

9h00. J’ai eu le temps de rentrer chez moi, avaler un café, trier mes mails. Rendez-vous maintenant au centre d’imagerie médicale. Selon la place disponible, je peux me rendre au centre qui se trouve en ville à seulement quelques stations de RER, où bien carrément à Paris à quarante cinq minutes de route. J’y vais pour une échographie par voie intra-vaginale destinée à rendre compte de l’évolution du traitement (estimer le nombre et la taille des follicules, ainsi que l’apparence de l’endomètre). Il s’agit d’un de ces examens pratiqués à la chaîne, avec un médecin différent à chaque fois. Si j’ai de la chance, il sera sympathique et parviendra à me faire oublier qu’un étranger visite mon vagin pour la troisième fois cette semaine. Si j’en ai moins, il faudra pendant que monsieur agite son instrument entre mes jambes (ahahah) composer avec : des remarques sur mon âge, l’efficacité modérée du traitement, un sous entendu désapprobateur. Tout cela, je le rappelle, dans le cadre d’un examen où je regarde anxieusement pousser un nombre de follicules toujours trop petits, jamais assez nombreux et où le simple fait de franchir la deuxième étape qui conduirait à une ponction de ces follicules relève déjà de la chance.

10h30. Les résultats de l’échographie ont été faxés à mon médecin, je peux donc rentrer chez moi et… commencer ma journée de travail. Dans le meilleur des cas, il est 11h quand je m’installe devant l’ordinateur.

La deuxième partie du marathon commencera vers 15h, lorsque mon médecin m’appellera pour me faire ses observations, ajuster éventuellement le traitement et me donner les instructions pour les prochains suivis, généralement à faire pour le lendemain ou le surlendemain.

14h. Je viens de recevoir l’appel de l’assistante de mon médecin. Comme c’est le cas une fois sur trois, elle n’a pas reçu les résultats. Il me faut donc appeler le/les labo.s. Une fois, deux fois, gérer ces histoires de fax et de bonne ou mauvaise réception.

15h (au bureau cette fois car l’après-midi, je suis avec mon équipe). Appel de mon médecin. Pas de chance : les résultats ne sont pas foufous, il faut qu’on augmente les doses, refaire tous les dosages. Ce qui signifie trouver un fax pour recevoir l’ordonnance complémentaire et courir chercher les médicaments, médicaments qui ne sont présents que dans de rares pharmacies car il s’agit de traitements coûteux et qui se conservent – vous allez rire – au réfrigérateur.

Ensuite, trouver un laboratoire disposé à me faire une prise de sang avant 8h30 le lendemain (et capable de fournir les résultats avant 14h) ainsi qu’un rendez-vous en urgence pour une nouvelle échographie (ce qui est plus compliqué). À ce stade de ma journée de travail, il est environ 15h30/16h.

Une fois ceci fait, rendez-vous pris, médicaments achetés et entreposés, j’ai de nouveau quelques heures devant moi durant lesquelles je peux me concentrer sur autre chose. Il ne reste que les piqûres du soir.

23h. C’est l’heure ! Je pique. La première piqûre, conditionnée dans un stylo pré-rempli et dotée d’aiguilles extrêmement fines, est très simple à effectuer et ne pose pas le moindre problème. La deuxième, avec mélanges de produits, changement d’aiguilles et… véritable aiguille, exige une manipulation plus complexe, qui demande un peu plus de sang froid et d’attention. Mais après ça, on est bon !

On me demande parfois pourquoi que je ne fais pas faire ces piqûres par une infirmière (ce qui est pris en charge par la sécurité sociale, si le médecin le précise sur l’ordonnance). Honnêtement, la perspective d’un rendez-vous supplémentaire qui m’obligerait à être chez moi chaque soir pour 19h m’a convaincue d’apprendre à le faire moi-même.

23H15. Une fois les piqûres faites, je peux vraiment penser à autre chose.

Mais oh dites-donc ! Il est juste l’heure de me brosser les dents, lire trois pages et mettre mon réveil à 6h30 pour le lendemain matin :)

Et dire que la solution à tout ce merdier est SI SIMPLE.

Si seulement, j’arrêtais d’y penser.

***

PS : pour cette fois, je vous fais grâce du corps qui gonfle comme un ballon, des ovaires qui doublent ou triplent de volume et qui, forcément, sont un peu douloureux, des seins qui débordent et bien sûr, tout l’aspect psychique de cette aventure qui reste tout de même LE gros morceau à gérer. Si vous voulez, on détaillera ces plaisirs dans un autre billet.

PPS : si vous commencez une PMA, je voudrais aussi vous dire que tout finit par s’organiser, plus vite qu’on ne le pense. Les infirmières au labos ont fini par reconnaitre ma voix au téléphone et ont toujours eu la gentillesse de me faire une petite place. Me faire une piqûre est devenu un jeu d’enfant et je ne suis pas peu fière d’en être capable. J’ai souvent le sentiment qu’un ange gardien se débrouille pour que tout se fasse quand même, même les jours où je me demande comment je vais tout goupiller. Ne vous inquiétez pas trop. Le premier cycle risque de ressembler à un casse tête chinois, c’est complètement normal. Et ensuite on apprend.

PPPS : je tire cependant mon chapeau à toutes les femmes qui n’ont pas, comme moi, la liberté d’organiser leur emploi du temps et de l’adapter à ces contraintes. Si vous avez envie d’apporter votre témoignage et vos ruses de sioux, je suis certaine que vous rendrez service à quelqu’un.

PPPPS : Entendons nous bien, il ne s’agit pas de me plaindre. S’il s’agit d’un traitement contraignant, il est aussi largement supportable (anecdotique, même, en comparaison de l’implication que demande un enfant à élever et aimer, ce qui est tout de même l’objectif). Et surtout je suis pleinement consciente qu’en d’autres temps, d’autres lieux je n’aurais que mes yeux pour pleurer ainsi qu’un recours éventuel à un dieu hypothétique, réconfortant à la rigueur, mais d’une efficacité discutable. Je sais la chance que c’est d’être une femme française du XXIème siècle.

34 réflexions sur “Journal de PMA #01 : « Quand vous arrêterez d’y penser »”

  1. Oh Anne-So, comme tu exprimes bien ce parcours de la combattante qu’on est si nombreuses à suivre… si on veut en retirer du positif, se dire que ça fait de nous des femmes fières et fortes et courageuses – encore plus que d’habitude…

  2. J’y ai pensé aussi à arreter d’y penser. J’y pense tous les jours meme plusieurs fois par jour.
    Je comprends vraiment pas que ca ne fonctionne pas.
    J’aurais pu écrire cet article. Bon courage à toi.

  3. Merci pour ces mots… je ne connais pas ce parcours, mais j’aimerais aider celles qui en passent par là autour de moi. Leur apporter une dose de réconfort et d’amour. Donc merci d’expliquer l’inexplicable …! Et oh my god, les filles, vous êtes des amazones! YOU ROCK!

  4. Cette phrase est désolante aussi et surtout parce qu’elle traduit la méconnaissance totale par la population en générale des causes de l’infertilité lesquelles sont soit physiques (endométriose, ovaires polykystique etc, etc…) soit pour l’instant inconnues (mais à combien de femmes a t’on dit pendant des années que ça allait fonctionner alors qu’elles souffraient en fait d’endométriose?).
    J’imagine qu’il ne doit pas être facile d’en parler quand on se met à visage découvert alors un grand merci pour ces billets qui je l’espère contribueront à faire sortir ce sujet de l’ombre.

  5. Merci Merci Merci – tes mots pourraient être les miens d’il y a 3 ans !!
    Mon histoire avec la PMA s’est brutalement arrêtée non pas parce que j’ai arrêté d’y penser mais parce que nous nous sommes séparés, usés par cette grande machine infernale. S’il faut de l’amour pour avoir un enfant, il faut encore plus d’amour pour avoir un enfant dans un process de PMA.
    En faisant le bilan de cette période et avec un peu d’aide je l’avoue, je peux aujourd’hui dire que je suis une femme forte, fière et courageuse comme le dit Claire dans son commentaire.
    Hâte de lire les autres chapitres de cette histoire et vous souhaite une fin très heureuse quoiqu’il arrive :)

  6. À la lecture de ton texte, me voici replongée il y a 6 ans… 2012, année de la PMA pour nous (et je n’avais que 31 ans à l’époque, ce qui m’a permis de ne passer que par des inséminations artificielles et non pas par des FIV…). J’habitais à ce moment à 80 km de mon lieu de travail à Paris et je me souviens encore du casse-tête pour caler les rendez-vous très tôt le matin pour pouvoir être à mon bureau à 9h, et le stress des retards de train pour la piqûre du soir (qu’une infirmière me faisait, je n’avais pas ton courage !)…
    Je me souviens les kilos, la peau d’adolescente, je me souviens les remarques indélicates de certains soignants, je me souviens l’espoir fou, les jours d’avant le jour J et cette sensation de vide quand je réalisais que non, ça ne serait pas cette fois la bonne. Je me souviens de ces larmes contenues à chaque grossesse annoncée dans mon entourage, du radar que j’ai développé pour repérer les femmes enceintes…
    Et puis ce samedi 22 septembre 2012. Celui qui a changé ma vie.
    Alors oui c’est vrai, la Chloé de 2018 te dirait que même dans un cas d’infertilité physique avéré, le lâcher-prise joue un rôle car ce fameux samedi, depuis des mois je n’avais pas du tout la tete à devenir maman, à enfin porter un bébé… non, j’organisais une fête surprise pour les 35 ans de mon homme alors ça ne m’arrangeait pas du tout ce rendez-vous, j’etais pressée que ce soit terminé pour m’affairer à mes occupations.
    Et puis voilà, le 16 juin 2013 naissait notre Eleanor.
    Puis nous avons eu envie d’un deuxième enfant, mais les résultats d’analyse étaient encore plus mauvais que la première fois, et avec les années en plus, on nous a prescrit des FIV. Je me demandais vraiment si je serais capable de supporter tout cela (étant déjà maman et consciente de ma chance inouïe, je ne ressentais pas la même « urgence »)… j’hesitais, je reculais l’échéance… jusqu’au moment où moi et mon homme avons vécu une crise de couple assez importante, de celles qui font tout remettre en cause. Nous avons réussi à surmonter cette période très difficile et c’est bien sûr à ce moment, où pour la première fois depuis 4 ans je ne pensais plus du tout à l’idee de concevoir un bébé, mais juste à sauver mon couple, ma famille… qu’est arrivée ma 2ème grossesse.
    Mais oui, la réponse a comment on fait pour ne pas penser à la chose qui nous obsède et que notre vie entière nous rappelle à chaque instant, je ne l’ai pas… parfois, la vie fait que même pour des personnes d’une anxiété extrême comme moi, rarement insouciantes, le temps d’un instant, les fardeaux s’allègent ou soient remplacés par d’autres fardeaux à porter.
    Mais ce que je garde à l’esprit finalement, c’est une reconnaissance infinie pour la médecine, les soignants qui ont rendu ce petit miracle possible, notre système de soins qui m’a permis de ne pas hypothéquer notre maison pour profiter de ces traitements coûteux, mon corps qui a supporté beaucoup.
    Je pense bien fort à toi et te serre dans mes bras comme une sœur de galère. On n’oublie pas qd on est passées par là. Finalement, avec le recul, je garde une sorte de tendresse pr ces mois de traitements car ils sont ceux qui m’ont menée jusqu’à ma fille chérie, et j’ai encore vivace au creux de mon ventre cet espoir qui ne nous quitte jamais vraiment, qui nous fait murmurer des « et si… » auxquels on a du mal à croire soi-même. J’espère de tout mon cœur qu’un jour bientôt, tu pleureras de joie dans la rue en lisant les résultats de ton test.

    1. Merci pour votre beau témoignage. Meme histoire ici, premier miracle issu d’une FIV et le 2eme arrive par surprise :)

  7. Je comprends que tu anticipes d’eventuelles critique mais non ce parcours n’est certainement pas anecdotique par rapport à élever un enfant…le stress et l’incertitude de ne peut être jamais être parent est à mon sens bien pire.J’ai un peu attendu mon 1er Bebe et cette peur n’est pas à minimiser il ne faut pas s’en excuser.et ces phrases idiotes…que c’est dur.je suis tombée enceinte en y pensant à 5500% à chaque fois,comme tout le monde!

    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi Lily. Élever un enfant peut être épuisant certes, mais je me souviens que l’attente de l’enfant et l’angoisse de ne, peut-être, jamais devenir parents, est un fardeau bien plus lourd à porter. J’ai une admiration immense pour les femmes et les hommes qui, au bout d’un long chemin infructueux, prennent la décision d’un autre chemin de vie et trouvent un autre bonheur. Il faut un courage incroyable et une grande sagesse pour l’accepter d’abord et pour le vivre ensuite le mieux possible (ce que la société rend très difficile, avec cette pression à enfanter). Toutes mes pensées aux couples qui traversent ou ont traversé l’infertilité.

  8. theladyonthemoon

    Ca fait tellement de bien de lire ce post. Cette phrase, je l’ai également entendu des milliers de fois et ce qui me dérangeait surtout, c’est qu’elle me donnait l’impression que c’était de ma faute puisque je n’arrivais pas à ne pas y penser, que tout était dans ma tête.
    Je suis d’accord que des nombreux bébés arrivent sans y penser. Mais on oublie de dire que de nos jours, la plupart des bébés arrivent après un arrêt de contraception, donc en y pensant! On n’est plus dans les années 40 où il fallait surtout PENSER à ne pas en avoir un autre!
    Après 3 ans d’attente et 1 an et demi de PMA, des fausses-joies qui m’ont bien abîmées le corps, je suis contente de pouvoir dire que j’y ai pensé très fort et que ça n’a pas empêché à un petit passager d’élire domicile dans mon ventre. Il est là grâce à une tentative qui a marché après de nombreuses qui avaient échouées.
    Ton parcours me touche et j’espère que tu auras toi aussi la chance de lire des résultats positifs bientôt.

  9. theladyonthemoon

    Ca fait tellement de bien de lire ce post. Cette phrase, je l’ai également entendu des milliers de fois et ce qui me dérangeait surtout, c’est qu’elle me donnait l’impression que c’était de ma faute puisque je n’arrivais pas à ne pas y penser, que tout était dans ma tête.
    Je suis d’accord que de nombreux bébés arrivent sans y penser. Mais on oublie de dire que, de nos jours, la plupart des bébés arrivent après un arrêt de contraception, donc en y pensant! On n’est plus dans les années 40 où il fallait surtout PENSER à ne pas en avoir un autre!
    Après 3 ans d’attente et 1 an et demi de PMA, des fausses-joies qui m’ont bien abîmées le corps, je suis contente de pouvoir dire que j’y ai pensé très fort et que ça n’a pas empêché à un petit passager d’élire domicile dans mon ventre. Il est là grâce à une tentative qui a marché après de nombreuses qui avaient échouées.
    Ton parcours me touche et j’espère que tu auras toi aussi la chance de lire des résultats positifs bientôt.

  10. Ces mots résonnent, alors que tout ça est loin derrière moi…
    Après 5 ans de FIV, il y a quelques années maintenant, j’ai décidé d’arrêter… et pas seulement d’y penser. D’arrêter tout court, parce que je voulais retrouver une vraie vie, parce que je voulais de nouveau aimer mon corps et ne plus le martyriser, parce que je ne voulais plus attendre de savoir ce que le futur me réservait. Parce qu’on oublie parfois de le dire, mais ne pas savoir et donc ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir c’est très dur. Au tout début je me suis dit que de passer à autre chose ferait peut-être que ça allait arriver, mais non. Parce qu’en fait il ne suffit pas d’arrêter d’y penser (en tout cas visiblement pas toujours !). Même si la décision d’arrêter a été très difficile, je sais que c’était la bonne pour moi parce que je n’y arrivais plus, et que j’avais le sentiment de gâcher trop d’années.
    Je te souhaite que ce périple porte ses fruits ou du moins que, si jamais ce n’était pas le cas, tu y trouves un autre chemin qui peut être tout aussi heureux (il l’est pour moi).

  11. Ces mots résonnent, alors que tout ça est loin derrière moi…
    Après 5 ans de FIV, il y a quelques années maintenant, j’ai décidé d’arrêter… et pas seulement d’y penser. D’arrêter tout court, parce que je voulais retrouver une vraie vie, parce que je voulais de nouveau aimer mon corps et ne plus le martyriser, parce que je ne voulais plus attendre de savoir ce que le futur me réservait. Parce qu’on oublie parfois de le dire, mais ne pas savoir et donc ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir c’est très dur. Au tout début je me suis dit que de passer à autre chose ferait peut-être que ça allait arriver, mais non. Parce qu’en fait il ne suffit pas d’arrêter d’y penser (en tout cas visiblement pas toujours !). Même si la décision d’arrêter a été très difficile, je sais que c’était la bonne pour moi parce que je n’y arrivais plus, et que j’avais le sentiment de gâcher trop d’années.
    Je te souhaite que ce périple porte ses fruits ou du moins que, si jamais ce n’était pas le cas, tu y trouves un autre chemin qui peut être tout aussi heureux (il l’est pour moi).

  12. Il faut dire aussi que arrêter d’y penser n’est pas la formule miracle. au cours de mon parcours pma, j’ai voyagé, j’ai acheté un appartement, j’ai eu des pb de boulot…. mais toujours pas d’enfants.

    merci pour ton témoignage

  13. Bonjour Anne Solange, j’ai commencé te suivre il y a longtemps. Je me souviens de cet article sur une paire d escarpins rouges! Une époque lointaine où l’une comme l’autre n’avions d’autres préoccupations que d’assortir une paire d’ escarpins rouges. Puis le temps a passé, les préoccupations ont changé et un jour, par hasard, j’ai lu sur ton blog que nous vivions la même chose. Ça m’a fait du bien, je me suis sentie comme accompagnée. Mon témoignage est simple, je ne fais pas partie de ces femmes qui ont vécu le miracle du bébé-lâcher-prise, de toutes manières lâcher prise je ne sais pas faire. Je fais partie de ces femmes en réelle insuffisance ovarienne (je connais bien ces échos où on retient son souffle pendant que le gyneco compte les follicules… «hum…3…trop peu…»). Et puis finalement le miracle peut arriver autrement… un don d’ovocytes, 3 embryons, une petite fille de 2 ans et actuellement enceinte d’une deuxième qui doit naître le jour de mes 40 ans. Comme toi je me suis toujours considérée chanceuse, accompagnée d’un ange gardien, d’une bonne étoile. Aujourd’hui je le crois plus que jamais car sans ce parcours m’a fille ne serait pas exactement celle qu’elle est. Or, c’est elle mon Amour, exactement comme elle est. Je te souhaite tout le bonheur. ❤

  14. Joli billet sur un sujet difficile. J’ai aussi bcp entendu cette phrase…. Je me suis bcp culpabilisée de ne pas réussir à penser à autre chose. Jusqu’à ce que j’apprenne que l’amie qui me disait cela faisait un test chaque mois dès la fin de son cycle. Elle a eu un enfant facilement. J’en au donc conclu que le fait d’y penser ne changeait rien .

  15. Merci pour ce billet où tous les mots sonnent juste et arrivent même à faire rire! Car faute de ne pas pouvoir arrêter d’y penser, il est important de ne pas perdre son sens de l’humour si on veut pouvoir continuer à avancer chaque jour, et à deux.
    Merci et courage, nous sommes des super women ( et des super men)!

  16. Merci pour ce message, qui me parle tellement. Et merci aussi pour tous ces commentaires et témoignages, qui me font me sentir moins seule. Membre d’une sorte de communauté finalement. C’est un sentiment un peu fugace mais qui me fait du bien, quand je croise le regard des autres filles qui attendent comme moi dans les salles d’attente du centre PMA, qui se reconnaissent discrètement. Merci et bon courage à vous toutes le long de ce chemin qui ne nous épargne pas.

  17. Difficile de passer à côté de ce parcours sans y laisser mon empreinte… Je ne suis pas concernée, moi, grande chanceuse de l’univers. Mais j’ai été la fille de… La fillette adoptée, après des années d’échec vécues par ses parents, limités par science de l’époque, il faut bien le dire, nés quelques années trop tôt pour bénéficier des avancées actuelles. La fille dont les parents n’ont jamais cessés d’espérer avoir un enfant naturel, qui accompagnait sa mère dans les centres de traitement avec la même récurrence que celle que tu connais aujourd’hui, les injections à ne plus savoir qu’en faire, les fluctuations d’humeur qu’on ne comprend pas parce qu’elles ne sont pas à notre portée, le(s) livre(s) que j’emmenais pour ne pas mourir d’ennui pendant les examens que ma mère devait subir, les larmes versées à chaque déception dont je ne comprenais pas l’essence, parce qu’étais là, moi, et que je n’imaginais pas qu’on ne soit pas comblé par moi. Jusqu’au bout, jusqu’à mes 12 ans, jusqu’à ce que la science décrète que tout était terminé, jusqu’à ce que le corps de ma mère dise stop, jusqu’au bout de tout. J’ai entendu du plus loin que je m’en souvienne les propos des « adultes » autour de nous, les mots adressés à ma mère, et parfois à mon père, nettement moins bienveillants qu’ aujourd’hui, surtout en milieu rural, où l’on n’hésitait pas, avec la rusticité de l’époque, devant une enfant, à proposer à son père de lui prêter sa femme pour qu’on lui fasse un « gosse » s’il ne savait pas comment s’y prendre, et qui m’a permis de découvrir que ce dernier, roc parmi les rocs, pouvait pleurer, où mille fois cette phrase qui vous fait tous bondir à juste titre, vous les couples concernés, a été prononcée, que ma mère, vaillante combattante de l’inexorable et sur tous les parcours, n’a pas hésité une seule seconde à parcourir le monde pour obtenir ce qu elle ne pouvait avoir, tout en gardant secrètement le désir vorace de vivre ce qui lui était interdit.
    Aujourd’hui, je sais qu’il m’arrive encore d’être maladroite face à des amis qui traverse ce lourd parcours, mais je refuse qu’ils ne puissent pas en parler, que ce sujet, meme s’il est difficile (surtout lorsqu’on voit fleurir les grossesses autour de soi) ne puisse être abordé qu’à hauteur de phrases stéréotypées, réduisant ceux qui le vivent à une dimension psychologique d’impuissance.
    Oui, le psychisme fait son oeuvre, NON, on ne peut réduire ses difficultés de procréation à son esprit! N’importe quel couple qui envisage de faire un enfant y pense, à fortiori lorsque toute ta vie est rythmée par la PMA.
    Et j’espère que les gens en parleront encore et encore, pour ne plus voir fleurir les horreurs dont j’ai pu être témoin, moi, l’enfant issue d’un parcours différent, mais tout autant aimée et chérie…
    Alors je dis mille fois OUI à ce journal, que j’irais avec conviction conseiller à mes proches qui se trouvent dans le même combat.
    Baccio forte.

    1. Tu m’as fait pleurer. Pour toi, pour ta maman, pour ton papa. Merci beaucoup pour ce Témoignage poignant. Je n’avais jamais entendu la parole d’une enfant qui vit avec ses parents leur parcours D’infertilite. C’est aussi tres intéressant ce que tu dis : on peut être maladroit envers nos proches concernés meme si on est passé par là ou si, comme dans ton cas, on l’a vécu au plus près. C’est compliqué, le sujet est très sensible, on se sent impuissants. Même les gens les mieux intentionnés peuvent, sans le vouloir, heurter. Cela m’a pris 10 ans pour concevoir ma merveilleuse petite fille, donc les commentaires des gens, je connais. Et je sais combien il est presque impossible de s’en ficher.

  18. C’est un vrai parcours du combattant la pma qu’il soit soldé par un succès ou un échec on n’oublie jamais. Un couple qui s’engage dans la pma mérite un enfant dans le fond bien plus que d’autres ! C’est un parcours exigeant qui remet la vie entière du couple en cause, bien sûr que l’on y pense tout le temps, le rythme même d’une pma nous oblige à concentrer toute notre énergie et notre volonté à cet ultime désir qu’est un enfant. Chacun et chacune se verra aborder cette difficulté et ce désir de façon différente. De notre expérience à un moment nous avons lâché prise en sortant d’une fiv très douleureuse tant moralement que physiquement nous avons décidé de nous accorder une pause, de penser à nous à nouveau, nous nous sommes dit que nous avions de la chance de nous aimer autant, que finalement si nous ne pouvions pas avoir d’enfant on adopterait nous avions le cœur assez grand et puis un soir nous avons refait l’amour pour le plaisir sans penser aux phases d’ovulation juste pour nous !
    Dans le mois qui suivi mes règles n’arrivait pas. C’était le mois de décembre quelques jours avant Noël j’achetais un test d’ovulation sans trop y croire, j’avais déjà fait cela tant de fois avec douleur et là la surprise le test était positif, je pensais aussitôt que c’était une erreur, je retournais à la pharmacie le lendemain et positif à nouveau du coup je l’annonça à mon conjoint qui ne le cru pas non plus, je pris rdv chez le médecin qui m’envoya faire une écho et le 23 décembre je découvris un petit cœur qui battait dans mon ventre. Ce fut un miracle et bien sûr la plus grande joie, ma grossesse fut un bonheur immense et à la fois j’avais toujours peur de rêver que tout cela n’était pas possible nous avions attendu tant d’années ! Et pourtant elle est bien là aujourd’hui. Il n’y a aucun secret dans le succès où l’échec d’une pma mais lâcher prise cela fait du bien au corps et à la tête !

  19. Ha ha cette fameuse phrase!! Je l’ai tellement entendu et puis elle suit par « mais vous avez une belle maison… » style on devrait compenser avec notre belle maison. Peu importe, il faut passer par là pour comprendre.
    Pour ma part, au bout de la 3ème fiv, le miracle arrive, je suis enceinte, quel bonheur d’entendre le cœur battre lors de la première échographie. Ca y est c’est enfin notre tour, nous avons droit au bonheur !
    Seconde échographie, plus d’activité Cardiaque. Les montagnes russes de l’emotion, vous connaissez?
    Mon mari sort de la salle, les larmes aux yeux, énervé. Je suis tellement triste pour lui, pour nous.
    Nous avons décidé de ne pas retenter, nous restons avec un goût amer .
    La vie en a décidé ainsi, nous nous faisons une raison et nous nous contentons de notre bel amour infaillible.
    Courage à tous.

  20. Cette phrase si souvent entendue. Pas méchante mais tellement culpabilisante. Comment ne pas y penser c’est impossible. L’attente, l’espoir, la déception, c’est tellement dur. Ce n’est pas se plaindre que de raconter ce parcours si difficile avoir et élever un enfant n’a rien à voir. Je vous souhaite à tous les 2 une Happy end qui effacera toutes les blessures.

  21. Mon histoire est longue…11 ans d infertilité…2 grossesses naturelles au cours d un parcours pma qui se soldent par une fc…4 IA 6Fiv car 2 sans transferts 1 don croisé en grèce…Et puis l adoption d un bébé pupille en janvier 2018…Et oh miracle une grossesse qui dure depuis 4 mois…J ai arrêté d y penser avant l adoption mais ça n a pas marché pour autant. Il a fallu que je revienne maman pour que mon corps s autorise à créer une vie…il fallait que je sois rassurée sur ma capacité à être une bonne mère j imagine…enfin je ne sais pas..Je vous souhaite beaucoup de courage mais surtout de l amour…C est ce qui sauve le couple de la pma…aimez vous c est tout ce qui compte. Et l adoption est un joli parcours bien moins violent que la pma. Je vous embrasse et vous serre dans les bras virtuellement.

  22. Bien sûr qu’il suffit de ne plus y penser ! Comment ne pas y avoir penser plus tôt ?
    Pfff, je l’ai tellement entendu cette phrase culpabilisante qui sous entend que c’était de moi que venait le problème… Et quand bien même, ça viendrait de moi, on peut faire qqch pour mes ovaires, mais rien pour m’empêcher d’y penser ? J’en rêvais de ne plus y penser. Ça me rendait folle !
    Comme toi, mon activité a été ralentie par ce parcours (PMA, grossesses alitées puis FC tardives. Trois fois).
    Je n’oublierai jamais cette étape de ma vie. Je la regarde presque avec tendresse comme une autre personne qui a commenté au dessus. Parce qu’elle me constitue. Et qu’elle m’a donné 2 enfants. Sans ce parcours, ce ne serait pas eux. Et moi, je ne serais pas moi.
    Je te souhaite un parcours qui s’achève dans le bonheur, où qu’il soit…

  23. Je ne suis pas passée par ce parcours du combattant, et je suis vraiment admirative de la force de ces couples pour qui il est si difficile d’accéder à quelquechose qui parait si simple à d’autres. Toutefois la conception de mon aînée s’est faite quelque peu attendre et j’ai beaucoup entendu ce truc de « il ne faut pas y penser » et ça me rendait tellement barjot…
    Quoiqu’il en soit je vous souhaite à toi et à ton mari beaucoup de bonheur.
    Céline

  24. Bonjour Anne-Solange,

    Bravo et merci pour ce précieux témoignage. Il est largement temps de libérer la parole sur ce sujet délicat. Raconter votre histoire ne doit pas être si simple.
    Les commentaires sont très émouvants eux aussi.

    Un jour, ma gynécologue m’avait dit: « (de nos jours, et en France) on peut décider de NE PAS avoir d’enfant, mais on ne peut pas décider d’AVOIR un enfant ».

    Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de serenite dans votre parcours, quel qu’il soit.

  25. J’ai eu la chance d’avoir des enfants ( presque) sans difficulté. Et j’imagine tout à fait la souffrance que cela peut représenter de ne pas réussir à en avoir facilement et à cela s’ajoute tous ces traitements extrêmement contraignants. Oui, je connais beaucoup de femmes, de tous les âges, qui sont passées par là et qui, heureusement, ont finalement réussi à être enceinte. Je reste optimiste et j’espère que tous ces efforts ne seront pas vains et te permettront de découvrir la maternité. Plein de courage.

  26. Touchant temoignage. Même quand on passe de l’autre côté, celui des mamans, on n’oublie jamais qu’on a été une PMette… pendant 6 ans pour ma part. Je vous souhaite beaucoup de courage, de perseverance et de chance dans la nouvelle voie choisie.

  27. Merci beaucoup pour ce tres bel article. Je deteste tellement cette phrase. Apres avoir perdu un bebe a 6 mois de grossesse, je n’arrivais plus a tomber enceinte. On me conseillait évidemment de ne pas y penser… Comment? Quelle stupidité vraiment… Je vous souhaite bon courage pour ce parcours difficile! Il nous a donne un petit miracle…

  28. Non non, ce n’est pas parce qu’il arrive parfois un miracle après le lâcher-prise que 1) il y a un lien de cause à effet entre les deux, 2) que ça peut être érigé en « recette » et 3) que c’est un possible argument … Dans ma famille arrive bientôt un bébé – heureux résultat d’une 5ème FIV et d’un éprouvant parcours du combattant. Donc, surtout ne pas lâcher prise, tenir bon et y croire aussi longtemps que nécessaire. Courage :-))

  29. Sans être concernée, je me rends compte combien toutes ces phrases de bonne intention sont maladroites grâce aux nombreux témoignages que j’ai pu lire depuis plusieurs années et je pense, m’ont évité au moins quelques phrases malheureuses avec des amies qui vivaient un parcours pma. Merci beaucoup donc, tu as sûrement encore sauvé quelques amitiés grâce à ton article.
    On ne dit pas assez combien les blogs sont éducatifs et adoucissent nos relations sociales en nous faisant évoluer sur des questions délicates comme le deuil périnatal, le deuil, la trans identité …
    Je t’envoie tout mon soutien virtuel mais sincère pour que vous deveniez parents.

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