Moisson de septembre

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L’autre jour, quelqu’un a laissé ce commentaire sur un billet dans lequel je parlais des derniers livres accumulés sur ma table de chevet : « Ça me fait mal de voir Murakami et Marc Levy sur la même liste de lecture ». J’ai un point de vue exactement opposé à cette idée. C’est donc sur ce mode totalement fourre tout que j’entame cette moisson de choses lues, vues, entendues.

J’ai refermé il y a quelques jours Le Chameau sauvage de Philippe Jaenada. Un livre qui a reçu le prix de Flore peu après sa sortie et que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, en particulier parce que c’est un livre drôle, qui m’évoquerait quelque chose comme de la chick lit (bien écrite, l’un n’empêche pas l’autre à mon avis, ne voyez rien de péjoratif là dedans), envisagée d’un point de vue masculin, avec plus de zones d’ombres mais une légèreté équivalente dans le traitement du texte.

Avant cela, j’ai enfin lu le mythique Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (to kill a mocking bird) que je vous recommande, évidemment, ne serait-ce que parce que, justement, c’est un livre mythique. C’est, pour ma part, le personnage du père qui m’a le plus enthousiasmée, cet homme qui semble doté d’une sorte de connaissance absolue de l’âme humaine et que j’aimerais compter parmi mes amis ou les membres de ma famille.

Parmi mes lectures, je pense aussi à L’odeur du Gingembre que ne ne suis toujours pas sûre d’avoir vraiment aimé, mais qui, à l’évidence, est un bon livre. Cette héroïne anglaise perdue en Chine, puis au Japon qui affronte toutes les formes de solitude au cours de sa vie ne m’a pas laissée indifférente. La forme du récit (journal, lettres) est probablement ce qui freine mon enthousiasme, je ne sais pas trop pour quelle raison.

Et pour en finir avec les quelques lectures qui ont retenu mon attention, je termine avec le meilleur : Trois chevaux, d’Erri De Luca. Après Tu mio, cela se confirme : j’ai trouvé là un de mes auteurs favoris. Pour ne pas le terminer trop vite, je l’ai prêté à une ami alors que j’étais arrivée au milieu du récit (je n’ai donc pas terminé ma lecture à ce jour). De Luca a ce truc particulier des auteurs qui laissent leur emprunte, en vous et font de votre lecture quelque chose qui pourrait ressembler à de l’expérience vécue.

Côté magazines, je suis heureuse de trouver à nouveau des choses qui m’enthousiasment en kiosque, la presse féminine ayant depuis longtemps déserté mon sac à main. Mes nouveaux plaisirs se nomment Fricote, Doolittle, Paulette et Causette (avec quelques réserves pour ce dernier : je suis plutôt déroutée par leur approche « féministe à l’ancienne » sur certains sujets, mais plus que séduite par leur iconographie et la plume de certains de leurs journalistes).

Au cinéma, peu de choses m’ont vraiment transportée ces derniers mois en dehors des Contes de la nuit, du génial Michel Ocelot. Pour la première fois, il m’a semblé que l’usage de la 3D au cinéma se justifiait entièrement, nous donnant la sensation de nous trouver face à un théâtre de marionnettes, plutôt que devant une toile blanche. Une très, très belle réussite.

Sans transition aucune, je suis aussi tombée il y a quelques jours sur le film Mange, prie, aime que j’ai regardé d’un oeil distrait en faisant autre chose en même temps. J’avais lu beaucoup de choses négatives à propos du livre, mais je crois que nous sommes trop habitués, en France, à croire que les messages simples sont des messages simplistes. Je crois que le film exprime bien cette idée : l’apprentissage de sagesse passe par la recherche de la simplicité, voire de l’extrême simplicité. Que l’essentiel, dans la vie, tient en peu de mots et que ces mots seraient compréhensibles par un petit enfant.

Et tiens, pourquoi pas, allons aussi faire un tour du côté de la télévision. Comme un sacré paquet de personnes, je suis déjà fan du nouveau programme court de Canal +, Bref, hyper rythmé, drôle, bien vu. Et puis bien entendu, je ne peux m’empêcher de faire ma promotion : l’émission Du temps pour moi (sur Teva) continue cette année, ma chronique en stop motion également. Les tournages ont repris et je suis toute heureuse. J’espère que je pourrai en publier quelques unes sur mon blog cette année, sinon, rendez-vous tous les dimanches matin.

Côté musique, c’est, par contre, le calme plat. J’ai eu l’occasion d’écouter quelques titres du premier album de Thomas Marfisi qui devrait sortir d’ici quelques mois et que j’ai beaucoup aimé, mais tant que l’album n’est pas sorti, difficile d’en dire davantage (en illustration, ce. Alors, pour patienter avant de nouvelles trouvailles, j’écoute en boucles de vieux titres comme ceux des Andrews Sister, Colette Magny, The temptations, des choses comme ça.

Et pour terminer, je voulais parler du premier livre de mon amie Virginie, le guide sexo des paresseuses. Virginie, c’est celle, dans votre groupe de copains, avec qui vous pouvez parler de tout, celle qui est dotée d’une sorte de don de clairvoyance, qui entend à la perfection ce que vous dites entre les lignes. Celle qui, en plus, est armée d’un humour capable de dégoupiller les confidences les plus difficiles à faire ou à entendre, tout en gardant une sensibilité à toute épreuve. On retrouve un peu de toutes ces qualités-là dans son livre. Et surtout, retenez bien son nom parce que cette fille, c’est sûr, vous allez entendre parler d’elle.

Bonne journée à tous, amis blogosphériques!

Nourritures terrestres

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Depuis que j’ai cessé de manger de la viande, il se trouve toujours une personne, au cours du repas, pour me demander entre deux bouchées de foie gras : « Mais au fait, pourquoi tu ne manges pas de viande? »

J’ai d’abord cru qu’il y avait dans cette interrogation, le réel désir de comprendre quelque chose. Or, quelle que soit ma réponse, s’en suivent presque toujours les plaisanteries d’usage sur les souffrances de la carotte et sur les poules – jugées généralement comme l’animal le plus stupide de la création – qui ne méritent rien de mieux que de passer à la casserole.

Quand ce ne sont pas des plaisanteries, ce sont les sermons sur la dangerosité du végétarisme pour l’organisme (pourtant mon médecin est formel, je me porte comme un charme) ou les remarques acides qui me mettent face aux incohérences – réelles – de ce régime (porter des chaussures en cuir, par exemple). Dans tous les cas : je n’ai rien expliqué du tout ou, si je tente de le faire, personne ne semble disposé à écouter les réponses que je pourrais avoir à formuler.

De ces (non-)discussions, je suis parvenue à une conclusion : nos choix alimentaires sont une question bien trop vaste, complexe et fondamentale pour faire l’objet d’une conversation mondaine au-dessus d’un poulet rôti (ou d’un billet sur ce blog). Et il n’y a pas de moment plus mal choisi que le repas pour disserter sur ce sujet. Read more »

Les groupies

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Vous les voyez parfois, ces jeunes filles d’un genre singulier qui tremblantes d’émotion, fébriles comme on l’est dans l’attente d’un rendez-vous amoureux, patientent comme elles peuvent, étouffées contre les rampes métalliques dont on borde l’entrée des grands hôtels, dans l’attente du passage de leur idole. Ces jeunes filles qui fondent en larmes après avoir effleuré une main. Qui s’évanouissent pour un sourire et jurent d’une voix étranglée qu’elle ne laveront plus jamais ce pull qu’il a frôlé. La groupie m’a toujours inspiré un profond mépris.

Il y a quelques jours, deux éléments concordants sont venus modifier sensiblement ma vision des choses : il y avait cette fille, à la télévision, tétanisée pour avoir échangé un mot avec un chanteur vénéré; au même moment, je lisais ces lignes de Théophile Gautier :

« C’est une étrange situation que d’aimer une reine ; c’est comme si l’on aimait une étoile, encore l’étoile vient-elle chaque nuit briller à sa place dans le ciel; c’est une espèce de rendez-vous mystérieux : vous la retrouvez, vous la voyez, elle ne s’offense pas de vos regards! Ô misère! Être pauvre, inconnu, obscur, assis tout au bas de l’échelle, et se sentir le cœur plein d’amour pour quelque chose de solennel, d’étincelant et de splendide, pour une femme dont la dernière servante ne voudrait pas de vous! Avoir l’œil fatalement fixé sur quelqu’un qui ne vous voit point, qui ne vous verra jamais, pour qui vous n’êtes qu’un flot de la foule pareil aux autres et qui vous rencontrerait cent fois sans vous reconnaître! N’avoir, si l’occasion de parler se présente, aucune raison à donner d’une si folle audace, ni talent de poète, ni grand génie, ni qualité surhumaine, rien que de l’amour »*

« Rien que l’amour ». À mon tour, je me suis sentie ridicule. Ce mépris qui me paraissait mérité m’est apparu mesquin, cynique : moquer l’amour quel qu’il soit, voilà ce qui est réellement d’un ridicule suprême. Et je les ai alors trouvé beaucoup plus belles, les groupies. Comme grandies, embellies par cette forme d’amour qui ne peut se permettre une pointe d’espoir. Cet amour infécond qui ne fait que donner. J’aime lorsque la littérature m’amène ainsi, par quelques mots, à dévier de ma vision des choses.

Crédit photo : masha.makarenkova
* Ce texte est issu du conte « Une nuit de Cléopâtre »