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La tentation du petit moussaillon

Pour l’héritière d’une longue lignée de marins que je suis, c’est en quelque sorte un sacrilège de monter sur les villes flottantes que sont les paquebots de croisière: toutes nos valeurs y sont sans ménagement foulées aux pieds.

Ici, pas de quart pris la nuit sous les étoiles, par deux degrés au dessus de zéro. Pas de pipi-room improvisé la nuit à l’aide d’un simple seau et d’un peu d’imagination. Pas de couchette cercueil où l’on ne peut plier les jambes, ni de table à cartes au coin de laquelle on se cogne la hanche en sortant, faute d’une place suffisante. Pas d’évier à pompe. Pas de douche commune prise à la marina durant le séjour au port.

Ici, pas d’hymne à la nature vibrant ni de retour aux sources personnifiés par un maquereau décapité au couteau de chasse, une boîte de pâté Hénaff qu’on mange à même la boîte (de préférence à la pointe non rincée du couteau précédemment cité), ou un kilo de crevettes ébouillantées vives et salées à plaisir.

Ici pas de baume, pas de grand voile, pas besoin du vent. Pas d’investissement physique pour faire avancer le navire. Pas non plus d’embruns lorsque la mer tape un peu fort, ni de roulis. Pas de Schweppes à quatre heures ni de pain au chocolat de la marquise de Presle gorgés de graisse et goulûment gobés avant même d’avoir passé la jetée.

Non.

Ici les cabines sont vastes, les peignoirs y sont renouvelés à la demande, le lit est plus large que long et nous dînons tous les soirs à une table quasi gastronomique (sur ce point, je me dois de préciser que qui a goûté la cuisine de ma grand-mère ne peut nier que le repas à Bord du Youk-Bé IV au temps de sa splendeur, valait n’importe quelle table étoilée).

Ici, chaque chambre est climatisée et nous disposons d’un appareil pour ionier l’air (ne me demandez pas à quoi ça sert, je n’en ai pas la moindre idée), l’eau des douches n’est pas rationnée et tous les passagers disposent d’un accès illimité à mille distractions exubérantes (spa, tennis, piscine, toboggan…) pour qui ne connaît que la vie sur un voilier où la seule distraction à disposition, c’est le voilier lui-même.

Ici, le bateau avance avec une discrétion qui me laisse incrédule et nous nous endormons, rideaux grands ouverts sur le spectacle d’un ciel crépusculaire alangui sur la mer. Le matin, le petit déjeuner peut-être servi en cabine et le balcon nous tend les bras. Les cabines sont mieux insonorisées que n’importe quel appartement parisien et on peut mettre des do-not-disturb en veux-tu en voilà chaque fois qu’on tient à garder son intimité.

Pour les filles de marin, je me demande vraiment si les croisières ne sont pas simplement une sorte d’île de toutes les tentations. Il me reste encore quelques jours pour décider si je me range ou non, du côté du confort, je me laisse donc le temps de la réflexion…

12 réflexions sur “La tentation du petit moussaillon”

  1. Je n’ai jamais pensé à faire une croisière, cela me paraissait si bizarre, une ville sur l’eau en soit. Mais au final, il y a tout de même un intérêt certain, non?
    Je vais y regarder de plus prêt la prochaine fois que j’ai quelques jours d’évasion en vue !

  2. merci !
    tu m’as fait voyager l espace de quelques secondes…

    Etant moi aussi une descendante de marins, je ne sais pas quel voyage je prefererai…
    Peut etre le rustique quand meme…
    Pour etre fiere en rentrant et dire : j ai pêché un poisson, j’ai hisser la voile et survecu à une tempête :)

    En tous cas tres beau post !

  3. Je trouve que les croisières en paquebot ont moins de charme que les escapades en goélette ou sur un petit voilier. Mais l’avantage, pour les personnes sujettes au mal de mer comme moi, c’est que de côté là, le paquebot est « safe » ! :rit
    Par contre, je rêve de faire une transatlantique à bord d’un grand paquebot : je trouve ça romanesque !

  4. Moi je prends la version paquebot si tu veux bien, rapport au fait que je n’ai pas du tout le pied marin… J’ai vécu 20 ans dans le Cotentin, mon papa avait un petit bateau acheté avec deux copains, sur lequel il ne nous emmenait jamais car ma mère et moi avions à chaque fois le mal de mer… L’odeur du moteur (l’essence), le roulis, « faire le bouchon » pendant les parties de pêche, ça nous rendait malade :)
    En tout cas on sent que tu apprécies quand même ton séjour !

  5. même si j’ai parfois le mal de mer, je choisit la voile. pour l’effort et surtout la liberté de choisir où et combien de temps on fait escale.
    ceci dit ce devait être quand même intéressant ton petit voyage

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