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La fille sur le pont

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Il s’est écoulé presque deux ans entre ce billet et ces photos en bleu et indigo. Le bateau est le même, mais je m’étais bien trompée sur un point : il n’était pas encore venu, finalement, ce temps tellement redouté des regrets.

Tant de choses ont changé en deux ans. J’ai pris la barre et tenu le cap vers Chausey sans faire trop de bêtises, passé mon permis bateau, appris à endiguer la rouille sur les quilles et blanchir les boiseries sur le pont sous l’œil critique et avisé du chef du chantier naval. Je sais maintenant allumer la batterie, mettre le moteur au point mort, manipuler de l’acide sulfurique et aussi qu’il faut bien penser à retirer le lock avant un carénage. J’ai compris pour toujours la règle essentielle des douzièmes et que les conventions de priorité en mer n’était jamais vraiment suivies. Je me découvre une force physique et une endurance à l’effort que je n’imaginais pas. Sans doute qu’accumuler des connaissances donne des ailes.

Ce qui me reste à apprendre est colossal et j’occuperai encore pendant un long moment la place peu enviable du bonnet d’âne, dans la famille. Mais j’ai cessé de croire qu’apprendre à naviguer était un rêve inaccessible. Un jour, dans longtemps certainement – mais un jour – viendra où je serai parfaitement autonome à bord.

Il est très mystérieux, ce moment dont on n’a pas vraiment conscience, où l’on engage le premier petit pas qui change tout. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, impossible de me le rappeler, cet instant décisif où j’ai décidé qu’après tout pourquoi pas.

Ce dont je me rappellerai toute ma vie, par contre, c’est la lueur de fierté étonnée qui brillait discrètement dans le regard de mon grand-père au moment où il a déposé devant moi son manuel de navigation, lundi midi. À moi, le bonnet d’âne, la princesse qui ne savait que paresser à l’avant du bateau, moi la bonne cuisinière et le mauvais marin. On est toujours récompensé d’une façon qu’on n’attend pas.

Dieu sait pourtant que je suis une rêveuse. Mais la vie passe et m’apprend l’air de rien combien elle est capable, souvent, de surpasser nos rêves.

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31 réflexions sur “La fille sur le pont”

  1. Cela me fait très plaisir de lire cette note ! C’est vrai qu’on a jamais fini d’apprendre sur un bateau que ce soit les notions de météo ou tout simplement lire une carte il y a encore tellement de chemin à faire.
    Pour ma part, le permis ce sera sans doute pour cet été, enfin fin septembre. Je suis impatiente d’avoir tous tes bons conseils pour le réussir (livre, cours and co)
    Profite bien, et enivre toi bien du mal de terre !

  2. C’est aussi un de mes rêves. Mon mari est skipper donc il m’apprend pas mal. Mais nous n’avons pas assez l’occasion de partir en voilier. La dernière fois c’était au tour de l’Ile de’Elbe.

  3. bravo . moi la navigation et les bateaux c’est pas mon truc ; j’ai un peu (beaucoup) peur de l’eau ; de très belles photos. Je te souhaite plein de belles navigations

  4. Billet magnifique comme toujours
    Comme quoi il n’est jamais trop tard, il ne faut pas rêver sa vie, il faut aussi la vivre.
    Sur un sujet qui semble leger ( la voile ), est quand même abordé qq chose de fondamental
    Originaire du bord de mer aussi, et issue d’une famille de marin et planchiste, je suis aussi le bonnet d’âne ( sauf pour la pêche !)pourtant tout était là aussi pour apprendre : le materiel, la connaissance, les sorties en mer….
    Mais aussi j’ai preferé l’avant du bateau……tranquille

  5. Tu dois être fière de toi, de ce petit pas que tu as su franchir avec brio en plus.
    Naviguer un voilier, c’est loin d’être évident, mais ce doit être vraiment sensationnel.
    La vie est faite de ça, c’est vrai, de touts petits pas qui n’ont l’air de rien mais qui nous font beaucoup avancé !
    Merci pour ce très beau billet, et bon courage pour tes premiers pas en mer.

  6. C’est le mystère de la vie et des rêves, certains se réaliseront et nous surprendront et d’autres resteront de beaux rêves :) et heureusement qu’on en a et quand l’un se réalise c’est génial…
    magnifiques photos au fait :) j’ai bien essayé d’apprendre à naviguer, tenir la barre etc ais j’avais une trouille de renverser le bateau je te raconte même pas :)

  7. Comme quoi, on s’étonne parfois et il faut savoir s’accrocher à ses rêves pour avancer.

    Bien joué et bon vent! :clin

  8. Et bien moi je trouve que tu devrais être très fière de toi, j’espère que tu l’es :)

    Ce n’est pas rien de savoir faire tout ce que tu sais DÉJÀ faire, même mettre un moteur en marche ! Moi je ne suis quasi jamais montée sur un bateau, pas la chance d’être née dans une famille de marin et je crois que j’aurais aimé connaître cela !

  9. Ce joli billet me renvoi à des beaux souvenirs : la première fois que je suis montée sur la péniche ! Je n’avais alors jamais mis les pieds sur un bateau. J’ai découvert, le regard ébahi, l’ouverture d’une écluse. Puis, petit à petit, j’ai appris. Amarrer, faire les noeuds, lancer le moteur, attraper la perche pour ouvrir l’écluse, naviguer… Merci de m’avoir fait souvenir de tout cela et bon vent !

  10. Nous avons chacun nos regrets que parfois nous transformons en challenge .. la satisfaction et la fierté de ton grand pére sont, je suppose, une énorme récompense !

  11. Il est beau ce billet encore..;et c’est définitivement ce que j’aime dans la vie, c’est qu’elle est bien plus surprenante encore que nos rêves.

  12. Il n’y a vraiment qu’en Normandie ou il puisse faire beau comme ça :-)
    La navigation, c’est un lieu d’apprentissage et aussi un immense espace de liberté … Vive l’été !

  13. Nous les femmes, on a souvent du mal à se dire qu’on est capable… on se dit qu’on est pas aussi bien que notre grande sœur, que notre grand frère, qu’on est pas assez à la hauteur pour satisfaire les désirs de nos pères (et grands-pères par extension) jusqu’à un jour où par un regard, par un sourire, par des mots… on dépasse alors un peu notre angoisse d’être un moins…
    Voilà ce à quoi m’as fait penser ton texte. Merci pour cette réflexion que tu nous apportes à travers les tiennes de pensées… Bonne soirée !

  14. Encore une fois un très beau texte… Tu as de la chance d’avoir encore tes grands-parents… Moi je n’en ai plus, plus un seul.. Et jme dit que j’aurais pu plus en profiter, mais la routine et les problèmes du quotidien ont fait que je ne l’ai pas fait..

  15. oh oui , beaucoup de chose change en deux ans . Ces photos sont magnifique ,s’est bien de pouvoir quand même avoir plein de chose à apprendre au fur et à mesure du temps !
    bon navigation :)

  16. Oh non, ce n’est pas un rêve inaccessible! Bien au contraire, naviguer est quelque chose que l’on apprend par instinct souvent bien mieux que dans les rébarbatifs livres des Glénans.
    (enfin, l’un n’empêche pas l’autre au contraire)

    Je reviens d’une année passée à bord d’un (rustique) voilier sur lequel j’ai appris qu’un rêve ne se réalise que dans ses contradictions : les plus beaux moments font souvent place aux pires! Mes cours de voile légère ont été presque insignifiants lorsqu’il s’agit d’y vivre quotidiennement.
    Pour en arriver aux plus beaux endroits, rencontrer le charme des habitations reculées, ou siroter une noix de coco fraîchement cueillie, il a fallu en tirer des bout sur des winchs grinçants, et passer par dessus bord quelques repas!

    Si cela vous interesse, j’ai écris notre aventure ici : http://goodrhum.blogspot.com

    belle journée

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