Road Trip

Road trip, évidemment, le terme est très exagéré. Nous sommes parties de Montréal, avons traversé le Nouveau Brunswick, puis l’Île du Prince Edouard pour rejoindre le ravissant camping de Gros Cap, à six heures de bateau plus loin, aux Îles de la Madeleine. Environ deux jours de route à l’aller, un peu plus au retour car nous avons flâné sur l’Île du Prince Edouard. C’était une première expérience. Et ça valait la peine.

J’ai longtemps eu l’idée que les voyages en voiture étaient aussi pittoresques sur le papier que barbants, à l’épreuve la réalité. Rouler pendant des heures, quelle idée insensée. D’ailleurs, le choix de la route plutôt que l’avion ou le bateau était notre solution économique, pour les Îles de la Madeleine. Nous avons seulement raisonné pratique, je dirais même que les heures de route nous apparaissaient comme le prix à payer pour les îles. Pourtant, je n’ai jamais ai eu aussi bien l’impression d’être l’héroïne d’un film palpitant que pendant ces heures passées à rouler sur la transcanadienne.

Le paysage, pour commencer, possède le grandiose d’un long métrage à l’américaine. Les forêts dont on ne voit pas la fin, les camions gigantesques qui jouent à vous intimider, mais aussi les stations services qui sont comme celles que l’on voit dans les films, les personnages cinématographiques que l’on y croise parfois, les motels et leurs dessus de lits fleuris, la carte routière qui se corne et se plie au fil des heures, le paysage qui change à une allure stroboscopique.

Il y a aussi la musique, si vous avez pris soin de concocter votre playlist, qui rythme la journée, comble les instants de silence, calme les désaccords sur la route à prendre, accompagne les discussions enflammées et sur laquelle, bien sûr, on chante de temps en temps à faire vibrer les vitres de l’habitacle.

Un voyage sur la route, c’est aussi tout ce qu’on échange sur la route à la faveur de cette intimité spéciale créée par la voiture. Les discussions qui, comme la route, font des lacets, prennent des virages inattendus, nous reconduisent au point de départ, nous font perdre le fil… Au cours d’une seule journée, vous avez le temps pour vous fâcher et vous réconcilier trois fois, et entre deux, rire à gorge déployée parmi les longs moments de silence. Quelque chose qui évoque la vie en accéléré.

Et par-dessus tout ça, il y a la promesse de la prochaine destination, à chaque heure, presque à chaque minute : la forêt, un lac puis des centaines de lacs, l’or des blés presque murs, les champs d’arbres coupés qui s’étendent sur des kilomètres, une plage, un champ, une petite route qui mène on ne sait-où, on ne saura jamais… La boulimie de nouveauté, ce plaisir du passage éclair et la nécessité, chaque fois, d’être totalement présent à ce que l’on découvre car quelques secondes plus loin, il est déjà trop tard. C’est peut-être ça, d’ailleurs, le fond du plaisir : ne pas aucun autre choix que celui du présent.

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8 réflexions sur “Road Trip”

  1. Comme d’habitude, tu nous fais voyager à travers ce blog !
    Merci pour ces belles photos et ce moment ailleurs, rien que quelques minutes.
    Par contre, une chose m’intéresse particulièrement…
    Quelle PlaysList pour un roadtrip ? :)
    Pourrait on connaître celle qui vous a accompagné sur la route ?

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