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Je me souviens avoir écrit cela, cet été, au bas d’une photo postée sur Instagram : « Auprès de la mer, je me recompose ».  Cette sensation très précise, qui me donne l’impression de réapparaître à moi-même, vous la connaissez aussi? J’imagine que c’est plus ou moins ce que l’on éprouve tous lorsqu’on se sent un peu déraciné – ce qui est mon cas – et qu’on rentre au bercail. Mais quand je dis « la mer », ce n’est pas tout à fait vrai. Il doit s’agir d’une certaine mer. C’est une sensation, par exemple, qui me saute à la gorge lorsque je rentre chez moi, à Granville, mais qu’il m’arrive en vérité rarement de ressentir ailleurs. Jusqu’à présent, seuls Ouessant (dernière escale de ma transat en 2012), les Îles de la Madeleine au Canada (lors d’un voyage avec ma cousine Melaine en 2013) et, je l’ai découvert au mois de juillet, l’Île de Groix m’ont donné cette drôle d’impression. Comme un endroit qui me connaissait déjà. Je m’y suis sentie accueillie comme quelqu’un qui rentre à la maison.

Vous croyez aux vies antérieures, vous? Ce sentiment est de ceux qui vous poussent à vous interroger, tant il est étrange de ce sentir à ce point proche d’une terre que vous savez pertinemment n’avoir jamais foulée, et qu’il n’est nul besoin de la découvrir, ni d’apprendre à la connaître, pour vous y sentir absolument chez vous.

Ainsi, j’espère que les lignes qui suivent vous convaincront d’y poser vos valises pour quelques jours ou quelques heures.

25 bonnes raisons
de passer quelques jours du côté
de l’Île de Groix

 – 1 –
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Dès que vous sortez de la gare de Lorient, demandez à un taxi de vous conduire à la plage immense de Larmor-Plage, à quelques minutes à peine. Dix minutes après avoir posé le pied en Bretagne, vous êtes déjà au bord de l’eau. Si vous doutiez encore qu’il existe un micro-climat dans cette région de Bretagne, cette première escale devrait, à elle seule, suffire à vous convaincre. Et, comme tout le monde croit qu’il y fait en permanence un temps de chien, vous remarquerez vite que vous n’êtes pas nombreux à vous prélasser sur la plage.

 – 2 –
Promenade au bord de l’eau

À Larmor-Plage, prenez le temps de vous promener le long du petit sentier qui longe la plage, au milieu des fleurs sauvages. Si vous aimez prendre des photos, il y a vraiment de quoi vous amuser, même avec votre téléphone : les sentiers sinueux, la mer aux couleurs changeantes, les mille couleurs des fleurs, les rochers sur la plage recouverts de mousses d’un vert hallucinant… c’est VRAIMENT le moment de dégainer votre appareil. Et si vous ne savez pas comment faire pour réussir à prendre de jolies photos, guettez la prochaine session de l’atelier Insta•Gratitude qui démarre dans pas longtemps :)

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– 3 –
Le centre nautique

Tout au bout au bout, rendez-vous au Centre Nautique de Kerguelen pour deux heures de Cata (le plan d’eau est génial) ou de Paddle (une activité bien moins plan-plan qu’il n’y paraît). Ce jour-là, nous avons fait… de l’Optimist ! Idée saugrenue et géniale qui m’a replongée dans mes tous premiers souvenirs de voile, quand mes grands-parents nous offraient le rituel stage de voile des vacances d’été.

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– 4 –
Le mica sur la plage

Au retour, prenez le temps de vous promener sur la plage pour observer les scintillements incroyables du mica dans le sable : lorsque le soleil brille, on a l’impression de marcher sur un tapis de paillettes. Si la marée montante s’en mêle : de l’or liquide. Il n’en faut pas davantage pour me combler absolument. Amis photographes amoureux des bokeh et autres effets de profondeur de champ : il y a là de belles opportunités.

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– 5 –
Petit déjeuner face à la mer

Si vous voulez dormir dans le coin, n’hésitez pas à réserver une chambre à l’hôtel Les Mouettes qui a les pieds dans l’eau… et une terrasse pour y prendre le petit déjeuner si le temps le permet (prévoyez tout de même une petite laine, pour les premières heures du jour).

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– 6 –
La Cité de la Voile

Si vous avez moins de chance et qu’il ne fait pas très beau, offrez-vous une visite de la Cité de la Voile Eric Tabarly où l’expo permanente m’a un peu fait penser à ce qu’on peut trouver à la Cité des Sciences de La Villette : une multitude d’expériences et de manipulations, très ludiques (pour les enfants ET les parents), mais cette fois sur le thème de la mer et de la navigation. On y apprend à barrer, à comprendre le vent, à faire des noeuds marins… bref, on ne voit pas le temps passer (pourtant croyez-moi, je suis toujours pleine d’a priori sur ce genre d’espaces) et c’est une excellente première approche, pour qui n’a jamais mis les pieds sur un bateau.

– 7 –
Déjeuner branché

Pour casser une graine pas trop loin de la Cité de la Voile, vous pouvez vous arrêter à La Base. Comme je ne mange pas de viande, il m’a été assez difficile de trouver quelque chose à me mettre sous la dent, mais tout le monde, à table, a semblé apprécier le contenu de son assiette.

– 8 –
Du côté de Ploemeur

 Pour dîner, n’hésitez pas à réserver une table au Vivier, le restaurant gastronomique de Ploemeur où tout est absolument délicieux. Et ne loupez pas le couchant, sur le petit port adorable de Ploemeur (la petite promenade qui aboutit sur la jetée est très jolie).

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– 9 –
Une virée en mer

Et maintenant : on file à Groix ! Pour cela, deux options. Vous pouvez très bien prendre le ferry… mais vous pouvez aussi vous offrir une croisière sur l’un des splendides bateaux de Challenge Ocean. Nous y avons passé quelques heures magnifiques et, s’il n’y avait eu la promesse d’une belle découverte, je me serais volontiers cachée au fond de la cale pour ne pas débarquer. Sachez aussi, si vous vous sentez un peu aventurier, que les bateaux partent parfois pour des croisières plus longues (dont des transatlantiques)(ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd).

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– 10 –
L’arrivée au port

Ferry ou voilier, quoi qu’il arrive : ne loupez pas l’arrivée au Port ! Là encore, si vous aimez prendre des photos, c’est le moment de vous amuser. Peu importe le temps qu’il fait ce jour-là : ce sera forcément joli et poétique, dans différentes nuances.

– 11 –
Port Tudy

D’ailleurs, une fois débarqué : profitez-en pour faire un petit tour sur le port qui est adorable, et rêver devant les jolis bateaux de toutes les couleurs. C’est une des mes occupations favorites : chercher dans quel bateau j’aurais envie de prendre le large :)

– 12 –
Faire le tour de l’île

Une fois à Groix, je vous conseille vraiment de louer un vélo électrique (à moins que vous n’ayez prévu de venir en voiture). L’île n’est pas très grande, mais tout de même un peu trop pour la parcourir entièrement à pied. C’était la première fois que je faisais du vélo électrique et sans aller jusqu’à dire que ce fut une expérience inoubliable – j’ai une sainte horreur du vélo – je reconnais bien volontiers que c’est là le moyen de transport le plus commode.

– 13 –
Plage des Grands Sables

La première destination à ne surtout pas manquer, sur l’île, est cette plage ahurissante, à laquelle on accède par un petit chemin qui semble un peu secret : la plage des Grands Sables, abritée par une immense falaise et qui s’avance dans la mer  – couleur caraïbes dès que le soleil pointe son nez et d’une transparence absolue – avec la fierté d’un bateau corsaire prêt à conquérir le monde. Je viens de lire la biographie de Magellan, qui visiblement me monte un peu à la tête.

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– 14 –
Chercher le petit coin secret

Inutile de vous dire que vous ne POUVEZ PAS aller à la plage des Grands Sables sans prendre quelques photos ! Pour ça, il faudra demander à Céline ou Marjolaine du super blog WonderfuBreizh leur petit coin secret pour prendre les meilleures photos :) Quoi qu’il en soit, la plage des Grands Sables mérite qu’on s’y arrête pour quelques heures, ne serait-ce pour voir la mer changer au gré des nuages qui, ici, s’entassent ou se dissipent en quelques secondes.

– 15 –
Le Trou de l’Enfer

S’il ne fait pas très beau (soyons tout de même honnêtes : ça arrive), oubliez la plage et filez pour une promenade à travers l’île, jusqu’au Trou de l’Enfer où vous pourrez admirer cette fissure incroyable dans la falaise, rendue plus dramatique encore si le temps est à la pluie et que les vagues sont de la partie. Notez que la Bretagne et ses îles dénombrent une quantité invraisemblable de « Trous de l’Enfer ».

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La point des chats

Si, comme moi, vous aimez vous raconter des histoires, évadez-vous à présent à la Pointe des Chats. Rien que le nom donne envie d’y aller, non? Et contemplez ses incroyables roches feuilletées au bout desquelles de grands rouleaux viennent se jeter avec un sens du drame extrêmement développé. Le genre d’endroit où l’on se prend volontiers pour l’héroïne d’un roman anglais du dix-huitième siècle si vous voyez ce que je veux dire.

– 17 –
La chasse aux coquillages

À la Pointe des Chats également : le phare avec toute sa majestueuse photogénie. Impossible d’y résister. Si vous aimez les coquillages, sachez qu’une petite surprise attends les amateurs de grains de café sur la petite plage qui s’étend au pied du phare.

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– 18 –
Port-Lay

Si vous avez encore assez d’énergie : piquez à présent vers le centre de l’île, par le petit bourg et à travers les jolies petites rues bordées de maisons adorables, piquetées d’hortensias et de roses trémières, puis filez vers le microscopique petit port de Port-Lay. Idéalement, je vous conseille d’y aller deux fois – ce que je n’ai pas pu faire – afin d’y voir le port à sec et le port à marée haute. Dans les deux cas : vous ne perdrez pas votre temps, le point de vue est adorable et vous trouverez plein de jolis angles de composition, si vous avez envie d’y faire des photos.

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– 19 –
Un dîner sur le Port

À présent, je ne sais pas comment vous voyez les choses, mais si vous avez suivi à la lettre toutes ces indications, je dirais qu’il est plus que temps d’aller boire un coup :) Le joli café de la Jetée, à Port Tudy, sert une cuisine tout à fait agréable et vous aurez peut-être la chance de dîner en compagnie de chants de marins. En effet, je considère personnellement cela comme une chance : j’ai d’ailleurs passé l’essentiel du dîner à m’époumoner, au grand damn de mes compagnons de voyage, trop polis pour me faire remarquer cet enthousiasme tapageur.

– 20 –
Un petit verre (ou deux)

Par contre, pour un petit verre tardif, je vous recommande davantage le Mojo où nous avons retrouvé mes bretonnes d’adoption préférées. Le Mojo avec ses grandes tables super conviviales, ses mojitos et sa super ambiance.

– 21 –
L’heure Bleue

Point photo : avant d’aller faire la bamboula au Mojo, ne ratez pas l’heure bleue sur le port ! C’est-à-dire les quelques dizaines de minutes qui suivent le coucher du soleil et qui donnent cette teinte incroyable (la photos d’en tête de ce billet a été prise à ce moment-là, et je n’ai pratiquement fait aucune retouche).

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– 22 –
Une nuit « comme à la maison »

Après tout cela, je pense que vous n’avez pas volé une bonne nuit : direction, pour cela, le petit hôtel de la Marine avec ses chambres qui fleurent bon la maison et où on se sent chez soi. J’ai adoré cet endroit (qui m’a rappelé la maison de mes arrière-grands parents maternels) en dépit d’une insonorisation, disons, relative. Je m’en fiche, j’ai un sommeil de plomb et je ne vous cache pas que, vu l’heure à laquelle je suis allée me coucher ce soir-là, j’aurais aussi bien pu m’endormir dans le salon sans que cela remette en cause une seule seconde la qualité de mon sommeil.

– 23 –
La ferme des Ormeaux

Passé le petit déjeuner pris dans la charmante pièce principale de l’hôtel, il est temps, déjà, de reprendre le ferry pour Lorient. N’oubliez pas de passer à la ferme des Ormeaux (que nous avons d’ailleurs visitée) pour faire le plein de spécialités locales notamment à base d’ormeaux, un coquillage peu connu et pourtant délicieux (ma grand-mère en préparait parfois, de retour de la pêche), mais que je ne pourrai plus jamais manger tant ces animaux m’ont paru fascinants, touchants et intéressants. Je crains fort que mes dernières concessions au végétarisme (pourtant pas nombreuses) soient en train de céder et que je ne me retrouve désormais auto-privée de la nourriture que j’aime le plus au monde : les fruits de mer fraîchement pêchés.

– 24 –
Un rien de nostalgie

Dans le ferry au retour, lancez sur youtube cette très jolie interprétation de « Trois marins de Groix » par une formation féminine appelée « Les Pirates » pour regarder le port s’éloigner et contempler les côtes de Lorient. Vous pouvez également télécharger la version numérique du roman de Lorraine Fouchet, « Entre ciel et Lou » qui se déroule à Groix pour finir le voyage.

– 25 –
La rade de Lorient

Mais la lecture, ce sera pour plus tard ! Il vous reste encore le beau paysage des voiliers qui vont et viennent entre Lorient et Groix. Les embruns. La beauté crue de tout cela.

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Il me reste un certain nombre de grands mercis à distribuer : Nicolas et Adeline de We Like Travel, pour avoir eu la gentillesse de m’inviter à prendre part à ce séjour, France de L’office du Tourisme du Morbihan pour sa bonne humeur incroyable, Anne-Laure, Estelle, Nath et Sébastien, mes super compagnons de voyage et enfin Céline et Marjolaine venues me cueillir à la cale et pour les quelques heures délicieuses que nous avons passées ensemble.

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Vous avez forcément déjà vécu une de ces grandes périodes de transition. Peut-être même êtes-vous en ce moment en plein dedans. Alors je ne vous apprends rien : quand on entre dans une zone de turbulences, ce n’est pas si simple de hausser tranquillement les épaules, se dire que « tout a du bon » et nous apportera, finalement, de beaux fruits. Et même une fois la tempête passée, il faut parfois plusieurs étés pour récolter enfin les bénéfices de ces épisodes mouvementés. C’est ce qui m’a donné envie de vous raconter cette petite histoire.

Comme vous le savez peut-être, il y a quatre ans, je suis partie en bateau pendant un mois et demi. Traverser l’Atlantique sur un voilier, c’était le rêve de ma vie. Pourtant, je n’ai jamais réussi à la raconter, cette transat. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, d’avoir relu cent fois mon désolant carnet de voyage dans l’espoir d’en tirer quelque chose d’intéressant. Mais rien. Jamais je n’ai expérimenté avec autant de force l’angoisse de la page blanche que dans ces moments où je me suis penchée sur le récit de ce voyage. Et pour cause : celui-ci ne m’ayant pas apporté ce que j’espérais y trouver, j’ai plus ou moins considéré qu’il ne m’avait rien apporté du tout.

Ce que j’espérais trouver en faisant ce voyage ? Oh, c’est tout simple : je voulais devenir quelqu’un d’autre. Ah! Si je défends corps et âme l’amour et la bienveillance envers soi-même, ce n’est malheureusement pas pour rien et cette époque a marqué le sommet de ce désir absolu d’échapper à moi-même.

Ainsi donc, une expérience de vie à dix mille lieues de mon quotidien m’était apparue comme une idée des plus brillantes pour parvenir enfin à me débarrasser de ma petite personne, et j’ai foncé dans l’aventure persuadée d’y découvrir enfin mon « Vrai Moi » (par opposition au « Moi Navrant » avec lequel je cohabitais péniblement jusqu’alors). Imaginez donc la cuisante déception, au retour, lorsqu’il me fallut admettre que j’étais rentrée de ce périple exactement telle que j’étais venue. Pas une once de transformation, si ce n’est les cinq kilos accumulés à bord, à force de tartines de Nutella, qui font probablement de moi la seule personne au monde ayant été capable de prendre du poids pendant une traversée en mer.

N’ayant pas réussi à devenir une autre personne, il m’aurait fallu reconnaître que ma Grande Aventure avait essentiellement consisté en un mois de vacances au grand air, certes délicieuses mais tout de même plutôt vaines, considérant les grandes ambitions que j’avais imprudemment placées en elle. Rien d’étonnant donc qu’en ces circonstances dramatiquement peu héroïques, j’aie rencontré quelques difficultés à en relater le récit.

Seul changement notable lié à ces six semaines en mer : j’y ai découvert, stupéfaite, que je pouvais être heureuse avec trois fois rien. Oui, moi – fruit d’une famille relativement prospère, clairement surprotégée, citadine convaincue, adoratrice d’escarpins à paillettes et utilisatrice compulsive de taxis – je pouvais me satisfaire de peu de choses (cinq culottes, trois t-shirts, deux shorts, autant de polaires, une veste de bateau, un maillot de bain et deux paires de tennis exactement) et d’un confort plus que relatif puisque nous vivions entassés à 30 sur ce grand rafiot franchement cracra sur lequel on lavait – vaguement – la vaisselle à l’eau de mer et où je partageais des toilettes à pompe avec ce que la planète a produit de plus incompatible : des hommes faisant pipi debout et un bateau qui tangue.

Hélas, loin de m’alléger, cette découverte a d’abord commencé par me jeter à terre : une fois rentrée chez moi à Paris, je me souviens nettement cette sensation de « trop de tout » qui m’a saisie à la gorge si violemment que, quelques jours plus tard dans un état proche de la panique, je déménageais à Granville, déterminée à faire table rase d’à peu près tout. Et par dessus le marché, il y avait ce constat sidérant : alors comme ça j’allais vraiment devoir vivre avec moi-même jusqu’à la fin de ma vie?

Autant vous dire qu’à ce moment là, je ne me souviens pas avoir ressenti tout cela comme un enseignement. Encore moins comme une étape positive de ma vie. Au retour de ce voyage, l’inconfort généralisé que j’éprouvais alors a même atteint une sorte d’épouvantable climax : non seulement ça n’allait pas mieux après la traversée, mais ça allait franchement moins bien. Autant l’avouer clairement : j’avais atteint le point « finalement la vie, c’est pas terrible, ça ne m’intéresse pas tant que ça. Est-ce que je serais pas mieux d’arrêter les conneries? »

Et bon. J’ai la chance inouïe d’être bien entourée. Cahin-caha, la vie a repris son cours. J’ai doucement repris mes habitudes l’une après l’autre pour finir par oublier carrément ça, que vivre avec trois culottes, trois t-shirts et deux shorts avait été une forme de libération. Progressivement tout a repris sa place : mes chaussures à paillettes et mon usage frénétique des taxis, compris.

Le zéro absolu du changement, en somme. J’avais fait ma crise et rien, RIEN, n’avait bougé. Non seulement j’étais restée exactement la même, mais pire : je n’avais rien appris. À quelques petits détails près, en fait… Mais ça il m’a fallu quatre ans pour m’en rendre compte. QUATRE ANS, les enfants !

Point 1. L’amour de soi. Ces dernières années, j’ai appris doucement à devenir amie avec moi-même et je crois pouvoir dire qu’en dehors de quelques rechutes passagères, je le suis désormais. J’ai d’ailleurs commencé à rédiger plein de choses à ce sujet et je pense qu’il y aura ici une série de billets consacrées à la manière dont je m’y suis prise, pour cela. Parce que finalement, j’ai avancé de manière très scolaire. Mais ce billet est déjà bien trop long pour que je commence à entrer dans les détails.

En tout cas. Aujourd’hui, entre moi et moi, ça va plutôt pas mal. Et si ça va bien, c’est parce qu’un voyage en bateau, il y a quatre ans, m’a donné exactement le contraire de ce que j’attendais de lui, en me montrant que je ne pourrais jamais, jamais, jamais échapper à moi-même. Y compris au milieu de l’Atlantique (encore moins au milieu de l’Atlantique que partout ailleurs, en fait). Et je vais vous dire : n’avoir aucun autre choix que celui d’affronter le désamour complet que j’éprouvais pour ma petite personne est l’une des choses les plus douloureuses, les plus difficiles que j’ai eu à faire jusqu’à présent dans ma vie. Mais aussi des plus essentielles. Et finalement des plus précieuses.

Point 2. Vivre avec moins. Découvrir que je pouvais me satisfaire de peu de chose n’a pas fait de moi un esprit pur, dénué de tout désir matériel. Non. La vérité, c’est quand-même qu’à choisir, je préfère nettement vivre avec beaucoup qu’avec peu. Et je dois bien reconnaître que je me verrais bien mieux installée dans le grand bureau lumineux d’une vaste demeure en pierre taillée dotée d’une exquise vue sur mer, qu’en baroudeuse échevelée parcourant le monde avec son sac à dos et son bâton de marche.

Par contre, savoir que je peux vivre avec peu de biens matériels, peu de confort et peu d’occupations m’a permis de progresser sur quelque chose d’essentiel : la peur de manquer. Le risque me fait bien moins peur aujourd’hui parce que je finis toujours par me dire : « Bon et si ça ne marche pas, au pire, il se passe quoi? Je me trouverai un petit bateau miteux et j’irai à la pêche? Bon. Alors ça va. » Et le plus incroyable dans tout ça, c’est que ça marche plutôt mieux. Aussi curieux que ça puisse paraître : mes projets sont globalement plus profitables aujourd’hui qu’il y a cinq ans.

Bon, vous allez me dire que j’aurais aussi pu partir deux semaines en camping pour me rendre compte de tout ça, que c’était pas la peine de faire tout ce cirque. Alors oui, c’est vrai : avec du recul, on peut toujours se dire qu’on aurait pu mieux faire, plus vite, plus simple, plus direct et se faire moins de bobos. Mais je ne suis pas très sûre d’y croire. J’ai plutôt l’impression que chaque mini chose compte et que tout est à la bonne place. Tout le temps. Même lorsque ça nous casse les bonbons.

Alors n’oubliez pas ça, vous non plus, si vous traversez une période de changement, de transition, de flou, d’inconfort. C’est vrai, peut-être que vous n’obtiendrez pas ce que vous espériez. Et peut-être d’ailleurs que c’est une sacré chance que vous ne l’obteniez pas. Si ça se trouve vous aussi, vous avez besoin d’arriver devant un mur ou de faire le constat d’une impasse pour décider de changer de point de vue. Et oui, il se peut qu’il s’écoule un petit moment avant que vous ne puissiez voir les beaux fruits nés de cette période où ça gratte de partout. Mais n’oubliez pas que ça va arriver. Ce jour-là, vous serez éblouie de découvrir tout ce que vous avez acquis sans même vous en rendre compte. Que vous êtes déjà en train d’acquérir. Là, en ce moment. Exactement maintenant.

Alors ne lâchez pas la barre, hein. C’est vraiment pas le moment!

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Dans cette troisième et dernière partie de ce périple australien, je vous emmène autour de Cairns, dans la forêt tropicale de Daintree. J’ignore si j’y aurais posé mes valises de mon propre chef, bien trop effrayée a priori par tout ce qui y grouille : insectes, grosses bêtes en tout genre et petites bestioles pas toujours sympathiques. Les dieux ont été de mon côté, il faut croire, car je n’y ai pas croisé la moindre araignée, ni le plus petit serpent – en dehors du cadre très organisé des visites.

Pour autant, je garde une impression très particulière de ces quatre jours : je mentirais en disant que je m’y sentais tout à fait à l’aise et en même temps, j’étais éblouie, littéralement. Eblouie par cette abondance de vert qui vous fait ressentir comme nulle part ailleurs la puissance phénoménale de la nature, et aussi par la quiétude absolument magique qui règne au coeur de la forêt. Eblouie, encore, par les parfums lourds que transporte l’air, les couleurs, les sons. Ici, tout était différent, depuis le cri des oiseaux dans les arbres jusqu’à la taille du plus petit brin d’herbe. Et d’un autre côté, je n’avais jamais éprouvé auparavant cette sensation de – je ne sais pas trop comment le décrire – comme si c’était trop vivant pour moi. Je me sentais comme écrasée par la vie, vulnérable. Pourtant, assez paradoxalement, c’était une sensation grisante.

Je comprends mieux désormais pourquoi tous les sorciers, tous les mages et toutes les fées de l’Histoire élisent domicile au coeur des plus vastes forêts.

Mais revenons à cette liste éparse de choses à faire, à voir, d’endroits où séjourner, d’idées…

+ Se lever tôt
À cette époque de l’année (septembre), le soleil se couche relativement tôt, autour de 18h30. C’est une occasion parfaite pour modifier un peu ses habitudes. Je me suis levée tous les jours à 5h30 pour profiter des premiers rayons du soleil, et pas une fois je n’ai été déçue par ce petit effort. J’ai pu voir et profiter de plein de petites choses extraordinaire, dans un calme total. Et puis, il n’y a pas de secret : pour les photos, le matin ou la fin de journée n’ont vraiment pas leur pareil.

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+ Une leçon de noix de coco !
Thala Beach Nature Reserve, comme son nom ne l’indique pas exactement, est un hôtel. Mais pas n’importe quel type d’hôtel : on y dort dans des bungalows qui donnent tous sur la forêt tropicale avec, un peu plus loin, la mer. Le lieu en lui même est si paisible qu’il pourrait porter le nom de « retraite » et je n’ai aucun mal à imaginer des visiteurs séjourner ici durant de longues périodes, totalement coupés du monde. Le genre d’endroits où on imagine que des écrivains en quête d’inspiration viennent finir leur roman. On peut accéder à la plage qui se trouve en contrebas à pieds et nous avons reçu une fabuleuse conférence in situ sur les particularités de la forêt tropicale, et notamment sur les noix de coco qui sont, je l’ai découvert à ce moment-là, un fruit tout à fait fascinant. Petite surprise supplémentaire : lors de notre séjour, une maman wallaby particulièrement portée sur les bananes mûries à point, avait pris l’habitude de venir chercher un peu de nourriture tous les soirs à l’hotel :) Continuer la lecture

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Dans le dernier billet, je vous ai laissé à Hamilton Island. Aujourd’hui, nous survolerons les Whitsundays et la grande barrière de corail, avant de nous poser à Hayman Island. Voici donc à nouveau quelques idées à piocher pour la feuille de route de votre voyage.

+Survoler les Whitsundays
Deux options s’offrent à vous si vous désirez vous y rendre : prendre le bateau (vous pouvez le faire depuis la côte, ou depuis certaines îles) ou… louer un hydravion (la compagnie Air Whitsunday est la seule habilitée à se poser sur la plage, si je ne me trompe pas). C’est cette dernière qui nous a été proposée et, pour une fois, ma préférence ne va pas au bateau : c’est définitivement cette deuxième option que je vous recommande. Le spectacle est à couper le souffle. D’ailleurs, je me souviens que nous avons fait une bonne partie du trajet dans un silence complet, pour ne pas dire carrément religieux.

Je me demande toujours comment on ressent tout ça lorsqu’on est le pilote et que, ce trajet, on l’effectue deux fois par jour, deux cent cinquante jours par an. Vous croyez qu’on se lasse ?

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+ Boire le champagne à Whiteheaven Beach
Lorsque nous avons débarqué sur la plage de Whiteheaven beach, je me sentais encore sonnée par le spectacle que nous venions de contempler et je me suis contentée de m’assoir sur le sable pendant un bon moment pour reprendre mes esprits. Dans la formule qui nous était proposée, il était spécifié « apéro sur la plage » mais je n’en avais pas tenu compte. Dans la mesure où il était à peine dix heures du matin, j’en avais conclu qu’il s’agissait simplement d’une erreur. Continuer la lecture