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Là d’où l’on vient

Les racines. J’ai beaucoup de mal à décrire ce qu’elles sont et plus de mal encore à comprendre à quoi elles servent dans le mécanisme secret qui nous permet de tenir debout. Souvent, on n’y pense pas, à nos racines. Sans doute qu’elles font tellement partie de nous : on respire, on marche, on est retenu au sol du monde par des racines, et voilà.

On ne fait pas trop attention à elles. Parfois même, on en déniche une et l’on est tout surpris : un ami d’enfance, par exemple. Un jour, on parle, on refait le monde et paf, tout à coup on comprend que dans cette relation, dans cette amitié, il y a une racine solidement arrimée, bien enroulée autour de notre cœur.

Je crois aussi qu’on en a toujours une ou deux qui sont établies en nous plus profondément. Qui nous définissent, presque, tant on est lié à elles. La mienne, je le sais depuis longtemps, se trouve là, sur ces photos. Parmi les grains de sable, le varech et les moulières. Dans le vent qui porte les goélands argentés et les mouettes bavardes. Même dans le bruit que font les tracteurs qui rentrent des marées. Dans les épuisettes des enfants ou dans la glaise qu’on trouve parfois à mer basse. Et dans les parasols d’un goût douteux des vacanciers qui font comme des nuées de fleurs un peu vulgaires, les jours où il fait beau.

Je ne saurais pas dire exactement en quoi je suis enracinée ici, ni à quoi ça me sert. Ni même pourquoi c’est important. Peut-être est-ce seulement parce que quand je regarde ces photos c’est un peu comme si je découvrais soudain mon portrait. Un endroit qui me définirait mieux et bien plus complètement que n’importe quel qualificatif.

Assise sur l’un des cailloux qui bordent la plage, je regarde la mer remonter à toute vitesse sur la grève de Saint Martin de Bréhal et je sais avec une certitude qui m’émerveille que quels que soient les chemins et les routes que la vie choisira pour moi, quels que soient mes voyages, mes errances ou mes escales, cette plage et ces vagues seront toujours mon seul chez moi.

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26 réflexions sur “Là d’où l’on vient”

  1. Très jolies photos encore une fois.
    Tu décris très bien ce que l’on doit tous ressentir…
    Je suis née dans les terres au sein d’une famille d’agriculteurs et ce sont les champs qui m’interpellent…

  2. Tes photos sont magnifiques comme d’habitude ! Je suis allée passer 2 jours à St Martin de Bréhal avec ma classe, le peu que j’en ai vu (bah voui on travaillait) c’était très mignon ! Et puis mes racines sont à St-Malo donc ce n’est pas très très loin ;)

  3. J’adore ces photos surexposées, comme blanchies par le sel et le vent.
    Elles ont la douceur des rêves et des souvenirs chéris…

  4. Comme tu dis, on y pense rarement à nos racines, jusqu’au moment où l’on comprend à quel point c’est essentiel … Une photo retrouvée, des souvenirs évoqués, une amitié …

  5. Encore une série de photos fantastique, j’aime aprticulièrement en ce moment ta façon de surexposer tes photos.
    Et puis ce texte sur les racines, me parle tellement. Surtout que j’ai ai un peu partout des racines, Espagne du côté de ma mère, Italie du côté de mon père, 2 pays où j’ai passé toutes mes vacances depuis l’enfance. Et puis il y a le Sud Ouest où j’ai grandi. Ca peut parfois être pesant d’être loin de ces endroits qui nous ont vu grandir et où l’on se sent chez soi. Même si on y pense pas consciemment, on a souvent une bouffée d’amour et de bien être quand on se retrouve sur ces lieux.

  6. Magnifiques photos, ça me rappelle mon Cotentin (ma région d’origine) que mes parents ont quitté il y a deux ans pour se rapprocher de la famille… Depuis, je me sens comme amputée d’une partie de moi-même, dur…

  7. merci pour ce joli texte. Tu décris parfaitement ce qui est indescriptible: ce qui fait qu’on comprend qu’on est chez soi quelque part, que cela vibre en nous spontanément, sans choix personnel. Je vis la même chose que toi quand je regarde une garrigue, ses plantes odorantes, que je me sens écrasée par le soleil. Et idem quand Nougaro chante son Toulouse et « l’eau verte du Canal du Midi »… sentiment impossible à maîtriser.

  8. je pense que je me répète mais encore une fois les photos sont magnifiques..

    le texte aussi d’ailleurs, puisque moi aussi, j’ai l’impression d’être réellement chez moi et entière que quand je suis face à la mer..

  9. Oui l’identité est très complexe et il serait même réducteur de la restreindre à un lieu ou une langue. On peut dire que chaque personne à sa propre identité. A ce propos je vous suggère l’excellent « Les identités meurtrières » d’Amin Maalouf. Un livre qui fait beaucoup réfléchir sur cette notion importante!

  10. Il y a ce magnifique mot anglais, dont nous n’avons pas d’équivalent, qui dit à lui tout seul ce sentiment de familiarité, de sécurité, de douceur, de chaleur et d’intimité : HOME…

  11. J’aime beaucoup ta note. ( Sans compter que je suis une grande amoureuse de la bretagne, même si je n’y ai aucune racine)

    Plus on avance dans le temps, et plus ces repères prennent de l’importance à nos yeux.

    La maturité sans doute!! ;-)

  12. Comme toujours, tu trouves exactement les mots pour décrire ce qu’on ressent au plus profond de soi même et qu’on n’arrive pourtant pas à exprimer. Tes textes sont vraiment touchants et justes, et toujours bien illustrés. Je ne laisse jamais de commentaire, mais parfois, il faut dire les choses :)

  13. Anne-So, tes textes sont de plus en plus beaux …
    Sinon bien sûr que je comprends ce que tu ressens, pour moi c’est une évidence : je viens de Corse, et j’appartiendrai pour toujours à cette terre …

  14. Vivant enfant dans un autre coin du monde ,j’ai passé mes vacances sur cette plage, puis je suis venue la côtoyer tous les jours pendant des sacrées paires d’années ,je l’ai quitté ensuite quelques temps et j’avoue que tout en habitant dans des endroits grandioses comme le golf du Morbihan et l’île de Bréhat sans oublier Saint Malo cette immense étendue de sable ou l’on peut marcher des heures tout en rêvant m’a manqué .Les racines de notre enfance sont marquées profondément en nous .Alors pour un petit moment encore je suis venue y vivre à nouveau ,la regarder tous les jours avec son humeur changeante et ses couleurs profondes et la mer qui discute avec elle et la change tous les jours .

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