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Donne-moi juste encore un peu de temps

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Comme c’est curieux, dans ce monde qui exige tant de rapidité de notre part en toute chose, de devoir déposer les armes devant cette évidence : le temps ne s’accélère jamais vraiment. On peut brûler des étapes, c’est certain; faire à l’emporte pièce, ou s’assoir à une table en attendant que les idées tombent, ça n’avance pas plus vite. En tout cas pas avec le même résultat. Bon an, mal an, on est forcé de se laisser porter. Un peu comme lorsqu’on apprend à nager : devoir faire confiance à l’eau qui, tant qu’on n’a pas compris comment se laisser aller à elle, paraît d’une effroyable hostilité. Un vrai morceau de bravoure.

Et puis il y a cette angoisse perpétuelle du gâchis : chaque minute mal employée est perdue, irrémédiablement gâchée. Impossible d’économiser. Se mettre un petit tas d’heures de côté sous le matelas, pour plus tard. Au cas où. Comme c’est difficile pour nous, qui aimerions tant faire de chaque minute une heure, de chaque heure une journée et nous diriger ainsi, tranquillement, avec l’air de ne pas y toucher, vers une sorte d’immortalité.

Je pensais à ça ce week-end, devant ce paysage que je croyais ne plus jamais revoir, en compagnie de personnes que je pensais ne plus jamais serrer dans mes bras. Alors que j’avais mis des « trop tard », des « perdu », des « jamais » et des « fini » à toutes les phrases, finalement j’étais là. Quelque part où je sentais enfin s’ouvrir un vrai chemin. Une voie pas trop bien dessinée, sinueuse, bordée de coins d’ombre et d’incertitudes, mais sans l’ombre d’un doute : un sentier. Plutôt joli, même, je dois dire et surtout qui ait une petite chance de m’emmener vers un vrai quelque part. Enfin.

Il a fallu presque trois ans pour ça.

Si on m’avait dit ça, rendez-vous dans trois ans, je crois que je serais restée assise là. Sans bouger. Sans courage ni forces. Je ne me serais pas sentie capable d’entreprendre le voyage. Et à présent que j’entrevois enfin les premiers scintillements de ce trésor pour lequel j’ai tout retourné dans ma vie, je réalise seulement que c’était l’espace nécessaire, indispensable, pour me permettre d’aborder ce chapitre avec confiance. Trois ans. Je n’avais pas tablé sur plus de quelques jours.

Alors en ce lundi mi figue mi raisin, inondé de lumières indécises, c’est ce que je nous souhaite à tous : de nous donner encore un peu de temps. Que ce soit pour y voir plus clair, pour revenir sur ses pas, pour mener à bien ce grand rêve, pour faire un enfant, pour se donner de l’élan, pour s’aimer mieux, pour comprendre ou pour se pardonner, et pour tout ce qu’il vous plaira d’ajouter derrière ces trois petits points… donnons-nous du temps.

PS : je pense soudain à cette vidéo, très imaginative, sur le thème du temps et de la créativité. Prenez deux minutes, elle est vraiment très bien.

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19 réflexions sur “Donne-moi juste encore un peu de temps”

  1. Ton billet résonne très fort en moi… tout à fait ce dont j’avais besoin de lire et en accord avec mes pensées du moment, merci!
    Par contre, le lien vers la vidéo ne marche pas… ?

  2. C’est si vrai. Notre rapport au temps fut un de mes sujets philosophiques préférés en mon temps de bachelière. Pourtant, il est facile de se laisser engluer dedans ou de penser soudain avoir prise dessus. Et du même coup tabler « sur quelques jours », se donner « quelques heures pour se composer ». Quand en réalité, et tu le dis très bien, c’est le temps qui donne de quoi (re)composer, c’est le temps qui oublie, embellit, raconte, et nous emmène ou nous ramène. Tu m’as fait repenser qu’il faut lui faire confiance, et en garder un peu peu (de confiance et de temps) pour soi.
    (pardon du commentaire fleuve, mais ce billet…)
    Bises !

  3. J’ai l’impression que tu as mis les mots sur cette décision que j’ai prise, que tu es parvenue à synthétiser ce que j’ai tant de mal à exprimer. Merci et Merci…

  4. Il nous aura fallu sept ans. Pour vivre nos expériences. S’éloigner. Pour se retrouver. S’aimer mieux.
    Je ne l’aurais jamais imaginé, mais ce temps là, c’était juste ce qu’il nous fallait.

  5. merci pour ces mots si justes, ce que tu écris me touche beaucoup – et c’est vrai que même si c’est dur, il est parfois indispensable de laisser le temps faire son oeuvre, même si on a envie de sauter des étapes pour arriver plus vite. Mais la plupart du temps, on ne sait pas où l’on va alors il faut savoir attendre… pas toujours facile dans un monde où tout va toujours plus vite – mais ça vaut toujours la peine.

  6. ( A ne pas poster…) Chère Anne-Solange, pardonne-moi juste de sortir de ma réserve, de l’anonymat, de la poésie et des reflets évanescents et fragiles mais si profonds et vrais. Je suis tellement heureuse à la lecture de ce beau post, plein de possibles, d’espoir et de cette somptueuse lumière, indécise, peut-etre, mais ô combien prometteuse ! Ce paysage en est baigné, ses coloris résonnent aussi dans mon coeur car ils m’évoquent le sud-ouest terrien que mon mari m’a fait découvrir et aimer… Cela fait 6 ans que je te lis, que je me dis que tu pourrais être une amie, que nous nous ressemblons beaucoup par l’ecriture, moins par la dextérité manuelle ( je suis incapable de créer de mes mains, à mon grand dam). En 6 ans, jamais je n’ai pris le temps, ou osé faire de commentaire, par pudeur ( la mienne, puis la tienne) mais là, je voudrais juste te souhaiter bonne chance avec cette personne que tes fidèles lectrices ont connue, et même parfois entr’aperçue. J’espère que ma familiarité ne te paraîtra pas grossiere, ou intrusive, je suis juste vraiment heureuse pour toi de cette redécouverte, et que les mots « plus jamais » aient été vaincus, au moins d’un point de vue géographique !

  7. Bonjour Anne-Solange,
    je découvre votre blog depuis peu, et les choses que vous y exprimez, les mots, les photos (celle-ci en haut de l’article est d’une beauté sans fin) me parlent au plus profond de moi.
    Merci à vous de partager votre talent. Je suis heureuse d’avoir fait cette découverte, je reviendrai.

  8. Merci Anne So pour tes jolis mots, toujours justes.
    Ca raisonne vraiment beaucoup pour moi. J’ai voulu faire vite, j’ai voulu faire comme si, et en fait je n’avais pas laissé le temps faire son oeuvre.
    Je sais maintenant que le chapitre est bouclé, que c’est derrière, mais depuis beaucoup moins de temps que je n’ai bien voulu le faire croire.
    Joyeux nouveau sentier à toi.

  9. Les petits mots sous tes billets si jolis sont revenus, et ce billet vient de me faire sourire en grand.
    Je suis heureuse pour toi chère Anne-Solange, et mille fois oui: prenons le temps, donnons-nous du temps.

  10. Merci pour ce billet et pour cette vidéo. Ce que tu dis résonne en moi, j’ai l’impression d’être en course permanente pour arriver à tout faire et au final j’ai l’impression de ne rien faire ou en tout cas rien de bien. J’ai besoin d’une pause pour que les choses se recalent je pense :)

  11. Je le lis et le relis… « j’entrevois enfin les premiers scintillements de ce trésor pour lequel j’ai tout retourné dans ma vie ». Il est difficile de « tout retourner dans sa vie » et parfois se fait sentir la sensation d’être seule face à cette décision alors merci de partager ce moment où tout cela fait sens.

  12. rosevertblanc

    Un billet qui me parle beaucoup en ce moment. Merci !!! C’est vrai qu’il faut avoir confiance en l’avenir, en la vie, même si dès fois c’est un peu compliqué. Le grand retournement (côté pro) a eu lieu en janvier pour moi et j’espère apercevoir de petits scintillements très bientôt. «  »chi va piano va sano » » Et encore merci…

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