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La possibilité d’un ami

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Aux Bahamas, il s’est passé autre chose qu’une semaine de vacances. Une chose qui aurait pu se produire n’importe où ailleurs, n’importe quand, et qui est tellement surprenante et rare que j’en demeure encore tout étonnée : j’y ai reconnu un ami. Souvent, on rencontre une personne et il faut longtemps, quelquefois des années avant que ne se produise ce mystérieux basculement vers l’amitié, mais il arrive que ce soit différent et qu’il ne suffise que d’une phrase. Peut-être même pas d’une phrase.

Vous avez probablement connu cette sensation étrange, vous aussi, ce moment incroyable où vous vous adressez à une personne inconnue comme vous ne le faites qu’avec les plus proches de vos proches. Cette image traditionnelle de la conversation reprise là où vous l’aviez laissée la dernière fois… sauf qu’il n’y a pas eu de dernière fois.

Je ne sais pas si l’on se souvient toujours du moment précis où survient la possibilité d’une amitié. En y repensant maintenant, oui, je le sais. Le pourquoi et le comment, évidemment, échappent au raisonnement. Il a dit cette phrase et une fraction de seconde plus tard, je savais que – s’il m’y autorisait – je m’inquièterai désormais de ce qui arrivera dans sa vie. Que je prendrai de loin en loin des nouvelles de sa mère, de ses enfants et que je me réjouirai de ce qui arrivera de bien, dans son existence.

Et puis il y a eu ce moment plein de tristesse : se dire au revoir tellement trop tôt. Lorsqu’on a l’impression que quoi que l’on fasse, on s’apprête à briser quelque chose. Car évidemment, une effrayante fragilité menace toujours les amitiés nouvelles, quelle que soit la brillance de leur premier éclat. Bien sûr, je crois aussi que les moyens les plus simples pour les consolider sont surtout le partage, l’expérience vécue ensemble, et même quelquefois les mises à l’épreuve.

Cette amitié dont je vous parle est peut-être vouée, comme d’autres avant elles, à un évanouissement inévitable. Personne ne peut le prévoir, alors nous verrons bien. Ne nous inquiétons pas de cela. Mais il y a une chose que je sais et c’est cela que j’avais envie de partager avec vous aujourd’hui. Avoir vécu ces vingt dernières années à six mille kilomètres de mon père adoré m’a permis de connaître cette richesse exceptionnelle qui se dissimule dans les liens entretenus par voie épistolaire, si on se donne la peine d’y consacrer du temps.

Après une longue période de silences interrompus par quelques coups de fils, voilà plus de dix ans que je lui raconte les petites choses de chaque jour, que je lui confie quelquefois ce que je ne saurais sans doute pas lui dire de vive voix et que nous avons appris à faire fructifier tout ce qu’il est possible de partager lorsqu’on se trouve loin : des pensées, surtout, mais aussi des livres, des trouvailles, des récits, les photos qui racontent si bien les détails…

Depuis tout ce temps, je conserve précieusement nos échanges. Je crois que mon père le fait aussi. Parfois je les relis s’il me manque, où si nous ne sommes pas donnés assez de temps l’un à l’autre, trop occupés par notre vie ailleurs. Comme un petit journal de ce que l’on traverse, j’ai même plaisir à relire quelquefois mes propres missives, à me rappeler d’une foule de petites choses que j’aurais certainement oubliées sans cela.

Et puis il y a ces lettres aussi précieuses que des moments passé l’un près de l’autre. Je me souviens, par exemple, de celle-ci, la veille de mon départ pour la traversée de l’atlantique l’année dernière, qui commençait par « Mon petit matelot » et qui fourmillait d’une foule de conseils. Tout cela pèse autant dans mon cœur que s’il avait pu me serrer dans ses bras et me dire de vive voix toute son inquiétude de père à me voir prendre la mer dans les conditions qui étaient les miennes à ce moment-là.

Le temps m’a appris non seulement que l’éloignement ne dissolvait pas tous les liens, mais que l’on pouvait aussi y faire l’expérience d’une façon d’être ensemble différente, intense, parfois magnifique. Pour rien au monde je ne voudrais être passée à côté de cet espace que nous avons créé l’un pour l’autre au fil du temps.

Avec les années et l’habitude de communiquer de cette façon particulière, plusieurs amis me sont devenus chers ainsi, par voie épistolaire. Je pense à A. qui vit à l’autre bout de la France et que je ne vois presque jamais, à D. dont le métier l’entraine ici et là de part le monde presque neuf mois sur douze, à M. installée à Montréal elle aussi et sans qui je me sentirais comme une boussole qui aurait perdu son aiguille, et quelques autres ainsi.

On a souvent tendance à partir perdant, vis à vis des longues distances, à croire qu’on ne peut rien y faire et alors à ne rien tenter. Alors s’il vous plait, n’oubliez pas cela si d’aventure vous faisiez furtivement la connaissance d’un ami entre deux avions ou bien entre deux portes : laissez une petite place pour cette possibilité qui peut vous apporter tant de joie.

Je vous laisse aujourd’hui sur ces quelques images d’un coucher de soleil, un soir au Club Med de Columbus. Encore quelques photos, dans le prochain billet et on parlera d’autre chose, ensuite. Je crois que c’est maintenant, un peu plus d’un an après, que j’ai envie de vous raconter la transat. Il faut seulement que je trouve les bons mots. Oh, et si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez pas à emporter avec vous en vacances le merveilleux Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, auquel ce billet me fait penser.

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21 réflexions sur “La possibilité d’un ami”

  1. Comme toujours tes mots sont aussi beaux et pleins de zénitude que tes photos.
    Ce que je retiens de la lecture de ce livre? Un incroyable optimisme, un incroyable bonheur de vivre, en toutes circonstances. Ca te ressemble bien: c’est ce qui transpire de tes billets. La vie n’est pas toujours forcément belle, alors rendons la jolie. Merci.

  2. Tes mots sont magnifiques… Tes photos sont superbes…
    Je suis bien contente que tu sois de nouveau plus présente sur ton blog. C’est un réel plaisir de te lire !
    Des bises ^_^

  3. Si bien dit…ton écriture est douce.
    J ai aussi adoré lire « le cercle littéraire des amateurs de la tourte aux épluchures de patates » …j’aime dire son titre que je trouve drôle et il interpèle tout le monde hihi.

  4. Je crois que c’est la 1ère fois que je laisse un commentaire sur ton joli blog. Pourtant ça fait déjà un moment que je viens régulièrement (mais pas trop souvent non plus, il faut savoir cultiver le manque…) lire le billet du jour, ou du mois… et rêver devant tes photos pleines de poésie. Un moment que je m’assois parfois en tailleur sur mon lit avant de me coucher, la tablette sur les genoux, pour lire à voie haute à mon chéri qui lève alors le nez de son roman, le post qui m’a touchée. Et j’enchaîne sur les photos que je fais défiler. « Tu vois, c’est ce que j’aurais voulu écrire, et les photos que j’aurais aimé prendre. »
    Merci pour ce beau cadeau !

  5. C’est vrai qu’on n’écrit pas assez … quand tu dis « épistolaire », parles-tu de vraies lettres que tu envoies dans une vraie enveloppe ? :-D ou d’emails ?

  6. J’aime quand tu nous racontes de jolies histoires comme celle ci !
    Des mots toujours si bien choisis , des photos toujours si douces et lumineuses ! Merci !

  7. C’est très beau ce que tu écris, aussi doux que les photos tiens !! Tes mots me parlent beaucoup, même si l’amitié comme l’amour peuvent être aussi précieux que fragiles…

  8. Suis toute émue en lisant ça.
    Tu es le genre de personne qu’on a envie de croiser sur sa route, un rêve d’amie, un verre à moitié plein sur pattes.

  9. Toujours de l’émotion ds les mots, les photos que je trouvent si sublimes! je prendrais bien des cours avec toi tiens! bref, un blog qui fait du bien…

  10. Hop, je me lance, je me mouille, je laisse un commentaire ! C’est ce billet en particulier qui favorise ce genre d’élans… Il reflète la beauté des relations humaines, si complexes, profondes, bouleversantes ! Je suis émue par ces potentialités d’amitiés que tu évoques et que je ressens parfois. Et ces échanges épistolaires avec ton papa, c’est extraordinaire… Moi qui ne m’entends que difficilement avec mon père, ça me laisse rêveuse. A d’autres mots !

  11. Merci à toi pour ce beau billet, je ne t’écris jamais et pourtant dieu sait que tes mots me touchent souvent. Et là je ressens une belle joie juste en sachant que tu vas nous parler un peu de ce voyage… J’ai beaucoup pensé à ta traversée, je l’ai imaginé au gré de tes mots, et je sais que je vais aimer les lire. Merci d’avance Moussaillon pour ce beau partage :-)

  12. Quel joli billet, illustré par de si jolies photos…
    ps : je me rends compte que je ne suis pas très originale dans mes commentaires, car j’ai l’impression d’y écrire à chq fois la même chose. Mais tes billets sont tjrs tellement bien écrit, de choses tellement vraies… que… ben… à chq fois ça m’émeut… et que je ne dis plus rien de très « intelligent »
    Merci Anne-So
    Hâte de lire tes billets sur la transat !

  13. Comme il est dit dans les autres commentaires : très bel article ! Tu me donnes envie de me mettre à écrire des lettres à tous mes amis…ça m’éviterais sûrement de les voir s’éloigner petit à petit de moi, l’expatriée.

  14. Je voudrais simplement te remercier pour toute cette poésie que tu nous offres avec ton blog. Qu’importe le sujet, je sais que je trouverai ici un peu de douceur, des jolis mots, de belles images. Jamais un blog n’a si bien porté son nom… Merci donc !

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