Jolis roses

Juste une sélection d’images qui réussit le tour de force de m’apaiser, me divertir et me donner la pêche, aujourd’hui. Mais oui, tout cela en même temps. Le rose, décidément, est une couleur miraculeuse ; la seule à mes yeux qui, quelles que soient les circonstances, est incapable de véhiculer un message autre que positif. Le rose est entièrement dévoué au bonheur.

Je trouve tellement dommage qu’on en ai fait l’apanage des filles et des nourrissons. La prochaine fois, je ferai une sélection d’images roses ET masculines pour prouver ce que j’avance. En attendant, bon week-end (ensoleillé) les amis, profitez-en bien!

Source des images : 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.

Rêveries au ras du sol

Lila Bliss a marié ses parents, la veille. Je crois qu’elle était fatiguée lorsque je suis arrivée le lendemain midi, au repas organisé pour permettre aux fêtards de manger un morceau avant de reprendre la route. Au milieu de tout ce monde, je la regardais osciller entre l’envie de jouer avec les autres enfants, celle de conquérir quelques instants l’attention exclusive de ses parents – qu’il est bien difficile, pour une petite fille, de partager soudain avec un si grand nombre d’autres – et celle de s’évader dans ce monde silencieux et débordant de possibilités où l’on fait la conversation à des personnages imaginaires dotés de cette formidable aptitude à répondre exactement à ce qu’on attend d’eux.

Lorsqu’elle s’est échappée des bras de sa maman pour se tortiller sur le sol de la piste où nous dansions encore comme des fous quelques heures plus tôt, c’est un peu de tout cela que je voyais en elle. Dans cette attitude si caractéristique de l’enfance, elle nous tournait le dos pour se mettre à l’abri des regards, mais en réalité tout indiquait qu’elle prêtait attention à ce que l’on disait. Ce que l’on disait d’elle, en particulier. Chacun de ses mouvements traduisait cet état où l’esprit se promène à la frontière entre notre monde intérieur et celui dont nous ne pouvons être le centre puisqu’il appartient également aux autres. À la fois présente et absente, tout en elle hésitait entre le désir d’attirer l’attention et celui de se faire oublier.

Et je la regardais se rouler parterre avec délectation, les pieds brunis par la terre du jardin, les genoux verdis par la pelouse, son doudou balayant avec joie tout ce que le sol pouvait contenir de poussière. Comme si elle savait qu’elle ne pourrait pas faire cela toute sa vie. Sans doute a-t-elle déjà compris que la vie à dix centimètres du plancher est une zone réservée aux enfants.

Une simple rêverie au ras du sol délimitait ainsi les contours d’un territoire inaccessible aux grandes personnes ; un pays limitrophe dont nous pouvions contempler l’activité de loin, mais que nous n’étions pas invités à visiter. Un État dans l’État sur lequel elle pouvait régner sans partage. Et je songeais que c’est peut-être là exactement, sur une épaisseur de quelques centimètres, que se trouve ce fameux paradis perdu dont à partir d’un certain âge qui n’est pas le même pour tout le monde, on finit tous par égarer la clef.

Les rayures sur ma bague

Cette bague. Maman me l’avait offerte pour mes vingt ans. J’avais alors demandé, pour mon anniversaire, des « bijoux de famille » – ce qui n’avait pas manqué de provoquer l’hilarité générale. Chacune des femmes de la famille avait accédé à cette requête et ma mère avait décidé de m’offrir en cadeau le plus beau de ses bijoux : sa bague de fiançailles. Le mariage de mes parents ayant tourné court depuis quelques années, elle ne la portait déjà plus, je crois. Ou peut-être l’avait-elle encore à son doigt, au moment où elle me l’a tendue, en fait je ne sais plus. Quoi qu’il en soit, j’avais vertement refusé, lui préférant le grenat en cabochon de ses dix huit ans, persuadée que l’émeraude d’un mariage qui avait pris l’eau serait un funeste présage.

Finalement, c’est moi même qui la lui ai demandé, il y a quelques semaines ; douze ans de vie m’ont appris à laisser de côté bon nombre de superstitions. Voilà plusieurs années qu’elle n’était plus sortie de son étui. Elle est un peu grande pour moi et ne cesse de rouler autour de mon doigt, il faudra que je la fasse mettre à ma taille.

Après un examen minutieux, j’ai remarqué une infinité de petites rayures ici et là et je me surprends à aimer chaque jour davantage ce que ces accidents représentent à mes yeux. Cette bague a accompagné vingt ans de la vie de ma mère, sans doute davantage. Vingt ans qui n’ont pas toujours été tendres avec elle et pendant lesquels elle a su rester joyeuse, enthousiaste, coquette et drôle.

Témoin de chacun des événements qui l’ont aidée à se construire, jusqu’au moindre d’entre eux, il me semble lire dans les reflets de la pierre un message bienveillant qui dirait quelque chose de simple, apaisant et fondamental comme « tout ira bien, ma chérie ». Voilà qui ressemble si bien à maman, elle qui sait traverser la vie avec cette grâce confiante que je n’ai jamais vu ailleurs. Et même sans cela, quelle chance c’est de pouvoir emporter partout avec soi le « tout ira bien » de sa mère.