
L’autre jour, quelqu’un a laissé ce commentaire sur un billet dans lequel je parlais des derniers livres accumulés sur ma table de chevet : « Ça me fait mal de voir Murakami et Marc Levy sur la même liste de lecture ». J’ai un point de vue exactement opposé à cette idée. C’est donc sur ce mode totalement fourre tout que j’entame cette moisson de choses lues, vues, entendues.
J’ai refermé il y a quelques jours Le Chameau sauvage de Philippe Jaenada. Un livre qui a reçu le prix de Flore peu après sa sortie et que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, en particulier parce que c’est un livre drôle, qui m’évoquerait quelque chose comme de la chick lit (bien écrite, l’un n’empêche pas l’autre à mon avis, ne voyez rien de péjoratif là dedans), envisagée d’un point de vue masculin, avec plus de zones d’ombres mais une légèreté équivalente dans le traitement du texte.
Avant cela, j’ai enfin lu le mythique Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (to kill a mocking bird) que je vous recommande, évidemment, ne serait-ce que parce que, justement, c’est un livre mythique. C’est, pour ma part, le personnage du père qui m’a le plus enthousiasmée, cet homme qui semble doté d’une sorte de connaissance absolue de l’âme humaine et que j’aimerais compter parmi mes amis ou les membres de ma famille.
Parmi mes lectures, je pense aussi à L’odeur du Gingembre que ne ne suis toujours pas sûre d’avoir vraiment aimé, mais qui, à l’évidence, est un bon livre. Cette héroïne anglaise perdue en Chine, puis au Japon qui affronte toutes les formes de solitude au cours de sa vie ne m’a pas laissée indifférente. La forme du récit (journal, lettres) est probablement ce qui freine mon enthousiasme, je ne sais pas trop pour quelle raison.
Et pour en finir avec les quelques lectures qui ont retenu mon attention, je termine avec le meilleur : Trois chevaux, d’Erri De Luca. Après Tu mio, cela se confirme : j’ai trouvé là un de mes auteurs favoris. Pour ne pas le terminer trop vite, je l’ai prêté à une ami alors que j’étais arrivée au milieu du récit (je n’ai donc pas terminé ma lecture à ce jour). De Luca a ce truc particulier des auteurs qui laissent leur emprunte, en vous et font de votre lecture quelque chose qui pourrait ressembler à de l’expérience vécue.
Côté magazines, je suis heureuse de trouver à nouveau des choses qui m’enthousiasment en kiosque, la presse féminine ayant depuis longtemps déserté mon sac à main. Mes nouveaux plaisirs se nomment Fricote, Doolittle, Paulette et Causette (avec quelques réserves pour ce dernier : je suis plutôt déroutée par leur approche « féministe à l’ancienne » sur certains sujets, mais plus que séduite par leur iconographie et la plume de certains de leurs journalistes).
Au cinéma, peu de choses m’ont vraiment transportée ces derniers mois en dehors des Contes de la nuit, du génial Michel Ocelot. Pour la première fois, il m’a semblé que l’usage de la 3D au cinéma se justifiait entièrement, nous donnant la sensation de nous trouver face à un théâtre de marionnettes, plutôt que devant une toile blanche. Une très, très belle réussite.
Sans transition aucune, je suis aussi tombée il y a quelques jours sur le film Mange, prie, aime que j’ai regardé d’un oeil distrait en faisant autre chose en même temps. J’avais lu beaucoup de choses négatives à propos du livre, mais je crois que nous sommes trop habitués, en France, à croire que les messages simples sont des messages simplistes. Je crois que le film exprime bien cette idée : l’apprentissage de sagesse passe par la recherche de la simplicité, voire de l’extrême simplicité. Que l’essentiel, dans la vie, tient en peu de mots et que ces mots seraient compréhensibles par un petit enfant.
Et tiens, pourquoi pas, allons aussi faire un tour du côté de la télévision. Comme un sacré paquet de personnes, je suis déjà fan du nouveau programme court de Canal +, Bref, hyper rythmé, drôle, bien vu. Et puis bien entendu, je ne peux m’empêcher de faire ma promotion : l’émission Du temps pour moi (sur Teva) continue cette année, ma chronique en stop motion également. Les tournages ont repris et je suis toute heureuse. J’espère que je pourrai en publier quelques unes sur mon blog cette année, sinon, rendez-vous tous les dimanches matin.
Côté musique, c’est, par contre, le calme plat. J’ai eu l’occasion d’écouter quelques titres du premier album de Thomas Marfisi qui devrait sortir d’ici quelques mois et que j’ai beaucoup aimé, mais tant que l’album n’est pas sorti, difficile d’en dire davantage (en illustration, ce. Alors, pour patienter avant de nouvelles trouvailles, j’écoute en boucles de vieux titres comme ceux des Andrews Sister, Colette Magny, The temptations, des choses comme ça.
Et pour terminer, je voulais parler du premier livre de mon amie Virginie, le guide sexo des paresseuses. Virginie, c’est celle, dans votre groupe de copains, avec qui vous pouvez parler de tout, celle qui est dotée d’une sorte de don de clairvoyance, qui entend à la perfection ce que vous dites entre les lignes. Celle qui, en plus, est armée d’un humour capable de dégoupiller les confidences les plus difficiles à faire ou à entendre, tout en gardant une sensibilité à toute épreuve. On retrouve un peu de toutes ces qualités-là dans son livre. Et surtout, retenez bien son nom parce que cette fille, c’est sûr, vous allez entendre parler d’elle.
Bonne journée à tous, amis blogosphériques!

Il ne doivent plus s’embrasser, c’est ce qui est convenu entre eux, précaution évidente de toute séparation qui se respecte. Ce serait possible, pourtant, elle serait certainement d’accord : au fond de l’estomac, ce gouffre qui s’est installé depuis qu’il ne peut plus la tenir dans ses bras, cette faim des gestes tendres, elle le partage forcément. Il suffirait de se tenir en embuscade, attentif à ce moment où le manque vire au vertige, et l’embrasser. Ce serait simple. Bien sûr, cela ne résoudrait rien, mais un baiser, c’est toujours un baiser. C’est toujours ça de pris ; qui sait quand d’autres lèvres éveilleront en lui à nouveau cette envie, ce baiser bien particulier qu’il voudrait lui donner ou lui prendre?
Il songe à la suivante. Cette femme qu’il ne connaît pas encore et qui viendra, elle aussi, se lover dans ses bras. Ce ne sera pas pareil, forcément. Il n’y aura pas cet emboîtement idéal, cette connaissance de l’autre. Pas tout de suite, en tout cas. Avec cette autre, il faudra tout reprendre à zéro : se découvrir, s’apprendre, se mettre au diapason, s’adapter. Cette seule idée le décourage.
Il songe qu’on s’impose de ces choses stupides. Quinze ans d’embrassades et tout à coup, sur simple décision – comme pour marquer le coup – plus rien. En attendant le jour où, baux signés, cartons emballés, ils se sépareront pour de bon, ils se tiennent côte à côte sur le canapé, choisissent un film, commandent des sushis en faisant le récit de leur journée… On dirait que rien n’a changé en dehors de ces trente centimètres à peu près qui les séparent, là où il n’y a pas six mois ils se seraient tenus l’un contre l’autre. Il voit son visage d’un peu plus loin, c’est la seule différence.
Tout serait tellement plus simple s’ils se sentaient fâchés, déçus, trahis. La colère, à sa façon, donne un sacré courage. Mais ça ne fait pas partie de leur histoire, la colère. Pas plus que l’amertume ou la rancœur. Eux, ce sont des tendres, des attentifs, des pleins d’amour. Un angélisme qui sonne bien sur le papier, sauf que finalement ça n’aide pas.
Du coin de l’œil, voilà bien cinq minutes qu’il la regarde. Elle est vraiment jolie. Ou peut-être pas tant que ça, en fait. À la réflexion, il n’est plus très sûr de savoir, il n’a plus le recul pour cela. Depuis tellement d’années, elle est sa moité, son bon profil, sa pièce manquante, sa sœur, son pote, sa famille, son point de chute. C’est probablement au milieu de ce grand fatras-là que s’est perdu l’amour. Mais dans des moments comme celui-ci, ce qui manque à leur vie devient affreusement nébuleux. Pourquoi s’infligent-ils tout cela, au fait? Pourquoi l’abandonnent-ils, cette vie rêvée qu’ils bazardent comme d’un revers de main? On dirait qu’ils ne font que chasser une mouche importune. Toute leur vie comme une mouche qu’on éloigne… C’est de la folie.
Dans une heure, deux peut-être, il aura retrouvé le fil d’Ariane qui forme, au bout, le mot « séparation », c’est évident. Il est soumis à ça depuis des mois : un geste, un mot, une attitude et dans le flou, tout s’emboîte à nouveau, retrouve un sens, une direction. Mais là, dans le confort de ce silence familier et le bruit des baguettes chinoises, il ne comprend plus grand chose à l’histoire. Et puis on s’en fout de l’histoire, il voudrait seulement lui donner ce baiser, sentir le poids de sa petite épaule au creux de son épaule. C’est tout.
Pour un instant, il voudrait qu’on lui rende sa vie.
Alors il hésite. Il suffirait de se pencher. Elle serait d’accord. Sans toute même qu’elle lui serait reconnaissante. Si ça se trouve, elle ne s’en rendrait même pas vraiment compte. Mais il sait bien, au fond, ce qui arrête son geste : ce baiser-là qu’il lui prendrait comme on attrape le sel sur la table au dîner sans demander la permission, ce baiser-là pourrait aussi bien devenir le dernier. Ce méchant point final. L’embrasser avec ce poids immense que charrient forcément les dernières fois de toute chose, il n’en est tout simplement pas question. De toute manière, ça gâcherait tout.
Lui, ce qu’il voulait, c’est un baiser qui ne compte pas, qu’on fait sans réfléchir. Même un qu’on fait simplement par habitude ; qu’on donne sans y penser parce qu’il en reste une infinité en réserve.
C’était sans doute un de ceux-là, la dernière fois, il ne s’en rappelle pas. Sa mémoire le tient tout exprès bien caché dans le flot des milliers de baisers échangés. Aucun signe distinctif. Oui, mieux vaut s’en tenir à ça : à un dernier baiser dont on ne se souvient pas.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais juste avant de partir en vacances, vous m’aviez donné plein de conseils de lecture. J’ai joué le jeu : quelques minutes avant de sauter dans l’avion, j’ai pioché un peu au hasard. Je n’en regrette aucune. Vous êtes, à l’évidence, de merveilleux conseillers et je vais continuer à m’inspirer de vos nombreux conseils pour le reste de l’été. Voici donc les lectures qui sont arrivées ces dernières semaines sur ma table de chevet.
La Grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt
Ce roman, qui m’a littéralement bouleversée, est un peu particulier pour moi : il fait écho de tant de façons à ma propre vie qu’il m’est difficile, au final, de savoir si je l’aurais aimé avec la même passion en me sentant moins proche du personnage principal. En allant « sauver » sa grand-mère de la maison de retraite, Jade découvre son secret. Le roman raconte l’aventure de cette trentenaire parisienne et de sa grand-mère savoyarde qui apprennent à vivre ensemble. Ce qu’elles s’apportent l’une à l’autre, ce qui les rassemble ou les sépare, le regard qu’elles se portent et portent sur le monde. Ce sont les regards croisés de deux femmes prises dans un grand élan de vie : celui de la jeunesse pour l’une, celui de la fin de vie pour l’autre. L’histoire, aussi, de deux renaissances. En finissant ce livre, j’aurais voulu pouvoir serrer l’auteur dans mes bras très fort. Et lui dire merci.
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil – Haruki Murakami
C’est l’histoire d’Hajime, un homme dans la force de l’âge à qui tout réussit, lorsqu’il croise, trente ans plus tard, son amour de jeunesse. Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, c’est une éducation sentimentale où le narrateur explore les histoires amoureuses de sa vie. De ce roman, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir – la plume de Murakami est un délice, je retiens surtout cette façon de décrire le sentiment amoureux (ou en l’occurrence son absence) : « Mais ce qui me troublait et me désespérais, c’était qu’à l’intérieur d’Izumi je ne parvenais pas à découvrir quoi que ce soit qui me fût spécialement destiné. »
Le voyage d’hiver – Amélie Nothomb
Il y a des auteurs, comme Amélie Nothomb, que je lis parce que je sais exactement ce que je vais y trouver. Le voyage en hiver n’échappe pas à la règle. Comme toujours, dans les romans d’Amélie Nothomb, c’est moins l’histoire qui me séduit que son sens de la formule, son humour souvent grinçant, ses remarque exubérantes. J’aime Amélie Nothomb car en la lisant, j’ai toujours l’impression d’entrer dans le tête de quelqu’un qui a sa façon bien à elle de penser et regarder le monde. C’est cette singularité là que je cherchais en ouvrant Le voyage en hiver, et que j’ai trouvé.
Le voleur d’ombres – Marc Lévy
Je m’étais engagée à le lire, ne serait-ce que pour faire affront à mes a priori. J’ai bien fait : Le voleur d’ombres est un joli récit. Et je comprends enfin ce qui fait le succès de Marc Lévy : la fluidité de la lecture et cette façon de parler à l’enfant, au rêveur qui se dissimule en chacun de nous. Il n’y a rien de prétentieux chez Marc Levy et – il m’a semblé – une vraie sincérité. L’auteur se dissimule tout à fait derrière son livre, laissant toute la place au lecteur avec beaucoup de générosité. Au final, je comparerais ce moment de lecture à ces films que je regarde parfois sans autre but que de me divertir, presque avec négligence, et qui me touchent de façon inattendue, qui me prennent par surprise, avec des idées moins simples qu’elles en ont l’air et de jolies tournures.
Tu, Mio – Erri Deluca
Je n’avais encore jamais lu Erri Deluca, mais ce petit roman ouvre sans aucun doute la voie à ne nombreuses autres lectures. Tu, Mio, raconte ce moment charnière de l’adolescence où, en un été, on devient autre ; cette mue qui fait de vous une personne adulte. Ce roman initiatique se déroule sur une Ile de la mer Tyrrhénienne en plein été, dans un village de pêcheurs. La plume d’Erri Deluca est d’une poésie incroyable, il fait partie de ces auteurs qui ouvrent des portes dans la connaissance des êtres, qui donnent des clefs, percent des mystères, délivrent des réponses. En fermant ce roman, comme son personnage principal, j’avais la sensation, moi aussi, d’avoir encore un peu grandi.
Lignes de faille – Nancy Huston
Je termine par ma dernière lecture et aussi celle qui m’a le plus marquée. C’est aussi le premier roman de Nancy Huston que je lisais et j’ai déjà hâte d’ouvrir le prochain. Lignes de faille, ce sont les récit successifs de quatre enfants de six ans, de quatre générations différentes qui ont pour point commun d’être liés par le sang : Sol est l’enfant de Randall qui est le fils de Sadie, fille d’Erra. On entre dans la peau de chacun d’entre eux, à tour de rôle, pendant l’année de ses six ans. Cette trame toute particulière permet de tisser les liens générationnels qui existent entre les membres d’une filiation et comprendre comment les souffrances, les questions, les violences subies, se répercutent de génération en génération, chaque existence déterminant la suivante. Lignes de faille est un roman brillant à tous égards, si je devais n’en conserver qu’un, parmi ces six livres, ce serait celui-là.
Et voilà, je m’arrête là pour aujourd’hui. Merci encore pour tous vos conseils. La photo en illustration, rien à voir? Au contraire : lire, c’est avoir un peu la tête dans les nuages, non?


